Cookie Consent byPrivacyPolicies.comSouvenir de fac - Eugenol

Souvenir de fac

PAL

05/01/2007 à 09h13

A l’heure de la troncu, