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mu par un élan de charité

alhoun

13/01/2006 à 09h25

j'ai voulu rechercher la prose de pal, pour la partager avec des confrères non eugénoliens.
eh bien, le moteur de recherche est nase.
oh, il trouve bien des trucs très intéressants, genre améli, pour ne citer que ce grand bienfaiteur de l'humanité, mais de PAL, point.
si quelqu'un a déjà assemblé ces textes, pourrait-il me les envoyer?
thanks


Utilisateur anonyme

13/01/2006 à 09h52


Textes de l'ami PAL:



Date: Mer 7 décembre 2005 19:02:30
Mais moi aussi, la démotivation m'envahit. Est-ce l'âge ou la lassitude après 23 ans de pratique? Je ne pense pas. Les formations me branchent encore, j'aime découvrir les nouveautés à l'ADF, feuilleter les revues, en gros je "kiffe" l'ambiance dentaire.
Mais ce qui s'étiole sec, c'est la patience devant tout ce, et tous ceux, qui nous pourrit (ssent)la vie au quotidien. Soyons clair : là où je me contentais de prendre une grande inspiration, j’ai envie de gueuler. Là où je me limitais à une aimable réflexion, je me retiens difficilement d’envoyer paître.
Dans ces moments-là, on n’est plus dans la dentisterie Touati sur papier glacé.
Le mec arrive sans rendez-vous, il est plus grand que moi ( ce n’est pas un exploit, mais quand même, ça m ‘énerve !) , extrêmement laid et antipathique, suffisant, tout moite. Il sent, que dis-je, il pue, il daube, il schlingue, il empeste le tabac froid et la vieille transpi séchée, gangrénant en 2 minutes la moitié du cabinet. Sans un sourire ( il doit être paralysé des zygomatiques), ni même un rictus, il exige d’ être pris de suite car môssieur souffre depuis….1 mois et part en vacances demain matin.
Déjà, dans mon for intérieur, je caresse le rêve de lui désigner la sortie en beuglant « Casse-toi, goret !!! ». Mais l’assistante au cœur tendre repère qu’il y a 15 minutes de libre et l’envoie dans la salle d’attente. Arggh ! Foutu pour foutu, je fonce pour en finir. La salle d’attente empeste, il ne répond ni à mon bonjour ni à mon sourire. Il se précipite sur le fauteuil ! Et je m’imagine en SS, l’attrapant par les cheveux gras ( j’ai oublié de préciser qu’il portait un ridicule catogan !), et le balancer sur la chaise du bureau en lui postillonant : « Tu t’assoieras quand on t’le dira, pauvre larve !! ».
Le crétin habite chez un pote, n’a pas de boulot fixe, a oublié sa carte vitale. Evidemment, il a « horreur des dentiste »s. « Tu crois p’t’être que j’ai le coup d’foudre ? ». Le pauvre, il n’est tombé jusque là que sur des charlatans qui l’ont massacré ! ( Oh, joie !)
Ne supportant plus son haleine à décoller le papier peint, j’abrège. J’ai envie de lui demander s’il s’est lavé les crocs au Roquefort la dernière fois. Mais la dernière fois, il ne doit pas s’en souvenir. Sait-il seulement que le savon fut inventé ?
Après avoir bêtement demandé s’il devait s’asseoir sur le tabouret opérateur ( quelle envie j’ai de répondre « mais bien sûr ! », et de m’installer allongé sur le fauteuil, les bras tendu vers sa tronche !!), il s’avachit de tout son long non sans avoir étalé partout la boue et la merde de clébart accumulées sous ses croquenots. « Mais t’es pas dans un hamac, triple buse !! »
Le crétin est incapable d’écarter ses grosses lèvres flasques, sortes de saucisses mal jointives et gluantes. Je donnerais cher pour écarter le tout avec 4 hameçons à brochet. Ouverture maximum du sagouin, un doigt et demi ! J’approche le miroir. Mouvement brutal de recul du benêt qui tient à reluquer de près l’ustensile, louchant dessus sans un mot. « Qu’est-ce qu’y a ? Tu veux voir une tenaille et un burin, pauv’ cloche ? »
Que vois-je au premier coup d’oeil? Un mur de ratiches cariées et couvertes de mousse verdâtre émergeant d’un paquet de barbaque cramoisie et sanguinolente. « Ouvre donc la gueule, feignasse !! ». Derrière la barrière de pavés entartrés, quoi qu’est-ce ? Cette masse de bidoche informe, chargée ( de tout), saburrale, scrotale écœurante ( dire qu’il a peut-être roulé une galoche hier soir !), qui lui tient lieu de langue envahit tout. Pour apercevoir les molaires pourries, il me faut sortir le miroir à bovin, tirer, pousser, écarter. Mais le connard s’applique à résister, et je dois saisir le miroir à pleine paume ! Je vois que dalle, le pourceau bave visqueux ! Putain, un p’tit coup de fraise dans la grande menteuse, ça le calmerait. Le plancher buccal ? C’est un plafond, une bâche !
J’ai envie de laisser tomber A quel stomato exécré pourrais-je adresser l’engin ?
Mais bon, la 36 en question est à portée. Allez, courage ! Un coup de détartreur pour dégager le sulcus, j’envoie l’intra ligamentaire. Il a pas de ligament ou quoi ? La moitié du liquide fout le camp, l’emmerdeur a son premier haut le cœur et plonge brusquement le groin dans le crachoir, se raclant le molard bruyamment ; « T’as qu’à gerber, on te dira rien ! ». Seconde tentative, je trouve ce putain de ligament, ça force, c’est bon. Paf, la carpule explose ! Rrrrrah ! Et j’entends sonner, le suivant est déjà là ! Encore une carpule, vérole, mais c’est la dernière. Voyons voir ! Glisser le capteur entre méga langue et molaire ; Et voilà le nigaud qui grimace, tourne la tête et glisse le long du fauteuil. « Mais scrogneugneu, tu l’fait exprès ? » Première radio. Merde ! image blanche, le capteur était à l’envers ! Deuxième cliché. Ok d’accord ! carie sous- gingivale, gros polype saignant, pfffff . Tension 30- 14 . Pouls 170. Une idée pour dégager le terrain tous azimuts : Méga boulette d’arsénieux coincée la-dedans !
Bon, à bout d’nerfs , il faut en finir, je puise dans mes souvenirs et le fond de mon tiroir, je concocte une bonne grosse bouzée d’eugénate, et je bourre le tout en force. Allez zou ! Tout l’monde descend, reprenez un rendez-vous dans…. 6 semaines minimum !
Un demi-heure de tension, un quart d’heure de vie en moins, pour une consultation ! Moins le gobelet, la serviette, 3 carpules, 2 aiguilles, 1 lingette, 1 embout de seringue à air, 4 rouleaux de coton, 1 pompe à salive, une protection latex de capteur, du nettoyant à sol, fauteuil, crachoir, du désodorisant…Comment ça il avait pas son chéquier ?
Et pendant que je vais chercher le suivant qui râle parce que j’ai 20 minutes de retard, je cauchemarde que l’enflure reviendra dans 6 semaines, ou peut-être même demain matin, que je m’empêtrerai dans la pulvérisation hémorragico-baveuse de son polype, que je commettrai péniblement une endo de cochon ( bris d’instrument, canal introuvable, fausse route, impossibilité de passer un contre angle) et que je perdrai encore un quart d’heure de vie…




Date: Ven 9 décembre 2005 14:59:55
En apercevant la rombière emperlouzée au fond de la salle d’attente, je ne pressens rien de bon. Moi qui aime le patient tout simple, ouvert, gentil, souriant, je vais devoir me farcir une pimbèche pincée et raide comme la justice. Elle a avalé son pébrock, ou quoi ? Elle ose pas bouger d’un poil, de peur de faire péter quelque chose. Faut dire qu’elle est figée-compressée dans une gangue rigide à plusieurs couches : un enduit épais de fond de teint séché-poudré vaguement orange, une gaine intégrale plaque-bourrelets, un tailleur trop juste, une permanente gonflée laquée jusqu’à croustillance, sans compter sa collec’ de breloques plaquées or qui carillonnent au moindre mouvement.
« Madame Tétacla’ch ? C’est à nous »
Pas un mot, pas un rictus, pas même la convulsion zygomatique de 3 milli-secondes que ce genre de bonne femme vous envoie parfois en guise de politesse. Un fugace, mais rapace coup d’œil par dessus ses petite lunette plaquées or, sur chaînette plaquée or, et la voilà qui commence à réunir tout son bordel éparpillé autour d’elle : le foulard Hermès, le ridicule sac à main vernis à fermoir plaqué or, le pépin, les trois sac à emplettes ( Madâme a pour occupation principale de crébillonner ! ), le manteau en poils d’on ne sait quelle pauvre bestiole innocente…
C’est pas possible, elle s’est parfumée au Karcher, la bourrique ! Angel, z’appellent ça une fragrance, tu parles, c’est un répulsif, écœurant et poisseux. Va encore falloir bosser en apnée !
« Tout au fond, s’il vous plait » lui dis-je dans un sourire faux-jeton, en lui indiquant du doigt l’extrémité du couloir, des fois qu’elle aurait l’idée de creuser !
La revêche passe devant moi sans un regard et file à petits pas nerveux vers la salle de soins. J’aime bien, à ce moment-là, lui emboîter la démarche, profitant du court privilège de pouvoir la mater de haut en bas tandis qu’elle ne me voit pas. Méfiance quand même, il y a une vitre en face qui fait un peu miroir. Je me prends alors à rêver, et je m’imagine lui collant sèchement la main au panier en lui tonitruant façon Depardieu : « Allons, Gisèle, décontracte-toi un peu des fesses ! ».

Le barda de nouveau étalé, je l’invite à poser les sus-dites fesses sur la chaise de bureau. Commence alors un face-à-face tendu. J’entends l’harmonica lancinant d’ Il était une fois dans l’Ouest. De mon côté, nonchalamment vautré dans mon fauteuil de PDG en skaï véritable, la tête légèrement inclinée et le regard profond ( bon, j’ fais ce que j’ peux, j’ai pas les yeux bleus d’Henri Fonda), je joue le décontract’, sûr de lui, très à l’aise avec ceux d’ la haute. Je sais qu’en quelques coups d’ z’yeux furtifs et auto faux cul, elle m’aura scanné entièrement, jaugé, expertisé. De ces quelques secondes dépendra la suite. C’est elle ou moi. Elle s’écrasera devant le mâle dominant, ou elle écrasera le faiblard de toutes ses frustrations accumulées.
« Alors, Madame, que puis-je pour vous ? »
« Et bien, voilà, c’est assez compliqué, je suis un cas spécial… »
« Oh, putain ! »
« Pardon ? »
« Non, rien, je vous écoute. »
Et la voilà de m’ raconter qu’elle fut pendant 30 ans suivie par son beau f’, dentiste dans les beaux quartiers de la capitale, trrès réputé ( « son nom ne vous dit rien ? Ah, bon !?), excellent et tout et tout, depuis peu en retraite.
Et je suis complètement désemparée, et lui seul connaissait bien ma denture, et je n’ai pas mon dossier, et blablabla…
« Bien, bien, bien. Mais quel est votre problème aujourd’hui, chère Madame ? »
« Oh, là là, il faut que je reprenne tout depuis le début, c’est une longue histoire… »
« Bon, écoute, Germaine, tu vas pas nous les briser menues, va t’installer là-bas, ouvre la bouche et ferme ton gicleur, si tu vois c’ que j’ veux dire ! » Non mais !
Attention, la bourgeoise décatie ne s’installe pas n’importe comment !
1. Dos au fauteuil, elle se passe les deux mains sur les deux fesses pour ne pas froisser jupette et pose pétard
2. D’un élégant mouvement tournant, elle soulève les guibolles et gire à gauche, l’arrière-train faisant pivot, tout en tirant des deux mains le bord inférieur de la jupe pour planquer le jupon à dentelle sous-jascent
3. Gardant les genoux un poil fléchis, elle ratatine le revêtement tout neuf de votre fauteuil à coups de talons aiguilles ( « Tu sais combien, ça coûte, grognasse ? »)
4. . Elle retourne la teuté pour viser la têtière, exige qu’on la rapproche, se tient la mise en plis et pose à peine la nuque de crainte de foutre en l’air trois plombes de coupe-tifs.
Déjà, je me réjouis de la voir, à la fin de la séance, l’occiput aplati et le trognon exposé. Mais pour l’heure, tandis qu’elle me croit béat d’extase devant les œuvres du beau-frère, je m’affaire à lui étaler subrepticement autour de l’avaloir le rouge à lèvres qu’elle s’est beurné épais juste avant de venir. La prochaine fois, elle fera gaffe ! J’ai bien envie de lui dire que ce n’est pas parce qu’on n’a plus de lippe supérieure qu’il faut se dessiner une moustache. Mais à quoi rime cette nouvelle mode débile de vouloir absolument ressembler à des carpes pipeuses comme Emmanuelle Béart ou Deneuve après leur greffe de loche ?
Je me vois mal expliquer à la précieuse qu’il faudrait tout ravaler du sol au plafond, vu l’état général du chantier : plombages des années folles, boîtes de conserves en vieil or corrodé, bourrages, branlements et autres entartrages. Heureusement, une seule chose l’ « enquiquine », une carie nantaise, de type réservoir à foie gras, sur 44 ( elle me donne le numéro de la ratiche, histoire de m’impressionner).
Voyons voir, ouvrez bien grand , un petit coup de soufflette et paf, je me prends entre les deux yeux un bout de barbaque décomposée. C’est agréable ! Demi-tour, merci lingette.
Grâce à ma grande expérience clinique, je pose mon diagnostic instantanément : nous sommes en présence d’un trou infâme !
Mon plan de traitement est élaboré aussi sec : il s’agit de pulvériser la matière immonde qui s’y putréfie, puis de coller consciencieusement, ci- dedans, et en 15 minutes, un composite photo. Et adieu Berthe !
La vieille bique, maintenant barbouillée et hirsute, semble satisfaite, presque aimable, je dis bien « presque ». Elle remballe et me donne du « Docteur » en quittant la pièce. C’est c’ lâ !

En feuilletant l’Indépendentaire le lendemain, je me fais du mouron. Si j’avais eu la niaque de me faire former par Coach Binhas, pour à peine 80000 balles les 10 feuillets, ou par Coach Rodolphe Cochet pour une misère du même ordre, je serais devenu moderne et performant. Au lieu de faire un minable Z6-Sc 9 avec Germaine-l’Aristo, j’aurais consacré deux heures à établir un plan holistique d’enfer : Panoramique, explication vulgarisée des multiples pathologies parodonto-occluso-endo-implanto-prothétiques de la pauvre patiente ( une malade qui s’ignore, ça émeut !), motivation Quick-Dental, éducation au brossage ( méthode du rouleau, dite aussi du bigoudi), devis mirobolant, entente financière, consentement vaguement éclairé, tests salivaires, diagnostic microbiologique (« z’avez-vu l’amibe, là ? »), scanner, prise de sang, prélèvement temporal ( à droite, sous la permanente), sinus-lift et greffe de conjonctif enfoui , 7 implants, 22 inlay-cores en or jaune et autant de céramiques sur or. Le rêve, quoi !

Au lieu de quoi, je suis chez moi à jouer de la musique avec mon fiston. Quel con, alors !





Date: Lun 12 décembre 2005 13:35:56
« Désolée, j’ vous ai gardé une urgence ! »
Et merde ! J’ai horreur de ça ! Soit ça tombe quand je suis déjà grave surbooké, soit, encore pire, au moment où je peux eugénoler un tantinet !. Il pouvait pas prendre un aspro, comme tout l’ monde ? Pffff ! Et il a quoi, le casse-balles du jour ?
« Il m’a seulement dit qu’il n’avait pas fermé l’œil de la nuit »
Inspiration profonde, expiration forcée…Rien à faire, ça me fait toujours chier !
Bon allez, Pal, voyons, t’es un bienfaiteur de l’humanité souffrante, c’est marqué dans le bulletin du Conseil de l’Ordre. Alors, n’oublie pas, patience, compassion et noblesse de cœur sont les cinq mamelles par lesquelles sourdent l’honneur et l’épanouissement moral du chirdent, au nom du pèse et du fric et du Saint Bénéfice, Amen.
Plus ça m’emmerde, plus je fonce vers la salle d’attente d’un pas décidé. Cette fois, j’allonge la foulée au max, j’ouvre à la volée la lourde de la salle d’attente. Le mec assis en face exécute un bond vertical impressionnant : il décolle comme dans un Tex Avery, en conservant exactement la même posture, prostré, les jambes croisées d’un tour et demi, un bras replié comme pour empêcher le foie de se faire la malle, l’autre appliquant la main droite contre la joue du même nom. Le teint est blafard, verdâtre et cafardeux comme un litron vide de muscadet. L’œil est là , mais l’œil est las, terne et vide. L’expression est terrifiée. Le gars, une fois redescendu, me jette un regard épouvanté et implorant, comme s’il hallucinait un boucher, le tablier ensanglanté, tire-bouchon et hache à la ceinture.
C’est une sorte d’espèce de baba pas très cool, ni très net. Il a du cloper trois paquets de roulées cette nuit, et il a pas une chetron à r’fuser la chopine : pif grumeleux et patatoïde, cantines sous des yeux de cocker battu, barbe de 3 jours, tronche chiffonnée. A quoi ça sert que Jacques Dessanges y se décarcasse ? Le cheveu est oléagineux, raide et collé en fagots aplatis sur la crâne, et de ce fait absolument insensible aux tornades.
“Mr Alain Fatic ? ” Je lui tends une paluche tonique, ouverte, virile. Lui avance timidement un avant-bras ramollo, au bout duquel pendouille une main inerte et moite. En fait de main, j’ai plutôt l’impression de secouer une tranche de foie de veau. Berk !
D’un enjoué « On y va ? », et cachant mal mon enthousiasme de recevoir cette visite impromptue, je l’invite à se diriger vers « la salle de torture », comme disent les boucs en train. Lui semble jouir d’un sens de l’humour assez relatif, surtout à ce moment précis. Pour ma part, je souris intérieurement. Est-ce la réminiscence de la pub pour Synthol : « la douleur, c’est moche » ? Est-ce la vue postérieure de son falzar, très mode, ( ceinture mi-fessière, fond poplité, tissu-perfétatoire avachi en accordéon sur des baskets format après-ski) qui me pousserait presque à lui signaler qu’il a dû incidemment déféquer dans son ben ? Je n’en sais rien.
Au bureau, le condamné me sort la rengaine classique : il avait mal de temps en temps, « et pi ça passait », alors il attendait. « T’attendais quoi, du schnock ? »
L’anamnèse est rapide : en dehors du chichon qui lui vaut cette pétillante expression de Droopy, à quoi qu’il se shoote le cortex résiduel ? Souffre t-il d’allergies, hormis celles manifestes à l’effort et aux détergents ?
L’amorphe me pose la question d’emblée : « Qu’est-ce que vous allez faire ? ». « Mais comment veux-tu que je le sache, banane, avant qu’ t’aies ouvert l’embouchure ? »
Au fauteuil, j’horizontalise : c’est bien le genre de loque à tomber dans les radis. J’ai l’impression de renifler un vieux cendar. Un coup de miroir circulaire et je mesure l’étendue du désastre général, avant de localiser le problème du jour : 14 n’est plus qu’une racine pourrie, infectée, à moitié enfouie sous un bourgeon saignant de gencive. Je me rappelle alors avoir lu dans un ID récent un article préconisant d’ extraire à chaud ce genre de débris. J’entends donc procéder à l’avulsion extemporanée de l’organe dentaire en question. En clair, j’ transfere illico l’ chicot du goulot à l’haricot. Au vu de la radio, j’augure une ratichectomie simple et rapide, du gâteau.
« Vous allez l’arracher ? » chiale t-il. « Non, Monsieur, moi je déligamente, j’exosse, j’ablationne ! ».
Aussitôt dit, au Citoject ! ( J’ai abandonné fissa la perceuse à pédale choletaise après 3 essais piteux). Ma tactique anesthésique est rôdée et rusée : pour embrouiller l’inquiet, je planque la seringue, j’approche en loucedé par dessous, et au moment de percer la couenne, j’y cause. Explication scientifique : le mec, à cet instant, a déjà la cervelle à moitié en carafe. Une seule ligne de neurones est ouverte, celle qui est en alerte rouge pour nocicepter ( trajet centripète) puis déclencher un cri de veau ( trajet centrifuge). Au moment pile où il perçoit que je baragouine derrière mon masque, la ligne est occupée, total, la piquouze passe à l’as. Futé, non ?
Mais là, j’avais omis que le mollasson était sourdingue comme un teuffeur ! Il a rien capté, et le voilà qui fait brusquement le pont, raide comme une planche, en geignant et grimaçant. Je ne me démonte pas, accompagne le mouvement et injecte d’autorité. En quelques secondes, l’autre, toujours en apnée, ramollit un peu, puis s’avachit en haletant.
« Bien, vous pouvez cracher ». Comme de juste, l’épave est infoutue de cracher correctement. Batteries à plat, il bavouille lamentable en soufflotant sur ce qui dégouline, en fout partout, renverse le gobelet puis se laisse choir la gueule entrouverte, avec un filet de bave sans avoir l’idée d’utiliser sa serviette papier. Par St Gulom, restons calme !
Il me reste 10 minutes pour conclure. Je tente un premier coup de syndess. au seul endroit où j’aperçoit de la dent. Crac ! Le morceau pète ( panique du cossard qui pense que je viens de lui fracturer le maxillaire), je me retrouve dans le sang, les lambeaux baladeurs de gencive, la dentine putréfiée. Que faire ? J’ connais la théorie, faudrait sortir le bistouri et trancher dans le vif pour alvéolectomiser proprement l’esquille. Mais faute de temps, d’assistante au fauteuil, et vu l’état sudoripare du flippé, j’opte pour charcutailler en aveugle au p’ tit bonheur la chance. J’vois que dalle. Je gratouille, je tâtouille, mais tout est mou dans l’ trou. Un coup de soufflette, et j’ai la face constellée de gouttelettes de sang. Merde, ça devient gore, et j’en ai aussi marre que l’autre affalé. Compresse. J’abandonne.
Il s’agit alors de sauver l’honneur. Je communique, docte : « Il vous reste un petit morceau d’apex enfoui ( sous-entendu : c’est de ta faute, sagouin !), on pourrait l’extraire ( t’as devant toi un pro de chez pro !), mais il faudrait délabrer le maxillaire ( si ça te branche, tu m’le dis!) alors qu’il y a de fortes chances pour qu’il migre et qu’on n’ait qu’à le cueillir dans quelques mois. ». Approbation enthousiaste. Birodo. Tchao.
J’sais pas pourquoi, j’ai un peu les glandes. La secrétaire m’amène un chèque de consolation, 20 euros, ça fait chaud au cœur !.
Ce soir, ce sera 2 apéros !





Date: Mar 13 décembre 2005 14:48:40
C’est vraiment pénible !
A chaque fois que je prépare, ergonome en diable, un peu de matos en vue d’un cas rosse, le client…euh… le patient ne se pointe pas ! J’ai beau statistiquer dans tous les sens, je dois me rendre à l’évidence : y’ a du paranormal là-dedans. C’est tellement bluffant que si j’ai pas envie de voir la tronche du suivant, je prépare tout et c’est le lapin garanti.
Mais il y a encore plus crispant, c’est le casse-pied qui déboule systématiquement avec 10 minutes de retard. Alors ça, pour un maniaque de la toquante comme moi, c’est la pelote de nerfs instantanée. Encore, 5 minutes, ça peut le faire en shuntant les salamalecs. 15 minutes, on peut virer l’ pignouf sans scrupules pour cause de pas l’ temps. Mais 10 !
La prochaine, là, Mam’zelle Alabour, elle devrait être sur la bergère depuis 327 secondes chrono ! Celle-là, c’est évident, elle attend dans la rue rien que pour me taper sur les tendons. Ca fait quinze fois que je la braque et qu’elle me sort les mêmes excuses bidon : j’ai raté l’ tram, les horaires de bus ont changé, y’avait des bouchons, ma batterie était à plat, la nounou ceci, le gamin cela... Elle s’ fout d’ moi, c’est clair. Un jour, je vais lui balancer : « Ecoute, pauvre gourde, t’as le choix : soit j’ te bâcle pour rattraper le temps perdu, soit tu r’ passeras ! ».

Ding dong.
Et voilà !! 10 minutes comme d’hab ! Putain, ça part mal, j’ai déjà le standard explosé et il est pas 10 heures. Quand la vérole est dans l’ chantier, tout foire, c’est classique. Tiens, je parie qu’on va voir débouler la grande saucisse d’Eludril qui vient tous les mois depuis des décennies nous gnangnanter qu’il n’y a rien de nouveau. Ou qu’une mielleuse va me bigophoner en plein taf pour une enquête sur la bitte à Urbain.
Je me précipite pour choper la donzelle avant qu’elle ne fonce vers les gogues, histoire de m’exaspérer un peu plus. Horreur et nécrobiose ! Elle a ram’ né son mouflet !
Le gnard est déjà en train de sprinter dans le couloir en bouffant une infâme viennoiserie 100% beurre. Il est pas gras de rien, bouboule !
En dépit d’une âme sensible et douce, j’avoue, à cet instant, claquer sec un premier câble. Je tire un masque assassin en direction de l’adipeux tout en conviant fermement la cruche à entrer fissa dans le cabinet.
Alors, quelle excuse aujourd’hui ? Y’avait un bouchon de nounous dans l’ tram qu’était à plat ?
C’est là que le cerveau est bien conçu ! Je cause à la daronne ( en gros, t’as 5 secondes pour exhiber tes meulaires au scyalitique ) sans quitter le morveux de l’œil. « Tiens, tu vas t’asseoir ici bien gentiment ( moi, rictus Shining ), et fais bien attention de ne pas mettre des miettes partout » ( j’agite discret la paluche devant son pif croûteux, claire promesse de taloche à la première incartade). Ce petit chieur me toise narquois. Son plan est limpide : dès que je serai coincé, il va attaquer tous azimuts pour me les briser.
Un quart d’heure pour ouachtec niquer deux moignons tout prêts tout polis, c’est djeuste, mais c’est jouable. Hardi ! Je zieute : ça craint, faudrait dilater un brin le sulcus !
Arggh ! Le gamin est déjà debout ! « Môman, môman, t’as mal ? » L’autre tente de baragouiner la bouche ouverte une niaiserie du type « Mais non, mon p’ tit cœur, Maman ne sent rien » Et le v’là qui fait le tour du fauteuil, agrippe et sucusse le fute de sa mère avec ses pattes grasses, puis vient trempouiller ses doigts boudinés dans le crachoir.
C’en est trop ! Je lâche tout et tombe sèchement le masque pour lui asséner un faciès de Belzébuth écumant de férocité explosive. Les crocs serrées, la mydriase fulminante, l’index agressif, je rugis sans articuler : « Bon, maintenant, tu retournes t’asseoir là-bas, tout de suite !! ».
Un poil impressionné, il obtempère provisoirement tandis que la gourdasse, finaude de service, ne peut s’empêcher d’écarter la pompe à glaire pour lâcher la fatale couillonnade: « Si t’es pas sage, le dentiss va te faire une grosse piqûre ! ». Ouais, et dans l’œil même ! Ah bordel, faut être solide !

Bon, revenons à nos moignons ! Foin de cordonnet énervant qui fout le camp à gauche au fur et à mesure qu’on le fourre à droite ! En dessicationnant à donf, le lichte, poussé par le pouti, ira bien au fond des choses ! Allez, un petit mordu express ( dis-donc, cochon !), dit flash-éclair, et je reste dans la course.
Je sors prestement tout le bourrier, en matant, patibulaire, le moutard qui se goinfre encore. Il a l’air de se tenir à carreaux, mais il faut maintenir la pression maximum. Je malaxe nerveux, je le fixe… je pétris musclé, je le lorgne… je spatule vigoureux… je l’épie. Volte-face, aspi, je sèche tout partout, et injecte au plus intime avant qu’ ça catalyse.
Tiens, elle ne serait pas si godiche, elle ouvre le four tout grand et ne le referme pas le temps que je porte empreinte . Tu tiens le bon bout, docteur !.
C’est le moment, me dis-je, de solliciter la coopération active du patient :
« Madame, je vous serais fort reconnaissant de bien avoir l’amabilité de retrouver à présent votre intercuspidie maximale ».
« Hein ? »
« Je disais : tu cadenasses la mangeoire d’un seul coup sans réfléchir, comm’ d’hab ! Ok ? »
Faut bien vulgariser not’ science !
Après 5 secondes de blanc ( le neurone a du gripper au démarrage), la mandibule se met en branle, prenant immédiatement une direction baroque, oblique et sinusoïdale. « STOP ! Fermez bien droit, non, j’ai dit bien droit, les dents du fond, non, à droite aussi, NON ! Ouvrez, refermez, décalez …».
C’est pas vrai ! La v’ la qui se met à machouiner horizontal, façon chameau ! C’est du carnage, en cinq secondes, elle m’a entièrement chouimgomé l’élastomère ! Raahhh ! C’est râpé, j’enrage dedans, je vitupère de baffes .
C’est le moment que choisit le bouffi, ce nain fourbe, me voyant merdoyer dans le yaourt, pour déclencher presto la mère de toutes les batailles. Tandis que l’empotée bave bruyamment les rognures de silicone qui lui encombrent le suçoir, le replet bondit et cavale dans tous les sens en beuglant « Môman, on s’en va, môman, on s’en va… ».
Allez, je capitule., I waterloose, on n’est pas à Fort Boyard ! A la semaine prochaine, Mam’zelle, à l’heure et sans le branleur, merci !

Pendant que je commence à passer l’aspirateur partout, l’assistante me demande si c’est normal que j’aie rien coté.




Date: Jeu 15 décembre 2005 11:18:19

« Je vous préviens, je suis an-ti-mé-di-ca-ments »

Aaaah, je sens qu’il va m’ plaire, ç’ui-là !
J’ai en face de moi un spécimen de tantouze dégingandée, un haricot vibrionnant , bien gondolé de la génienne gauche, et adressé par qui ? Par « Meunami , qui est venu la semaine dernière ». Je réminisce…. Ok, d’accord !.
Tandis qu’il agite ses petites mimines bagousées dans tous les sens, je conjecture : lequel des deux bourre le sac à dos de l’autre ? Je suppute que le dit Meunami, sorte d’orang dégoûtant au système pileux prépotent ( ensemble poivre , sel et jaune d’œuf ), aurait p’tèt plus une trogne à s’faire chocolater le kinder que la folle dingue ici présente. Mais on peut s’ gourrer, chuis pas homologue.
« Ah bon ? Mais quand les médicaments sont indispensables ? »
« Ah bé là oui, évidemment ! »
« Alors, pauv’ tache, t’es comme tout l’ monde ! »
Ca, c’est encore un truc qui me fout en vrille ! Voilà le type même du crétin pseudo intello branché qu’a un avis définitif sur tout. Je sens qu’il va m’ faire la classe sur les médocs, le mercure, la grippe aviaire, le nucléaire et les OGM ! J’parierais pourtant qu’il a un QI de moule, et q’y s’ rait même pas foutu d’expliquer l’évaporation d’ la flotte à un mouflet !
Qu’est-ce qu’il bouine, dans la vie, ce grand garçon ? Fonctionnaire! C’est pas possible ! Un gland, un tire-au-cul ! Décidément, on reste dans l’ homogène ! Et aux impôts, en plus ! T’es mal tombée, ma poule, j ‘suis pas fana des vides-goussets assermentés !
Et où donc qu’il a bobo, le désœuvré ? Aux dents ! Très drôle ! Ca tombe bien, j’ fais pas les fissures anales!
Le parasite pose délicatement son p’tit baise-en-ville sur le burlingue, puis se déhanche direction Anthos, tandis que, prudentissime, j’enfile 2 paires de moufles latex et me plaque un masque épais sous blindage intégral plexi.
« C’est grave ? ». Non, c’est aigu. Je vise d’emblée une 23 pourrave, bouffée de la triture jusqu’au trognon faisandé, avec une moche de cellulite par la-dessus. Je cliche, l’horreur apparaît sur l’écran face au minus. « C’est ma dent, là ? » Ben non, triple andouille, ton chicot, tu l’as encore dans l’ corridor ! »
Que faire ? Si que j’étais un pt’it mâche-tout, je prendrais une plombe ( à 4500 balles HN), et en avant l’end’ haut de gamme : j’enfile le latex, je repère l’orifice, je lubrifie copieux, j’ évase progressif, je pénètre contrôlé, je vais z’et je viens, je bourre mon maître-cône jusqu’au fin-fond. Stratégie éprouvée qui, à l’évidence, botterait grave notre inverti œdémateux.
Le blème, c’est que dans 10 minutes, y’a l’ aut’ pouf de chez Bèzanrian Finances qui déboule pour m’expliquer qu’il faut vraiment être con pour payer des impôts.
J’opte donc pour la taquetique classique, telle que je l’omnipratique avec bonheur depuis des lustres, chez l’ bouzeux comme chez la sous-préfète : on va débourrer l ‘conduit, javelliser le strepto et l’hydroxyder au calcium pendant 8 jours.
Mais j’ai à peine dégainé l’ titane que la chochotte commence à m’ titiller le nerf : cabré sur son p’ tit aspirateur à knacky, l’efféminé s’emmanche d’inspecter mon plateau d’un œil suspicieux. Qu’est-ce qu’ y m’ joue, l’ pédock? De trois chose l’une : soit il cherche la micro-chiure de moucheron pour tiquer ( lui qu’est putride de la gueule ) soit il espère passer pour un cérébral autodidacte qui veut tout biter (C’est beau, l’espoir !), soit il veut jouer l’effarouché pour que j’ compatisse. Tu parles, j’ai plutôt envie d’ lui balader sous le nez mon flingue à silicone pour voir sa tronche !
« Installez-vous donc bien ! » J’ lui enchasse presto la pompe à bave sous la menteuse, pensant le paralyser définitif. T’as qu’à croire ! Il décroche tout aussi sec et demande à s’ rincer l’ embouchure ! Gnnnnn ! J’ai beau n’ lui servir qu’une rasade de piaf, cette molasse trouve le moment propice à une séance d’hydrothérapie bucco-pharyngée de 3 minutes ! J’ébulitionne.
Une anesthésie ? Mais tu plaisantes, je suppute ?
Primo, si j’te foramine le phlegmon, j’ te boursouffle la coloquinte à coup de bacilles virulents. Deuzio, tu pourras rien capter puisque t’as que du mouizou dans la goulotte .
Troizio, faut qu’ tu payes pour mes persécutions fiscales.
Quatro, t’es antimédoc, ça contrindique ! Et paf !

Bon, allez, il est prêt, l’enflé ? Alors, il ouvre bien grand-bien grand !
Le pétochard fait d’ l’huile. Les yeux mi-clos, flageolant des boyaux, il commence à geindre avant que je ne touche quoi que ce soit. Pourtant, me dis-je, il doit être rompu à des ramonages plus pénibles !
J’amorce , ultra-délicat, une première manœuvre de cathétérisme exploratoire, comme on dit en dialecte frimodontologique. A peine déstructuré le bouchon de bouillasse accumulée , c’est le tsunami. Sous pression, un flot pouacre de pus verdâtre s’écoule en continue. Beurk !
« Je crois que je ne me sens pas bien ». marmonne Zaza, complètement évaillée.
« Et ben fais-toi sentir par les autres ! »
J’ironise sous cape, mais c’est vrai qu’il a pas une mine flamboyante, l’intermittent. Il est translucide jaunâtre, l’œil vitreux, la lippe incolore. J’ai pas l’ choix, si j’envoie pas illico trente lambourdes, cette lavette lipothymise dans 10 secondes.
C’est cuit pour aujourd’hui. Je ventile tout, et pendant que l’avachi pantelant, les bras flasques de chaque côté du fauteuil, attend que sa p’ tite cervelle reprenne du jus, je lui prescrit 8 jours d’Augmentin ou assimilé, il en fera ce qu’il voudra.

Un petit arrêt de 4 jours, peut-être ?



Date: Mer 21 décembre 2005 07:34:24
Je soussigné, Dr PAL, atteste :


Monsieur X s’est présenté en urgence ce jour à mon cabinet, exposant au secrétariat le motif de sa consultation en ces termes : « Ve m’ suis manvé une groffe patate en pleine djeule. »

A l’examen exobuccal, on note d’emblée une franche tête de lard. Le front est plat, la distance sourcil-cheveux très réduite. Le complexe capillacé est lipido-pelliculaire. Les téguments sont boutonneux, vérolo-pultacés, parsemés de bubons rougeâtres à béarnaise centrale.
Le type morphologique peut être apprécié comme crétino-calcique : symphyse en galoche, hypopileuse, prognathie chympanziforme, badigouince inférieure épaisse, atone, et non jointive. L’œil gauche est inexpressif et bovidéique ( le contro-latéral étant intégralement poché par le gnon traumatique, nous le supposons de type équivalent sous l’enflesse).
Le tarbouif apparaît patatoïde, violacé et hypertrophique, masquant le tiers médian de la sphère facio-têtale. La loche babinaire supérieure, sous-jascente, est explosée. Les conduits narinoïdes sont hémorragiques et, pissent taxiques. Le flux morvo-sanguin est recueilli dans une bassine en plastoc tenue à la main par le sujet.

L’anamnèse est rendue difficile du fait :
1. Que le patient comprend que dalle à qu’est-ce qu’on lui d’ mande.
2. Que le patient a la mâcheuse du haut en miettes.

Cependant, si l’on s’en tient à ce qu’il mime et borborygme, il est possible de cerner l’étiologie du tableau : il semblerait qu’un dénommé Stenfoiré de Tchiéry lui aurait allongé un moche ramponneau direct à la tronche. Les raisons de cette agression sauvage restent floues, même si le sujet avoue avoir, par inadvertance, un peu pénétré la fiancée de son agresseur, tout en picolant sa Kro.
Le patient, trop matizé, indique qu’il va porter plinthe dès qu’il aura dégotté l’outillage nécessaire, et qu’il compte couper l’éponge définitivement.

A l’examen endobuccal, on constate un boxon macératoire de type hachis. Les incisives de d’ vant s’ sont fait la malle, le sujet pense en avoir gobé une et craché les autres sur la moquette au moment du fracas. Les canines, disto-vestibulo-valdinguées en haut, en d’dans et en traviol, sont en mal position quasi molaire.
Parmi les gravats, on peut distinguer des blocs de tartre, manifestement ultra-sonnés par l’onde de choc et ses répliques, des débris de bidoche et d’os d’origine incertaine ( nous prenons en compte que le patient précise avoir bouffé du poulet une semaine auparavant), un mégot de pétard et du verre pilé en provenance de la canette sus-mentionnée.
Les tissus durs sont mous. La gencive est très libre, la langue, vilaine, est villeuse. On devine de nombreux champignons ( les candidats, ça profite !), mais pas togènes. Le licken est nickel.

Retentissements fonctionnels :
Le champ de vision est amputé d’environ 52,76%, mais ce déficit est en partie équilibré par de plaisantes hallucinations compensatoires ( chandelles, étoiles, serpentins, petits zozieaux)
L’acuité acoustique est accrue d’acouphènes, assez gonflants selon le patient déjà bien œdémateux, qui rapporte la sensation d’ avoir une mob dans la cafetière.
L’odorat, le goût, l’appétit, la frime et la libido sont provisoirement neutralisés.
L’intellect est à peine perceptible, maintenu à son niveau plancher antérieur.

Traitement d’urgence
Dans un premier temps, nous invitons le patient à riper ses galoches dare-dare vers les urgences du chu, au motif de la raison duquel que nous avons autre chose à foutre ( Binhas 2002).
Devant son refus catégorique, nous entreprenons de lui déblayer grossièrement l’embouchoir par pompo-syphonage aspiroïde. L’accès au site nécessite préalablement de charger le groin érythémato-spongiforme sur un écarteur de Faraporc.
La manœuvre est rapidement interrompue en raison des beuglements insupportables du sujet. Il est convenu de revoir le cas après cicatrisation ad presqu’integrum des étages tronchaux délabrés.

Nous émettons toutes réserves dans tous les sens sur tous les sujets.


Fait pour valoir ce que de droit.





Date: Lun 19 décembre 2005 15:32:18
Ca faisait sept ans que j’ l’ avais pas vu, la mère Méchinaud. La vache ! Elle a pas fondu ! C’était déjà un morceau, mais alors là, si elle s’ lève sans r’ pousser les accoudoirs, elle embarque la chauffeuse sans les mains.
1 m 80 au garrot, 1 quintal 150, c’est déjà d’ la belle blonde de Bretagne ! Faut dire qu’ elle’ crache pas sur le Big Mac ( c’est une recette amerloque : un bout de pneu r’chapé entre 2 éponges ketchupizées ). J’ l’ ai vue un jour se bâfrer à s’en faire péter la bouzine.
Rien qu’ de faire au ralenti les six mètres de couloir, elle buffle comme si elle sortait d’une compèt’ de sumo. Le souffle trop court pour jacter d’emblée, elle se pose massive au bureau, et j’ fais mine de bourniger le temps qu’elle récupère un poil.
S’agit de mettre à jour le dossier. J’anamnèse.
« Alors, Madame, comment allez-vous ? »
« Bien bien »
« Euh, pas de problème de santé particulier ? »
« Non, ça va. »
« Mais, prenez-vous des médicaments à dose habituelle ? »
« Ah oui ! »
« Lesquels ? »
« Y a des cachets bleus… »
Ok ! Y’en a pas qu ‘des bleus. Elle me sort un listing de 2 pages ! C’est vrai que c’est la pêche olympique, si on excepte les broutilles : un p’tit diabète, une légère hypertension, un infime excès d’ cholestérol, un insignifiant glaucome, un soupçon d’arythmie, un brin de dépression, une dérisoire artérite, un asthme banal et une négligeable angine de peutrine.
Et qu’est-ce qui la chagrine, Mobby Dick ? « J’ souff’ le martyr ». Et ben on va tout transbahuter de trois mètres pour voir « qui qu’ ya d’ cassé ».
J’cornaque le mammouth vers le billard, double à droite et écarte tout devant le convoi exceptionnel, un peu inquiet pour le matos. Ca craque pas, mais ça disparaît sous cette montagne de barbaque. Faut r’monter au max la têtière qu’elle a incrustée au milieu du dos, passer la bosse de bison pour aller chercher l’occiput loin devant.
L’obèse est calée, l’ crachoir sous l’ coude, les nibards sur les genoux. Bon, alors, c’est où, le problème ? « Une qui bouge en haut dans l’ fond ». lâche t-elle dans un souffle. J’ penche un peu le dossier, le pauvre, mais pas trop, de peur qu’elle parte en roulade arrière.
C’est là que j’ voudrais bien les z’y voir, les experts posturologues, ceusses qui prennent la pose, droits comme avec un manche à balai dans l’ derche, et qui brassent de l’air derrière la têtière vide des fauteuils exposés à l’ADF. Moi, j’ai des p’ tits bras, pas des tentacules télescopiques, et je m’ demande comment j’ vais lui atteindre la gobeuse sans monter d’ ssus.
Elle crache ses deux berlingots résine, et tourne un peu la tronche à droite. Coup d’ fion, elle est molle du masséter, j’ peux latéraliser l’abajoue. Vu ! Y a pas à tortiller, va falloir séance tenante décambuter 27, la branlante du jour.
C’est pas qu’ l’ extirpation s’annonce coton, au contraire, mais j’ai quand même un peu l’ troufignon qui claque des dents. Dans l’état où elle est, Raymonde, ell’ s’ rait capable de nous faire une génuflexion du myocarde, voire de couler carrément une bielle. J ‘ai pas vocation à lui faire du bouche à bouche, moi, va falloir y aller molo.
L’air faussement décontract’, j’envoie discret trois gouttes d’arti dans la viande alvéolaire, je vérifie que ça pionce total, et j’agrippe en souplesse la vieillerie. C’est bon, elle a pas l’air de vouloir tourner d’ l’ œil.
Et merde ! Ca m’aurait étonné, elle s’ met aussi sec à perdre sa fressure ! J’ fais l’ tranquillos pour pas affoler bobonne, et j’ lui fait verrouiller la mangeoire sur un paquet d’ compresses, le temps d’ sortir tout l’outillage antifuite.
Première chierie, bourrer un bloc de collagène dans un trou mou qui pisse sous pression. Cette saloperie colle à tout sauf à ce qu’on veut. Deuxième chierie, faire un point de couture correct quand t’y vois que couik. Faut y mettre les deux paluches pour dégager tout c’ qu’encombre la boutique, débusquer la pointe de l’aiguille avant qu’elle fasse marche arrière , tirailler sur ce putain de premier nœud qui s’ relâche le temps d’attraper l’ bout du fil qui poisse partout.

Bon, c’est pas terrible, mais après un quart d’heure de charcutaillerie galère et de compression, ça m’a l’air à peu près étanche. Reste plus qu’à débarbouiller la mastoque qui machouine son ballot d’ compresses ( elle va pas m ‘le boulotter, quand même !) et à désouker l’ champ de bataille opératoire. Y’a du sang collé partout, des sachets déchirés, des compresses crades, du fil en vrac, bref, faut compter 10 minutes de karchérisation au bas mot.

Dc10, soit 20,90€, mais c’est trop, voyons !

C’est pas qu’ chuis obnubilé par le rentable, mais j’ commence à m’ demander si j’ vais pas m’ lancer moderne dans la microdentisterie exclusive. En r’ luquant bien à la loupe, y a ben moyen de trouver des p’ tits trous à boucher un peu partout. Hé, 2 par face, ça peut aller chercher jusqu’à Sc 45 par ratiche ! Pour 3 ou 4 microns d’ compo. Pas d’anesthésie, pas de sang, pas de mouise, pas d’angoisse.

Evidemment, sans vouloir contrepéter, c’est des coups à troubler l’ con d’ la sécu !








Date: Jeu 22 décembre 2005 09:07:37
J’’ai envie d’enregistrer un message de rêve sur le répondeur ; « Le cabinet est fermé à cause que le docteur il en a plein l’cul ».
Franchement, les poteaux, j’en peux pu ! Faut-y êtr’ con pour passer toutes ses journées dans la dentine ramollo, le tartre fermenté, l’ granulom et l’ kyss ! Faut r’ garder les choses en face : le tampax à toute berzingue et j’ vieuzis à vue d’œil. J’connais rien à rien. J’ vais quand même pas nager dans le fétide, le septique et l’ nécrosé jusqu’à cochyme !
Depuis 23 berges, j’ suis contorsionné, l’ blaire à 20 centimètres des bouches d’égout de cradingues atrabilaires, à leur décoincer les vieux bouts d’ bavette faisandés, à leur décoller l’ enduit visco-dégueu, à bouffer d’ la poussière contaminée, en flippant d’être un de ces quatre tyrannisé par un pisse-vinaigre procédurier, ou par le gestapiste en chef de la caisse primaire. Et j’attend quoi ? d’être vrillé définitif par une attaque subreptice ? Non, merci !
Mais, dans l’ fond, et même en surface, qu’est ce qu’en j’en ai à secouer, moi, d’ l’ érosion amélaire de Raymond, d’ l’actinomycetemcomitans de Madeleine , de comment qu’elle croque, Odile?
Tout ça pour qui pour quoi ? D’accord, on fait d’ la r’ cette, mais qu’est-ce qu’ il en reste, au bout du bout ? Le flouze, tu parles ! Au lieu d’ m’ en servir pour m’ payer d’ l’aventure et d’ l’évasion, j’ai été assez pigeon pour m’ le laisser pomper dans les grandes largeurs, par tous les parasites de la confrérie : les fabricants de baisures techno-gadget, ces carotteurs qui passent leur temps à nous inventer du ruineux futile et du superflu exorbitant ; les vendeurs de pognon qui s’ remboursent trois fois à coups d’ frais d’ dossiers, commissions, intérêts, agios et accessoires ; des minus de syndicalistes inconsistants qui nous rançonnent juste pour l’ plaisir de s’amuser à s’ crêper l’ brushing entre eux ; des frimo-dentistes en costard-cravtouze qu’ont trouvé l’ filon juteux d’ faire la classe élémentaire aux minables de mon espèce, pour la peau du cul, ce qui, en prime, leur vaut permis d’ pavaner et de s’auto congratuler à longueur de temps.
Maintenant qu’ mes gamins chaussent du 43, qu’est-ce que j’ peux entreprendre de futé avant qu’ la carcasse, ou un bout d’ la tripaille qu’est d’ dans, me lâche ?
J’pourrais vendre la boutique, mais après ? Avec quoi qu’on mettra du foie gras sur le quignon ? Et surtout, tu parles pas d’ te faire chier ! J’s’ r’ ais foutu d’aller trainer à l’ADF rien qu ‘pour humer la sente professionnelle.
J’pourrais chercher un collabo, tout est prévu pour, mais j’ai un peu les j’tons tomber sur un pénible, un lunatique, un con descendant, un gougnafier ou un rapiat.
En tout cas, faut que j’me paie du bon temps, maintenant, du temps vraiment libre, pour aller voir la terre, la vie, le cœur des gens.
Mais j’ sais pas comment m’y prendre.
J’vais encore cogiter.






Utilisateur anonyme

13/01/2006 à 09h53

Date: Lun 26 décembre 2005 16:44:11
« Dites, c‘est normal, que ce soit encore gonflé comme ça ? »
« Oh, vous savez, Monsieur, le temps passe et les oeufs durent. Mfff! »
……………..
Putain, le bide!
Bon, c’est vrai que, vu l’ faciès de pitt-bull furax qu’il affichait dans la salle d’expectance, j’ m’ attendais pas vraiment à c’que l’ mec s’gondole franchement sur ce jeu de mots laid, ce trait d’humour que j’avoue vaseux. Mais quand y’a une méga boursouflure qui s’obstine après 8 jours de Birodette magique, on peut être enclin à tenter la facétie à deux balles pour avoir l’air un peu moins cloche.
C’qui m’défrise profond, c’est que j’ lui ai superbondé une céram à 4000 balles hors taxes sur la ratiche en question y’a pas deux ans, et qu’ l’ enfoiré se souvient de l’addition au centime près. J’affiche donc un sourire niais ( genre t’inquéquette donc pas-j’en ai vu d’autres-faut pas dramatiser-j’assure un max), mais l’arthrosique étant du genre acariâtre, je flageole un peu dans mon calcif!
J’ai p’tête été con, aussi! Rétrospectons: Y avait une méga bouzée d’ vieux plomb corrodé, pur gamma 2, au moins quinze ans d’âge, sans un fifrelin d’ complication racino-apicale. J’m’étais dit, Pal, c’est bientôt Noël, y’a moyen sur ce coup-là d’ péter un pic de haute productivité steichennienne! Deux temps, trois mouvements:
Un, tu dépouilles le tout d’équerre, à brûle-pourpoint et à 400000 hertz,( fraise neuve, double turbo, gros diamètre, gros grain, diamant naturel multicouches, refroidissement liquide et débourrage automatique par rainures hélicoïdales bi-croisées), tu siliconises par addition prise véloce.
Deux: 5 jours après, t’enduis l’intrados du chef d’œuvre et tu lui bloques définitif la guirlande sur le mognon.
Ce qui fut fait.
Mais c‘est là qu’ c’ est chiatique! A chaque fois que j’ m’emmanche d’optimiser un antique bouchage au lentulo sans histoire, j’ ranime l’anaérobie! Et quand j’ m’ abstiens thérapeutique, elle s’ réveille toute seule. C’est vraiment con, une bactérie!
Présentement, quequ’ chose me dit, le métier, sans doute, qu’il faut illico abandonner le registre « calembours et blagounettes » pour presto déminer l’ terrain contentieux. Une habile déclaration psycho-subliminale s’impose: « ça peut arriver » ( c’est pas d’ ma faute) « c’est assez rare » ( j’ pouvais pas d’ viner, t’as pas d’ bol ) « il faut revoir le traitement des racines » ( c’est pas moi qu’ai merdé, c’est l’autre ) « on doit donc hélas déposer cette remarquable couronne ( là, c’est moi ) MAIS, sachez que, au cas zou je me verrais dans la regrettable obligation de la bousiller total, ALORS je vous ferais, éventuellement, peut-être, j’ promets rien, à titre exceptionnel, parce que c’est vous, le cas échéant, ciné quoi nonne et si j’ai pas l’ choix, un petit geste commercial de type soldo-promotionnel dont nous aurons tout loisir de discuter les modalités le moment venu ( s‘il venait à venir, hélas) ». En principe, au terme de cette phase communicatoire, toute velléité d’agression judiciaire est provisoirement écartée. Je passe donc, moyennement serein, à la phase manuelle.
Ça part mal… J’sais pas si c’est mon fauteuil qu’est conçu d‘ traviol, ou si c’est parce que l’enflure est gaulée comme un jonc scoliotique, mais y a pas mèche de l’installer correctement. L’occiput est décentré de la têtière, il s’ regarde la braguette, j’y vois que dalle. J’me contorsionne la colonne en quatre pour lui décocher 1,8 ml d’arti dans l’ vestibule, hors fluxion. Le temps qu’ ça chloroforme tout l’ coin, j’ dis ça pour les bleus, il peut être judicieux de détendre subtilement l’atmosphère: « Et sinon, c’est la fo-forme? ».

Dilemme. Comment lui décapsuler la molaire sans tout péter? L’arrache-couronne? C’est voué à la fouarade: en moderato, j’ vais lui secouer l’ caisson pour ballepeau; en fortissimo, j’ risque d’éjecter au fond d’ la pièce tout l’complexe céramo-dento-celluliteux. Sans compter de l’algie!
J’vais plutôt tenter la Wam, un p’tit trohu bien placé qui s’rait r’ bouchable au compo, comme dans la démo à l’ADF, ouaille note?.
Bon, où qu’elle est, cette putain d’ pédale? Jamais où y faut! Et va donc éclairer l’ vestibule d’un difforme qu’a l’ menton collé à la pomme d‘Adam!
Première caresse diamantée, schlac! y’a tout l’ pan palatin qui dégage en vrac. C’est râpé pour refoutre la même! Fèchhhh! Mais bon, fallait pas rêver.
Pas pénible, la récup des miettes de céram! Sont éparpillées tous azimuts, préférentiellement dans les plis visqueux et les recoins albuminoïdes de l‘embouchure. Agripper ça à la précelle c’est aussi crispant que d’courser à l’épuisette une micro pouascaille affolée dans un aquarium surchargé. J’lui paie un godet pour qu’il s’ rince l’entonnoir, mais, nom de gouett’, y’a toujours un tesson de reste, planqué à l’ombre sous la baveuse!
Bon alors, au point où on en est, y’a pu qu’à cisailler la chape et c’est mar! Je défouraille la mèche à ferraille, toute neuve, celle qui rentre nickel dans l’ chrome, comme dans du beurre, qu’y disait. Premier contact. Ting! Merde! C’est vrai qu’elle rentre comme dans du beurre, mais pas dans l’inox, dans la bidoche avoisinante. Heureusement qu’ le mec a l’hémi-gueule de bois, j’ lui ai incrusté gratos un piercing carbure de 5mm dans l’ vestibule. Ah, il va m’entendre, le camelot!
Bon, ça y est, j’ai fendillé la cupule de haut en bas à la fraise d‘occase, y’a pu qu’à décalotter. J’glisse la Wam sous l’plafond, je rotationne délicat, du bout des doigts….Que-dalle!
« Vous n’y arrivez pas? », me glisse, perfide, le malbâti, pour m’énerver.
« Mais si, mais si, laisse faire l‘artiste! »
J’élargis un poil l’interstice, je cramponne la wam à pleine main. Gnnnn…Crac!La chape, accompagnée de la moitié du mognon, lui saute au ras d’ la glotte, carillonnant le luette et chatouillant l’amygdale au passage. Au bord de tout avaler, le bancroche renfrogné se redresse brusquement, la paume ouverte sous l’ menton et se met à débagouler tripes et boyaux, la langue à moitié dehors, les mirettes exorbitées. A cet instant, j’ balance en interne entre le stress aigu ( va-t-il m’ingurgiter l’ débris, voire s’engouer et carpailler la gueule ouverte?), et l’envie d’ me fendre la pêche à la vue de sa trogne déformée par les spasmes dégobillatoires.
Le bilieux ayant craché sa valda, je respire. Mais c’est quand même galère: vu ce qui reste du chicot, j’ suis bon pour un inlay-core en sus d’une céram en solde.
Pour le moment, s’agirait de dénicher l’entrance des canaux putrides. Évidemment, l’ plombage préhistorique est bourré compact jusqu’ aux tréfonds. Manquerait plus que j’ lui fore le plancher! J’gratouille, j’égratigne, je rogne dans l‘alliage et dans l‘angoisse, par tendres effleurements à la fraise délicate, les loupes sur le pif. Dix minutes après, ça m’a l’air nif, mais calcifié sévère.
Il est clair qu’ ça bouchonne aussi dans la salle d’attente et j’commence à avoir la colonne vertimballe qui m’lancine, faut dire que l’autre cagneux mal-foutu fait tout pour que j‘ sois en accordéon. Il est grand temps d’ raccrocher les gants. Un p’tit eugésolv- ça périme pas, c‘truc-là- sur boulette de ouate et je cavitise l’orifice pour huit jours.
L’air dégagé et véri-rilax, j’expose doctement la situation à l’acrimonieux rhumatismal: il a du pot d’avoir un praticien de ma trempe, n’importe quel autre aurait lâchement renoncé au sauvetage de la désespérée.

Le tordu ronchon tire la gueule, râle un dernier coup, pour la forme ( « J‘comprend pas, quand même, avec le prix qu’ j‘ ai payé! »), et se casse en claudiquant chez l‘apothicaire du coin.
J’suis raide crevé. Allez, courage, Pal, plus que 4 séances à supporter son aimable trombine, à merdouiller, à paumer d’ la thune, à t’ péter les vertèbres, à bredouiller des excuses bidons pour tenter, en pure perte, d’ sauver un peu la face!
Mes enfants m’aiment, la vie est belle!




Date: Mar 27 décembre 2005 17:08:37
Si y a un truc qui m’énerve, c’est bien d’avoir un mec dans l’ dos.
Non, c’est pas qu’ chuis homophobe, encore que ! Mais quand j’ bosse, j’ supporte pas qu’on mate le chantier par dessus mon épaule. Ni qu’on s’ balade dans tout l’ cabinet. D’abord, y a l’opéré qui suit l’autre des yeux, et ça m’ perturbe le champ opératoire, c’est comme quand on sent confusément qu’il vous fixe direct dans les mirettes. Et puis, si jamais l’ voyeur aperçoit une goutte de sang, il va tirer une tronche à la Scream, et l’autre va s’imaginer que j’ le saigne comme un porc. D’où risque de brusque rotation perpendiculoïde de la partie têtale, avec pénétration jugale du tranchant carbure de tungstène à pleine gomme, arrachage-projection hélicoïdale d’un paquet d’ téguments, du trijumal et de l’artère faciale, hémorragie cataclysmique et détérioration générale des papiers peints. Merci !
C’est pour ça qu’en général, j’ me démerde pour bloquer en salle d’attente l’accompagnant avec son Gala déchiré de 87.
Mais aujourd’hui, impossible de désagglomérer ces deux-là. Depuis 60 balais qu’y se sont mariés, y sont jamais à plus d’un mètre cinquante. Y doivent aller aux goinces ensemble, c’est pas possible !
Lui, c’est le p’tit chose, mi-portion, courte-botte. Y doit pas dépasser quatre coudées au garrot, c’est un rat, ni plus ni moins, bout gris, qui marmonne de temps en temps un baragoin comme s’il mâchouinait d’la bouillie avec les gencives. On n’y comprend que dalle, et tout l’ monde s’en fout. C’est Madame qui cause. Tout l’ temps, sans arrêt. Pour dire des conneries, de préférence. Maquillée à la truelle, teinturée au goudron, elle dépasse son nabot de deux têtes. J’ai à peine entrouvert la salle d’attente qu’elle ouvre déjà son gicleur :
« Bonjour Docteur, c’est pour Robert, c’est sûrement trois fois rien, dites donc, pas chaud, c’ matin, c’est en mangeant une croûte de pain, et pi ça lui pique la langue, déjà qu’il a la gastro, remarquez, c’est un temps d’ saison… » Stoooop ! Coupez ! « C’est au fond, on va voir ça, allez, allez ! ».
La gâpette à la main, le micro-chétif bredouille mezzo en passant devant moi et trotte menu vers le cabinet, tandis qu’ la matrone le suit en blablatant dans tous les sens « C’est sûrement trois fois rien, dites-donc, elles ont poussé, vos plantes, avance Robert… »
« Voilà , asseyez-vous. Alors, Monsieur, quel est le problème ? »
Elle : « Et bien, j’avais acheté du fromage, vous savez, du conté, c’est bon, le conté, et pi je sais ni pour qui ni pourquoi, Robert a du croquer trop fort dans l’ quignon d’ pain, et il a perdu un p’ tit bout, vous allez voir, c’est sûrement trois fois rien. » Et Robert le portatif d’opiner du chef avec son sourire nigaud.
J’envoie l’ pygmée escalader l’Anthos, j’ bascule la têtière qui sert à rien vu qu’il a la noix au milieu du dossier, et j’ monte le tout au dernier étage. « Ouvre donc la bouche, Robert ! » . Mais elle va s’ taire, la morue ?
Bon alors, c’est où ? Evidemment ! Tout au fond, en haut, derrière ! Ca va être simple !
J’me marre sous masque en imaginant un ponte coller une digue à ce microbe, on verrait plus qu’ ses pompes ( du 32 fillette ) !
« Alors, Docteur, c’est trois fois rien ? »
Ouais, bof ! C’est trois fois chiant, plutôt ! J’aperçoit une balèze de caverne en distal de 27, le patienticule ouvre rikiki et il bouffe plus d’ anticoagulants que d ’vermicelle. Pas question d’ déraciner l’ chicot d’office, ce s’ rait d’ l’ euthanasie.
Pendant qu’ j’ essaie d’élucubrer cérébralement un plan d’ traitement idoine, face à Bobby-rase-motte, tout figé, la mandibule au daoun et le regard fixe ( J’suis à moitié tracassin : il s’ rait pas cap d’avaler ici son extrait d’ naissance ?), la virago me bombarde dans le dos de questions à la con : « Vous allez la plomber ? Y aura pas besoin d’ rev’ nir ? Faudra pas qu’y mange ?… »
Assistante ! Claquez l’ beignet à la poissarde ou j’ extermine tout l’ monde !!!
Le gnome ne douillant point ( ni au froid, ni au chaud, ni au sucré, ni au moutardé, ni à la pression, ni à la percussion, ni à la roto-vestibulo-traction), le fond du gouffre étant réactionnel sous le reste de conté, bref, les choses étant c’ qu’elles sont, je conviens avec moi-même de ne faire chier ni le patient ( qu’a déjà la déripette, ne l’omettons pas), ni surtout mézigue. J’vais la jouer brousse, avec mon nouveau Fuji à pompe. Paraît qu’ ça adhère à tout. De toute façon, avec un goulot d’ nain pareil, y’a pas mèche de lui fourrer d’ l’ outillage au fond d’ la gobeuse.
Le temps d’ coffrer à l’Apis, d’ vibrer la compulette et d’ bétonner l’excavation, soit 4 minutes 10 chrono, l’aut’ piplette m’a beurré la raie avec les horaires de bus, les embouteillages, le programme de son réveillon ( c’est vraiment pas un menu de Jeff cuistot !), l’eau qu’a goût d’ calcaire, et pi y ‘a pu d’ saisons, et pi y’a pas grand monde dans les magasins et pi les gens ont pu d’sous, et bla bla bla… On pourrait tous se tauper en douce qu’elle continuerait à jabouiner toute seule jusqu’à d’ main matin.
En voyant varapper l’avorton du fauteuil, je m émeut : pauvre poulpiquet sans défense ! Ah vérole, si ma bourgeoise tournait jacasse comme ça, j’ s’ rais bien content d’avoir gardé un fond d’arsénieux !
« Bon, eh bien, c’était trois fois rien, bonne année, la sortie c’est par là »
« Allez, viens Robert, mets ta casquette, fermes ton manteau, y fait frisquet, et patati… »

J’ai parfois l’impression d’être un Azbinne ! J’aurais p’ tête dû allonger le minuscule sous l’ microscope et lui titaner sous digue les quatres canaux calcifiés ? C’est sûrement c’ qu’aurait fait l’élite de la profession !

Ouais… Faut bien l’admettre, y’a l’élite, puis y’a Pal !



Date: Mer 28 décembre 2005 17:46:00
J’en ai croisé, pourtant, des connards !
Mais alors, Fernand, c’est l’as des as ! Au premier abord, on l’exècre déjà. Bon, mais y’a des types qu’ont des qualités enfouies. Ben pas lui. C’est l’ genre de mec qui gagne à être pas connu. Au second abord, on espère que ce sera l’ dernier, et on rêve toutes les nuits d’ lui écrapoutir l’ service trois pièces à coups d’ maillet sur un billot.
Dire qu’il est laid tiendrait du plaisant euphémisme. C’est un gnome contrefait, ignoble, a-bo-mi-freux. Un mètre soixante de mocheté et de disgrâce décatie.
Décrochons d’abord le grotesque couvre-chef gapétoïde qu’il s’est emmanché sur la théière. Peut-on sérieusement appeler tignasse cet amas noirâtre et informe de poils pubiens grossièrement agglomérés à la laque bon marché ? Certes non, d’autant qu’au premier courant d’air, l’ensemble se déstructure pour flotter en une pitoyable banderole, accrochée médiocrement au dessus des amas de cartilage fondu qui lui tiennent lieu d’esgourdes. Car ce triste bouffon de race marseillaise abatardie, qui est complètement dégarni du scalp, croit pouvoir passer pour un rasta en se choucroûtant hélicoïdal une mèche de 50 centimètres de long à partir de c’ qui lui reste sur les bords !
Cette face de singe panzé vicelard comporte deux globes enculaires dissymétriques et pochés, type merlan frit, situés de part et d’autre d’un appendice ovoïdo-syphilitique tombant, dont le seul rapport avec un nez serait une certaine aptitude au mouchage.
La lippe est baveuse aux commissures, comme écœurée d’elle-même, trop amorphe et méprisante pour dissimuler par jointure un mâchicoulis répugnant de pavés tabagiques.
En dépit d’un lifting désespéré, tout pendouille et s’affaisse, des bajoues pileuses et vérolées au sous-menton flasque de style ballamou.
L’infâme n’est pas peu fier de son poitrail flasque, teinte beurre pas frais sous la chaîne plaquée or, entre les 4 derniers poils gris flétris, il se déboutonne donc jusqu’au nombril la chemisette rayée marron et vert (paraît qu’ on pourrait trouver les mêmes à Trifouillis-les-oies, au bazar de Germaine Bigourdan, tout au fond d’ la réserve ).
Cette bévue de la création est dotée d’un QI de bigorneau trisomique. Sans s’ planquer de sa bobonne soumise, il emballe et trimballe en ville quelques gourdasses vulgaires, d’horribles péri pétassiennes tout ébaubies par son pognon, mal acquis en mafio-trafics divers et qu’il étale comme une preuve d’intelligence supérieure.
Le charcutier au black qui l’a lifté complet a du le mettr’ au parfum : « Vu la traction exercée derrière les portugaises, mec, si tu clignes ou si tu souris, tu chies instantanément dans ton calfouet ! » Alors, Fernand fige la gueule en continu. Il s’engouffre en r’ tard dans la salle d’attente sans r’ garder personne, ne dis jamais ni bonjour, ni au revoir ( alors, merci, vous pensez !)
Ca fait deux ans que ce crapaud indigne me broute, m’abrase, me corrode les boyaux d’ la tête, à m’imposer la vision d’apocalypse de sa carcasse de rascasse décomposée, à exiger des miracles en étalant des paquets d’ biftons sur le burlingue, à m’ causer comme à un clebs ( « donnez-moi de l’eau ! Passez-moi la glace ! ».
Et comme j’ suis d’ nature romantique, au lieu d’ l’ envoyer s’ faire coton-tiger l’oreille sourde chez les grecs, j’ déglutis et j’ reste un Jean Tlemant.
Bilan, dès qu’ j’ entrevois son blase sur l’ carnet, je somatise, régurgitant du jus d’estogome, déclinant du coup d’ fourchette et cauchemardant de l’abject.
Avec quoi y va m’ bassiner aujourd’hui, l’ résidu d’ capote poreuse? J’lui ai dépulpationné une 17 avant-hier, j’ l’ ai bien prév’ nu de tout ; alors quoi ?
L’enfoiré sort un p’ tit bout miroir de sa poche (qui lui sert à contrôler le tenue d’ la moumoutte apicale) « Ca va pas, ça ! Il est pas esthétique, votre plâtrage ! »
Qqqquoi ??? Cette horreur de la nature, cet alien repoussant, hideux à faire avorter une couvée d’ macaques, vient me courir sur le haricot parce qu’il aperçoit, en levant sa figure de pelle à chiottes, un millimètre carré de cavit blanc ?
Tu tombes mal, Fernand, tu tombes très mal ! Vois-tu, mon meilleur ami, mon frère, un type en or massif, beau, gentil, bienveillant, rigolo, est mort hier midi dans mes bras…. Alors, depuis le temps que ça m’ démange, j’ vais te dire le fond d’ ma pensée….

Et tandis que j’ me trithérapeute le virus en le foutant définitivement à la porte avec fracas, je rêve que j’ l’ empoigne par le colbaque, que j’ lui fait avaler ses richmonds à coups d’ genoux dans la chetron, que j’lui turbine dans l’œil, que j’lui hâche le gland, que j’lui fore le mou à la fraise boule, pour qu’il crève à la place de mon pote.




Date: Lun 2 janvier 2006 09:22:37
Dis donc, les deux frangins ! Z’ont vraiment tout pour plaire !
Ils s’ pointent une demi-plombe à la bourre, ce qui a le don m’escagasser l’ système, mais là, t’as pas vraiment envie d’emblée d’ leur faire les gros yeux. Tronches de gitans furibards, ils s’engouffrent dans l’ cabinet comme s’il venaient débusquer un rival en dette de grisbi pour le r’passer. Aussitôt, ça schlingue à occire les mouches, y se sont oints à la même eau de toilette, manifestement très tendance chez l’ populo ( Graillon, de Kébab). Peignés à l’huile de frites, sapés en joggers mécanophiles, y s’ ressemblent comme deux gouttes d’eau crade. Le plus vieux, disons le moins jeune, 25 piges environ, extrait de sa fouille arrière des attestations CMU, grasses et pliées en douze, pendant qu’ le cadet ( 18 ans d’ galère) tourne en rond comme un babouin en cage qu’aurait r’ péré Sharon Stone en bikini .
On s’ rait au coin d’ la rue, vu mon gabarit d’ poids coq et mon tempérament d’ poète, y m’ foutraient moitié les flubes, ces sauvageons tendance caillera. Mais là, j’ai la zeublou du doc, ça pose son homme, et c’est eux qui font dans leur froc. Alors, je les toise de bas et j’ fronce le sourcil en matant ma toquante.
« Pas l’ temps d’ voir les deux, désolé » ( fais pas l’ con, Charly, range ton opinel).
« Vô z’y, touô ! » L’aîné s’ propose d’aller empuantir la salle d’attente, pendant que j’ me farcis l’ benjamin qui, dixit, en bave depuis une semaine. « C’est par là, branlouillou. »
Le mecton a pas l’air de péter la forme. Plus pâlot que des miches d’angliche en janvier, gaulé comme une arête de poiscaille, le crevard doit pas claper d’ charcutaille tous les jours. Même derché au burlingue, y tient pas en place. C’est clair, y flageole de pétoche dans son jogginge. J’la joue hyper-calmos.
« Alors, qu’est-ce qui t’arrive ? »
« A l’hosto, m’ont dit faut tout ârrâcher ! »
« T’as un boulot ? Non ? Tu en cherches ? Non plus ! T’es en bonne santé ? Tu crois ! Ok, tu vas t’installer là-bas, on va j’ ter un coup d’œil »
Entre les chicots mités au strepto et ceux qu’ont joué cassos sous les coups d’ lattes de son daron raide bourré, la taille est pas belle. C’est pu une arcade, c’est l’ chemin des dames, un clavier de vieux clavecin (une noire, une jaune, une pétée).
Pendant qu’ je mate l’étendue du désastre par une giration rotatoire de miroir, je ressens dans l’ bout d’ mes pinceaux le vibrato interne des tripes du branleur, qui s’attend à c’ que j’ dégaine la t’ naille ex abrupto pour lui déboiser tout l’avaloir.
C’est vrai qu’ le chantier est déprimant, mais quand même…….
De là à tout foutre à la benne sans sommation !
Bordel ! Ce morpion craspouilleux a l’ même âge que mon rejeton à moi. On lui file pas la CMU pour s’ payer un berlingot intégral !
Et puis, Pal, t’es pas un déracineur moyen-âgeux , mais un odontologiste conservateur post marmassien .
J’ lui file le rétroviseur dans les paluches et j’ lui gratouille les collets:
« Regardes, mec, au lieu d’ faire bravo des fesses : y’a comme un problo : me prends pas pour un bleu, au bord de tes crocs pourris, là, cette mousse de tarama à la pistache pourrave, c’est pas du résidu d’ Colgate, c’est d’ la pure mouscaille. Et moi, tu vois, chuis pas docteur en vidange. Alors, faut qu’ tu choises : ou bien tu r’viens la prochaine fois avec les pavés dégueus et j’envoie tout l’ bourrier à la déchetterie, ou bien tu les as reluis au chrome, et alors, là ! …Foi d’ Pal, j’ te r’fait, en 3 sessions, sans bobo et à l’œil, une devanture étincelo-scintillante de méga star, à faire tomber toutes les greluches.
En voyant brutalement flancher tous les muscles de sa face de pigeonneau déplumé, je flippe un peu: si tous les sphincters lâchaient en même temps, ça pourrait sur-dauber. Mais non. Sous l’ coup d’ la divine surprise, y m’ regarde avec de grands yeux ébahis. Puis, comme un galopin déconfit auquel on propose de jouer gagnant plutôt que de rester l’oreille basse, il s’empresse de bredouiller :
« Ouais ouais, pas de problème, j’ vais m’ les brosser tous les jours, ouais, sûr, alors là, tous les jours, tous les jours, sûr ! ».
A mon avis, s’il avait une brosse sous la pogne, il aurait déjà commencé à astiquer.
Me v’ là carrément émouvé du noyau par le maigrichon pathétique, et mon envie d’ lui redonner un coup d’ patte enfle encore. J’élucubre intérieurement une sommaire analyse psycho-clinique : ce pov’ gavroche guignard, y tombe pour une fois sur un mature qui l’ traite pas comme une chiure de bâtard rédhibitoire, il va s’ dire respect. P’têt même qu’il va se sentir confusément choyé. Ensuite, avec un nouveau bloc incisivo-canin rutilant, y va s’ trouver finalement pas si tarte que ça, d’où éclosion d’une intériorisation de soi mâtinée d’amour propre narcisso-équilibrant. Par conséquent, nous aurons développement de l’auto-confiance, optimisation de l’image projetée, néo socialisation, intégration professionnelle et finalement triomphe dans tous les domaines.
Saint Pal, priez pour nous.
Une petite ordonnance, tiens, mon p’tit bonhomme, ( « ouais ouais, j’vais tout faire comm’ c’est marqué, sûr ! »), un rancard d’une plombe et demie dans trois jours pour refaire les fondations.

Foi de Pal, j’ vais t’ en donner de l’amour, moi !




Envoyé par: PAL
Date: Mar 3 janvier 2006 07:57:24
Je sirote mon quatrième jus d’ la journée en biglant par la fenêtre.
J’ai d’ la veine, j’ai une vue plongeante sur le carr’ four, et c’est l’ plus bouillonnant d’ la ville, avec une foultitude de commerces. Mais attention, quand je dis commerces, j’ parle pas de marchands de ridicules godasses pointues ou d’ guenilles trouées soit-disant à la mode, ceux qu’ont besoin de 30 mètres-carrés pour exposer un string. Non, je cause des détaillants de produits de première nécessité : bidochier, poiscailleur, charcutailliste, frometonier et breuvagiste, sans oublier le crotanchocologue. Ici, tout s’agite dans les arrière-boutiques dès six heures du mat, et moi, en pointant à 7heures et demi, j’ai l’impression d’être le fonctionnaire de la bande.
Comme ce quartier peu sensible est peuplé de veuves jacasses et de bourgeois cacochymes, le spectacle est permanent. Avec un peu d’ bol, on peut voir une vieille bique se viander dans l’ caniveau en éparpillant tous azimuts la boustiffaille accumulée dans ses cabas, On peut également applaudir la rombière endimanchée, encombrée de sacs, piquant un sprint en talons aiguilles pour attraper un bus furtif, ou encore s’extasier des capacités de décollage vertical d’une rentière arthrosique judicieusement klaxonnée.
Mais c’est plus que calme, aujourd’hui. Après les ripailles de fin d’année, tout l’ monde a pas du reprendre connaissance. Moi, j’ai encore le foie de boulotter un chocolat. Mon prothésiste, enfin mon collaborateur technicien de laboratoire, est un homme délicat et fort civil : pour me r’ mercier d’ lui r’ filer plus de 40 patates de chiffre par an, il m’a offert, dans un beau geste commercial, une boîte, petit modèle, de ce qu’il faut bien appeler des crottes. ( Le Jeff, de Bruges, là, c’est sûrement pas le nôtre ). Je fus confus.
Tiens, j’ connais cette dégaine, là-bas. Mais oui, ce cow-boy sécot sans bourrin ni galurin, c’est bien lui, mon zingarillo amoché, fils de Gipsy king-con, tellement pressé qu’on lui bichonne quelque chose qu’il se pointe une heure avant son rendez-vous.
Avec un CMU, compte-tenu du p’ tit panier, on n’a jamais intérêt à tergiverser. J’ai pas prévu pour l’efflanqué un plan global en 27 phases avec préliminaires du style arc facial, wax-up, aéropolissage, micro-gratouillages et papouilles parodontales au Vector sous musico-analgésie. Tout ça, laser à rien. J’vais pas non plus passer des plombes à lui lisser miroir chaque micromètre de canal, sous digue et microscope camescopique.
Ecartez-vous, ça va voler !
Selon ma techenique injectatoire indolore ( dite du guette contrôle ) déjà exposée, j’ lui empaffe profond toute la mâcheuse du haut, d’une oreille à l’autre.
Avant qu’il ait l’ temps d’ baver, j’ donne 4 coups d’excavation dans l’ mou des trous béants et j’ lui reconstitutionne sommairement au vieux compo d’ fond d’ tiroir les 6 pavés d’ façade. A peine fini d’ polymériser de la main gauche, j’envoie un coup d’ zeph de la main droite tandis qu’ la controlatérale se saisit déjà d’un porte-empreinte, garni d’ silicone par la droite qui s’est entre-temps libérée pour enfourner le sus-dit porte-empreinte. Mais déjà, la paluche babord a sorti du tiroir idoine le nécessaire à endo, et, alors que la tribord commence à spatuler frénétiquement, revient palper le silicone pour évaluer sa prise. Extension, flexion, rétraction, en un éclair, la pompe à bave est sous-languée, le pied gauche tape le compte à rebours ( 115 à la noire), le droit s’échauffe au-dessus de la pédale d’accélérateur.
Top, c’est réticulé, j’déventouse tout, zzzzz, zzzzz, poignée au fond, pied à la planche, j’ turbine à la limite de l’adhérence, coupant les trajectoires, fondant d’ la gomme. Tout est pulvérisé, la dentine ramollo, les blocs de tartre, le goudron d’ clop, les bouts d’ gencives qu’ont rien à foutre là.
Vingt minutes plus tard, j’ coupe le contact. Y’a tellement d’ fumée et d’ gravats autour du chantier qu’il m’ faut quelques secondes après cessation des hostilités pour apercevoir le mec, complètement fariné jusqu’aux tifs. Allez, rince-moi tout ça fissa, t’as dix secondes ! Top ! Terminé ! En place, fais voir : encore un p’tit coup d’ fraise boule à droite, à gauche et au milieu, ça brille et ça sent l’ propre. Nan, tu peux pas cracher ! Pompe, j’ lui bourre le vestibule de rouleaux d’ coton gros format ( une fugace pensée pour Brahim Asloum après sa récente dégelée) et j’assèche, j’archi sèche. Intéressant paradoxe chez ce sujet: dehors, tout est malingre et tordu, mais dedans, tout est large et droit. Javel et limes adéquates, j’alèse à l’aise. Mettre cônes, et hop, tu rays (X), on arrive au bout.
Bon, brève récupération du patient, qui, c’est heureux, l’est.
J’enchasse à la volée quelques tenons dans les orifices calibro-côniques ménagés à cet effet, tenons dont le strict parallélisme orthogonal, et inversement, est contrôlé à l’œil cligné, tout contrevenant étant impitoyablement désinséré et renvoyé au plateau. Nous vérifions, expérience pénible en mémoire, qu’on peut lui replacer correctement le fer à cheval garni dans l’embouchure. Ouvre ! C’est bon, ferme ! Ok, tiroir, résine auto-photo Voco dans l’élasto, et j’enfourne le tout pour deux minutes chrono. Top ! 119, 118, 117….
Bouge surtout pas les yeux d’ la tête ! La mimine gauche maintient, la droite défouraille le ciment intérimaire, la pièce à main ( c’est con, comme nom ! Comme si on risquait d’ la prendre avec les nougats !), mandrins z’et meulettes Kaout, feutrines z’et Biscover.
…. 4,3,2,1, Top ! Attention les yeux, moment de vérité, je désinsère en souplesse. Par St Thol, tu vas jouir, mon gars, ça flashe ! Du A2 homogène, c’est quand même aut’ chose que ton clavier d’ brocanteur !
Finissage, polissement, brillantation, un soupçon de ciment temporaire fastoche à décaniller, et là……..stop !

Je souffle, je m’ détends, comm’ avant d’ humer un vieux Pomerol ou d’ laisser fondre intra buccal la première bouchée d’ foie gras. L’air entendu du mec blasé ( « C’est qu’ du provisoire »), je lui tends le même réflecteur que l’aut’ jour, et j’ mate ses mirettes exultées, en souriant du dedans.

Je m’ demande lequel est le plus jouass.
Date: Jeu 5 janvier 2006 11:00:04
« Docteur, ça va t’y être encore long ? »
Mais c’est pas possible ! C’est pour la caméra cachée ou quoi ?J’viens juste de lui taillader la crête qu’elle voudrait déjà foutr’ le camp l
« Mais non, Madame, on avance, un peu d’ patience »
C’est pourtant pas l’ moment d’ me chatouiller les synapses, j’ suis qu’à moitié serein. Déjà, le r’ tourné d’ lambeau c’est pas ma branche ( j’incline pas à récliner), mais là, j’attaque carrément la séquence innovation : j’ai prémédité d’ ensev’ lir mes deux premiers implants dans cette mandibule totalement édento-résorbée, enfin, si j’ la trouve sous la barbaque.

Prémédité, le mot n’est pas excessif: ça fait bien cinq berges que des boni-menteurs fayots tentent d’ me convaincre que si t’as déjà planté une cheville dans un mur sans passer la mèche, la perceuse et tout l’ bras chez l’ voisin, tu peux dev’ nir implantologue du jour au lend’ main. Et vâz-y les arguments pour enfoncer l’ clou, si j’ose dire : à toi l’ prestige et la fortune, sans compter le doigt d’honneur au dirlo d’ la caisse primaire !
Mais j’ suis pas du genre à fourailler dans tout c’ qui bouge juste pour faire dégringoler les sesterces. J’suis un bilieux, moi. J’claque du bec en gambergeant : je m’ vois enrouler un trijumeau complet autour d’un foret d’ quatre. J’ visualise un geyser artériel qui m’ gicle à la gueule et nique le plafond. J’ me cauch’marde taraudant un œil, pétant une mandibule, ressortant d’un coup via l’occiput pour visser l’ mec à la têtière. J’ m’ imagine sortir du cab avec les menottes, sous les huées, et prendre dix ans d’ placard. Remarque, ça m’ laisserait tout l’ temps d’ écrire un bouquin : « Complications et décès en implantologie ».
Alors, j’ me suis dit, Pal, t’es pas plus con qu’ la moyenne, qui est faible. Bon. Si t’en as ras l’ derche de sarcler les vieux bouts d’onglet coincés dans les chicots croupis de cradingues fauchés, t’as qu’une solution : tu t’inities dare-dare à l’implanto.
A moi les conf, les articles, les pubs, les r’vues, DVD z’et bouquins. Mais c’est pas parce qu’on a r’ luqué 500 photos et acoustiqué quarante sept fois la théorie par de beaux-parleurs sapés en pingouins ( franchement, y’en a qui font Kafka dans leurs colloques !), qu’on est plus hardi pour farfouiller l’anat du premier péquin qui s’ présente l’ oropharynx béant. A fallu passer aux travaux manuels. J’ dégote alors une formation hyper-intensive à titre ronflant, qui promet sur papier glacé de m’ téléporter en 5 jours au firmament d’ l’ élite professionnelle. Je fuse !
Pour 2000 euros hors frais annexes, t’as surtout l’ plaisir intense d’entrelarder un macchab’ en voie d’ putréfaction ( z’appelent ça « frais » quand l’ défunt est clamsé depuis moins d’ trois mois !), d’ lui cicasser la viande froide, d’ lui chercher des trous dans le pâté d’ tête, d’ lui chignoler l’os tous les centimètres pour l’ truffer d’implants en promotion. Ca schmoute, ça rapporte pas, mais au moins t’es pas paralysé par le trac de la big boulette iatrogène.
En r’sortant d’ là, ma conviction est faite : la mort, j’ suis pas pour.
Je r’ tourne donc voir 2 ou 3 pros planter dans l’ vif, et là, gonflé à bloc comme un nichon d’ siliconnasse, j’investis franco dans la panoplie complète du p’tit implantologiste.

Me v’la donc en piste chez moi pour la grande première.
Enfin, grande première, façon d’ causer ! La candidate doit toiser un mètre trente deux, en tirant bien des deux bouts. A 92 piges, elle est toute racornie, ratatinée, quasi invaginée, mais l’ cortex a encore la frite . Elle crèche dans l’immeuble, deux étages au-dessus. Un jour qu’ son Jules m’ payait l’ rosé tiède dans un duralex poussiéreux ( pour faire passer les étouffe-chrétiens de sa moitié ), elle m’avait embourbé en m’ suppliant d’ trouver un plan d’urgence pour amarrer son complet sud, hyper-actif depuis des lustres. Je m’étais dit, Pal, à son âge, tu vas quand même pas l’envoyer s’ faire scanner l’ corgnolon à pétaouchnoque pour deux malheureux crampillons !. Alors, j’ lui ai un peu éclairé l’ consentement, et elle a tout signé. Y’avait pu mèche de s’ dégonfler. ( à suivre)


Date: Ven 6 janvier 2006 13:34:02
Le truc que j’ viens d’inciser, on peut pas vraiment app’ ler ça une crête ! C’est une froissure parmi d’autres, mais à base dure.
Vooooiiilà ! Je r’ pose le scalpel avec flegme, presque au ralenti, et j’aborde l’estafilade au décolleur de Chépuki.
Pas glop ! A la première digito-contraction pour déscratcher le premier milimètre, je subodore recta que j’ suis dans l’ bouillon. C’est pas d’ la gencive attachée, c’est une tranchinette de bacon cyanolitée à l’os. T’as beau faire délicat, ça déchire comme du carpaccio d’ saumon fumé. Pffffff ! Y’en a pour un bail avant d’ aérer l’ dur.
Beut let’s keep cool, me dis-je en my-self, on n’est pas aux pièces, y’a pas matière à stresser quiconque, ni la nonagénaire enfouie sous les champs, ni mon aide opératoire, ci-à ma gauche, assistante certes experte, mais bleusaille en boucherie gingivale.
Justement, elle esquisse un léger mouvement qui attire mon œil libre. Stupeur ! Que vois-je, tout à trac et subito ? La dite collaboratrice, pâlichonne, mais presque, semble prise de vapeurs derrière son masque, de mésaise sous sa charlotte et d’indisposition dans sa casaque ! La pâmoison intégrale semble imminente, va t’elle s’affaler en chambard au milieu du boxif chirurgical ? non, dans un élan d’ survie à court terme, elle plie les gaules en moins d’ deux et met les bouts précipitamment hors-bloc, à la recherche éperdue d’un pouf et d’une bouffée d’air frais.
Ouf ! Le pire m’est épargné, mais le fait est que j’ me r’ trouve en solo à pédaler dans l’ yoghourt.
Je confesse dix secondes de vacillation morale à cet instant : soyons réaliste, on va à la fouarade : avec un fossile ultra-précaire sous les draps, une assistante évaillée dans l’ couloir et une gencive rétive qui veut rien savoir, j’ suis passé du périlleux à l’utopique.
Mais, nom d’un bizut breton, pas question de capituler en rase-cambrousse! Usant de toutes les phalangettes disponibles pour pomper l’ jus et écarter la babine amorphe, je m’attelle à gratter le granuleux, à racler le raboteux, à rogner le rêche, à ruginer le rugueux. Après 10 bonnes minutes ( une bonne minute, c’est une minute comme les autres, mais bonne ) je commence à discerner le bas-fond d’ l’interstice. De l’os !!!
C’est alors que raboulent ensemble l’espoir et la rescousse, l’indisposée ayant prestement retrouvé un teint frais, rose et velouté. Ah, y’a pas à dire, quand l’auxiliaire participe, tout s’ conjugue mieux !
Une fois dévié extra-muros un semblant de lambeau, le substrat n’est pas folichon. C’est quoi, ce truc ? Une apophyse, une saillie, une arête, une protubérance, une épine? Gaudy seul le sait. En tout cas, y’a comme un os ! Le machin doit mesurer 3 millimètres de large, et mes implants les plus mini 3,8. Y’a pas mèche de fourrer un foret la-dedans. J’donne bien un p’ tit coup d’ gouge, mais ça gagne quasi que dalle.
Bon, faut y’aller, j’attaque en canin à la boule, un chouya en vestibulaire, un doigt d’ vant, un doigt derrière ( la crête, évidemment !). Y pèse une tonne ce contre-angle ! Ou qu’elle est la pédale ? Y’a du jus ? Et l’ compte-tours, il est à combien ? J’suis t-y d’équerre ? C’est t-y mou ?
Voilà, j’ai à peine marqué, mais au bon endroit. Envoyez l’ foret pilote !
C’est là qu’ c’est méga délicat, bonjour l’angoisse de forer la sub linguale, j’ai l’ palpitant turbulent. J’ compte les repères 4 fois d’ suite, j’ confirme la vitesse et l’ couple 6 fois, j’ fais tourner dans l’ vide, bouge pas Gilberte ! J’ vise comme au ball-trap, un oeil fermé, la tronche toupillant just’ au dessus pour pas m’ vautrer d’axe. Le hic, c’est que quand ça tourne et qu’ t’envoie l’ sérum, tu vois macache. Tant pis, je perce un peu sur 3 ou 4 mm. La vache, c’est coriace c’ truc-là ! Moi qui flippait d’ errer dans la guimauve, j’ suis obligé d’ bourriner comme un sauvage pour poinçonner 4 mm. Stop ! Contrôle du pertuis ! Bof, c’est encore qu’une demi-trouée, faut prolonger l’enfonçure. J’y r’tourne : je pousse, je r’tire, je vais z’et je viens, mais j’ pense qu’à une chose : va pas calciner l’ spongieux!
J’colle 2 guides dans les forures. Mouais. C’est vaguement parallèle, mais à 8 mm, j’ tape sur du béton, pas moyen d’ fileter plus loin. J’ bite pas pourquoi, à la pano, j’avais 15 mm au bas-mot. Bon, j’ vais pas insister lourdement : surtout pas d’ dérapage incontrôlé ni d’combustion en bout d’foret.
Tiens, au fait, y’a la valétudinaire qui bouge pas d’un poil. Elle aurait pas calanché sous l’ linge, quand même ?
« Ca va, Madame, vous ne sentez rien ? »
« Non, ça va »
Bien, alors, j’ farfouille dans la trousse et déniche la vrille adéquate : 3.8 x8,5. Là, c’est moins casse-gueule, ça fore pas du bout.
Et merde ! Ca déhisce en haut ! Fallait s’y attendre, toute crête étriquée trépigne sous le trépan trépidant. Mais, c’est pas Dieu possible, ça va jamais cramponner, c’ t’ affaire! Heureusement qu’ j’ai rien promis à l’ancêtre.
Bon, au point où j’en suis, j’ boulonne les artifices titane et on rentre bouffer. J’agrippe le premier direct au contre-angle, je visse gentiment. Arrivé à fond, le col dépasse un peu, mais ça r’ mue pas. Bon, je tire doucettement pour désengager l’ connecteur…. Putain d’ vérole, ça coince ! C’est pas vrai ! J’ai beau gambiller dans tous les sens, pas moyen d’ dételer. Ah, ça, quand ça veut pas, ça veut pas ! Obligé d’enclencher la marche arrière, j’ dévisse tout, je re fourre gentiment l’implant dans son container, j’ défouraille la clé à cliquet et j’ r’ commence à la paluche. Il est déjà Ricard moins l’ quart.
Pas con, j’opère idem pour l’autre, qui dépasse un peu moins, mais j’y vois trois spires en façade. J’peux pas laisser ça, on court au fiasco magistral.
« On y est presque, Madame, tout merde bien ! »
Un fois tout capuchonné, je bourre un peu partout un concentré minéralisé lyophilisé pasteurisé d’os d’un quelconque bovidé, et en avant la couture. Six points, rincette, compresse.
Pfffff ! Quelle galère !
( à suivre)


Date: Mar 10 janvier 2006 11:17:46
Y a deux catégories de gus qui attirent les emmerdes à tous les coups : ceux qu’ t’ aimes trop, et ceux qu’ tu peux pas encadrer.
L’intime, tu voudrais tellement lui bricoler le p’tit chef d’œuvre gratos, le miracle express, sans bobo, de l’artistique et d’ l’inaltérable, que tu t’ mets la pression et qu’ tu joues petits bras. En plus, tu jactes, tu rigoles, bref, tu soignes le convivial au lieu de te concentrer sur l’ turbin. Total, t’es à 25% maxi. L’anicroche est fatale. Et puis, avec un pote, même quand on reste dans l‘ aléa bénin, on rouzine du cortex pendant des heures comme si qu’on avait fauté grave. Il a beau continuer à t’ prendre pour une vedette de la roulette, t’es à moitié nécrosé d’ l’amour propre. Quand ça merdoie chez l’aminche, y faut bien le r’ connaître - j’ cause pour les mâles- on a la queue basse (entre les pattes pend zani, comme disent les ritals).

Pour le casse-burnes, c’est aut’ chose. C’est à cause qu’on est trop pressé d’ le voir se caleter définitivement. Tu vas quand même pas faire des heures sup’ pour un pénible qui t’ rogne le métabolisme de base ! Moi je dis : professionnel de santé, soit, mais la mienne d’abord.
Alors, quand j’ tombe sur un chieur, j’ vais souvent au plus court : j’active, j’hâte, j’expédie, j’ titille presque les limites du bâclage en règle. Eh, oh ! J’ m’ appelle pas l’abbé Pal, moi, ni Jean-Pal II!
Mais la résultante algébrique, c’est qu’y a toujours un truc qui foire et y faut bisser. Alors, le temps d ‘ délatter c’ qui reste et de tout r’ faire en faisant gaffe, tu paumes 3 fois c’ que t’avais économisé.
Tiens, pas plus tard que récemment, j’ tombe sur une pimbêche qui me tambourine grave sur les dendrites. Au premier coup d’œil, pas au deuxième, j’ai super hâte qu’elle m’oublie à jamais. Physiquement déjà, la gonzesse a beau friser la trentaine, faut qu’elle s’ déguise en Sheila pré-ado, version lait collé-fini, avec franche au ciseau, cul d ‘singe occipito-médian et deux couettes ridicules avec nœud-nœud rose : air niais garanti ! D’ailleurs, cette lolita sur l’ retour est intégralement godiche, de l’apex au calcanéum : la démarche sautillante, la jupette, les collants bariolés, la tête oscillante de zébulon, les mirettes écarquillées réjouies et le sourire fendu jusqu’aux étagères à crayon, ceci sans la moindre raison.

J’sais pas pourquoi, mais je peine à être av’nant avec ce genre de cruche. Faut pas s’étonner qu’ les pousse-crotte pullulent, avec le nombre de crétino-blondasses qui circulent. Quand j’ pense que les meufs du MLF nous ont gonflé pendant des années à voir partout le méchant macho ! Il reste bien quatre ou cinq chiennes de garde, pénibles pitt-bullettes tendance boudin qui crient au viol dès qu’on les mate furtivement. Mais maintenant, le top du triomphe professionnel pour une donzelle moderne, c’est d’ finir chienne tout court. Bachelorette, gourdasse en chaleur sur canapé, ou encore lofteuse à grosses loches et roploplos postiches, voire, pour les plus brillantes, salope endémolle minaudant sur un tas d’ crétins en rut.

Bref, voilà ma godiche tendance nymphette qui prend la pose au burlingue et commence à causer avec sa voix d’ crécelle. Attention les embarras, en dépit d’un QI d’ sole meunière, elle se prend pour une érudite et joue l’informée à qui on n’ la fait pas.
« Et bien voilà, j’ai été voir plusieurs dentistes pour faire retirer mon plombage au mercure, je sais qu’en général vous n’aimez pas qu’on dise que c’est dangereux, mais je suis bien renseignée, alors je voudrais savoir si vous, vous accepteriez ».
En principe, dans une telle situation, je me fais un point d’honneur à communiquer doctement pour éclairer l’ profane.
« Chère Madame, en dépit d’une désinformation récurrente et habile émanant de groupes de pression sans scrupules passés maîtres dans l’art d’exploiter à des fins inavouables la paranoïa des foules inquiètes en raison d’affaires récentes mettant en cause la sécurité sanitaire des foules inquiètes et paranoïaques, le port d’amalgames dentaires, matériau qui, je le précise, soit dit en passant, ne recèle pas le moindre atome de plomb, et utilisé à très grande échelle depuis force décennies, n’a encore jamais pu être corrélé avec certitude à aucune pathologie générale. Mais encore eut-il fallu que vous le sachiasses ! » Et paf !
En général, sans qu’il soit besoin de développer plus avant, l’inculte est alors déjà en état de sidération, scotché bouche bée, écrabouillé par cet époustouflant concentré de vulgarisation scientifique et affligé de sa propre néantise.
Mais là, j’ai pas du tout envie d’ discutailler stérile pour Paul et Mickey. J’ai pas envie non plus d’ lui argumenter l’inlay et d’ faire du bizness. J’ai qu’une envie : qu’elle se natchave fissa avant d’ me mettr’ les nerfs en p’lote.
Alors, je cliche la 36 en question ( l’amalgame est minime) , j’inocule une demi-carpule intra ligamentos, j’ concasse l’alliage et j’ lui encolle un compo vite.
La jobarde est réjouie, pas tellement du rendu esthétique ( pourtant absolument remarquable, c’est un presbyte qui vous l’ dis), mais parce qu’elle est convaincue d’avoir échappé de peu à une sclérose en plaque doublée d’une détérioration pré-démentielle de ses hautes performances cognitives. Si j ’voulais, ce s’ rait fastoche de la subjuguer à donf, en jouant le numéro complet du dentiste holiste persécuté par les méchants officiels : anamnèse astro-psycho-posturo-homéo-occlusale, analyse des tifs et prescription d’un chélateur.
Bon allez, aboule les pépettes sans faire de rebecca, et va jouer à l’élastique, pauv’ dinde !

Le surlendemain, elle appelle. La dent est sensible. Merde !





Date: Mer 11 janvier 2006 11:55:11
J’étais pourtant d’humeur badine, ce matin.

Faut dire que j’ décambute ce midi direction les sommets z’alpestres. A moi les pistes noires, euh disons rouges…. Non, plutôt vertes. Hé, c’est pas que j’ godille comme un manche, hein, mais j’ai zieuté mon contrat d’assurance : si j’ me viande la crêpe et que j’ reviens en hélico dans un bloc de plâtre, le cabinet cabane en trois s’ maines. A mon âge, faut pu tenter d’ figures pour épater la galerie.
Hier, mon cas cochyme m’a sacrément foutu les j’ tons : elle s’ radine en disant à l’assistante qu’elle a récupéré quekchose de bizarre et que depuis, elle a l’ berlingot baladeur. Aïe aïe aïe aïe, putain, ça y est ! ( moche de décharge adrénalinée). La cata était prévisible, avec 6 pauvres milli d’ancrage, la barre s’est barrée L’aïeule a tout l’ portique dans la main. J’suis marron, j ’suis minable, déshonoré, décrédibilisé qu’est ce que j’ vais faire ? Me faire hara-kiri à la fraise à os ? L’enguirlander et lui dire qu’on r’ commence tout au même tarif dans un mois ? Je n’sais pas, je n’sais plus. Misère ! En 2 secondes, le blouze me tombe dessus comme la vérole sur l’ bas clergé.

ET PIS NON !!! Fausse alerte ! A force d’astiquer l’intrados comme une forcenée, la sénile avait seul’ment décanillé la gaine téflon. Ouffff ! Par Kinsonn ! Soulagement épais ! Je r’ coince habilement le bitonial dans sa logette, je teste délicatement la barre fixe, tout baigne, c’est la joie et la négresse ! Franchement, ces deux vissettes d’amarrage, même un peu foirées, c’est monstrueux au niveau service rendu. La vioque peut bouffer n’importe quoi ( elle bouffe n’importe quoi, d’ailleurs), et elle sent même plus son râtelier.

Donc, disais-je, mon humeur était fort badine ce matin.
Pour partir décontract’, j’avais programmé que du rilax : 3 bricoles, c’est expédié, et un dernier rancart d’une plombe pour sceller peinard au sieur Patrem ( Alain) ce plaisant ensemble céramico-métal d’un fort beau gabarit ( de 14 à 24). Après, j’ saute à la banque larguer l’oseille, j’ me visse le bonnet à pompon sur le bocal, et hop, cap à l’est ! Gnarf !

Ding dong, pile poil à l’heure ! Y’a d’ la joie, bonjour bonjour les tartiflettes…

Bien, alors, déposons dans un premier temps cet élégant bridge provisoire résino-composite. Hinch ! Bon, ça résiste, c’est normal, j’ l’ ai cramponné au Durelon, pour que…. ça dure long. Je crochète l’ arrache-couronne par derrière, tac-tac-tac, bouge-donc pas, René, ça fait pas mal, tac-tac et TAC !- Crac ? Merde ! Pété en trois morceaux et treize miettes! Pas grave, j’en ai pu b’zoin !
J’carboxy-latte les restes de ciment aux ultra sons, thermostat 8, ça dépote, mais y’a du gravat. Rince-toi l’ gosier, Marcel, c’est ma tournée !
J’déplâtre le premier inlay-core et l’engouffre dans l’évasure à laquelle il se destine. Tiens ?! Ca rentre pas. Bon sang, mais c’est bien dur ! Reste du ciment à l’entrée. Un p’tit rappel d’insert et d’ Moser dans tous les trous, c’est r’calibré. Voyons voir… Y’ a pu qu’ 11 qui récalcitre. Re-foret. Rien à faire ! Y manque 1 mm. J’ grappille au diamant, à droite à gauche , en d’dans et en vain. Ca commence à m’ peler l’ jonc, c’ t’ histoire, lorsque mon sens clinique aigu me pousse à effectuer une fine observation comparative du modèle positif unitaire et du mognon intra buccal. Fichtre ! Y’a tout un pan qu’a dégagé sur le plâtre ! C’était donc ça ! Trois tamponnements à la fraise judicieuse et enfin, tout s’emboîte impec, et même deux. Numérisons tout ça pour la postérité, si ce n’est pour les gestapistes de la sécu.
J’envoie un aut’ gorgeon à l’édenté en voie d’ raval’ment, et scrute la pendulette. La vache, déjà 25 minutes de passées !
Suspense ! J’approche le bijou de son écrin et m’apprête à jouir ( façon d’ causer, y m’en faut d’autres !)) de voir disparaître ces horribles moignons d’ chicots sous cette merveille éclatante d’harmonie morphodentaire. Eh, attend, y m’font marrer avec leur sourire du mois, les clercs à Fontaine. C’est l’ genre d’expert à la mord-moi l’nœud à qui y faut 4 pages d’analyses, 15 photos, 5 crobars, 2 modèles, 1 pano, 4 tableaux d’ variations, un pied à coulisse et un fil à plomb pour conclure que Simone a un sourire potable ! Faudrait p’têt leur apprendre, à ces frimo-gnostiques de la dentisterie, qu’ la beauté c’est pas une équation du cinquième degré à 3 inconnues ! Mais passons !
Donc, j’enquille gentiment l’édifice. Merde, y a un nœud à la jointure, ça glisse pas sous-gingival côté 23 24. Doit rester encore une limaille quek-part. J’inspecte à la loupe, nada, que tchi ! Bon, deuxième essai d’ tentative, je force un brin, ça gagne un soupçon. Ca va l’ faire, t’énerve pas, docteur ! P’tête que ça sertit excessif ici ou là ? On va fout’ un Fitt.
J’ rabote subtil et j’ rassois la pièce. C’est quasi splendide. Avec le iono qui lubrifie, ça va enchâsser au poil.
J’tends l’ rétro à Paulo pour agrément préalable, il opine, je scelle les inlays-core.
J’ suis à la bourre, mais ça commence à humer la fondue aux cèpes et l’ sauciflard de montagne.
Les intrados encollés, j’endente la construction avec moelleux, je digito-presse graduellement, je fais intercuspider, puis j’interpose 2 rouleaux de coton. Serre là-dessus, Arsène, qu’on en finisse.

Tic ? Comment ça, tic ? Ai-je bien ouï tic ?
Oh, nooooon ! C’ t’ enfoiré d’ carbocalcique m’ a compressé l’ chef d’œuvre à 800 bars par centimètres carrés/minute moins un! Total, un éclat d’céram en vestibulaire de 22. C’est pas possible ! Damned !
A toute berzingue avant qu’ ça soit soudé béton, j’arrache tout, c’ est déjà filandreux, l’horreur !
Mais triple andouille, serrer, ça veut pas dire écrabouiller, pilonner, broyer !
Ah vinguieu de mordiou d’ vérole ! Y’a pu qu’ à tout décrotter et renvoyer au labo.

Bon, ben on va r’ mettre le provis… Ah merde, c’est vrai qu’il est explosé ! Respire, Pal, six ions, c’est au moins une demi-plombe, d’accord, mais comme t’auras rien à livrer à la banque…

C’midi, j’ suis d’humeur chafouine.


débutante

13/01/2006 à 09h56

C gentil ça osis, merci


alhoun

13/01/2006 à 09h58

merci


Utilisateur anonyme

13/01/2006 à 10h03

suis pourtant d'une nature méchante!


Avatar transparent iqadnc - Eugenol
adhoc

13/01/2006 à 10h09

Pa compris la manip , alhoun. Tu allais sur les pages de pal, copier coller sur worpad et impression. Ce qu'a du faire osis. Po compris.


alhoun

13/01/2006 à 10h16

bin c'est à dire que je ne savais plus où étaient les premiers, malgré la recherche.


Pa050055 igyagy - Eugenol
MARK

13/01/2006 à 10h35

merci alhoun, ton initiative et la prévoyance d'osis rendent un grand service aux admirateurs contemplatifs au rang desquels je me trouve.

alhoun charitable! ce forum fait des miracles! :)

alhoun éditeur, Pal a-t-il su négocier ses droits d'auteurs? ;)

merci encore.


Avatar transparent iqadnc - Eugenol
adhoc

13/01/2006 à 10h39

Et le troupeau bêlant achetant a prix d'or du jean sol paltre. C'est reparti.


Pa050055 igyagy - Eugenol
MARK

13/01/2006 à 10h47

Et la mouche du coche pisse dans la fontaine. Est-ce mieux ainsi?


Father ted 280 422484a zg0rur - Eugenol
Oméga

13/01/2006 à 12h10

Au début ?


Grueavatar nptrc9 - Eugenol
Le Choixpeau magique

13/01/2006 à 12h21

Et dire que j'étais passé à côté ! Merci de partager ce plaisir avec nous et encore bravo à l'auteur.


Amibien

13/01/2006 à 13h37

Osis, merci d'avoir outrepassé tes sentiments personnels, tu as donc suivi mes conseils, hi hi hi Je l'ai toujours dit que tu avais un grand coeur...


024 vownvo - Eugenol
annie

13/01/2006 à 13h53

osis ton ordi ,peu habitué à ces longs discours,il a du être content d'être le vecteur d'une oeuvre appréciée de tous,il doit être vraiment très content


Utilisateur anonyme

13/01/2006 à 15h23

il RAM


024 vownvo - Eugenol
annie

13/01/2006 à 15h53

Osis Ecrivait:
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> il RAM


oui c'est ce que je te dis il RAM DAM parce qu'il est content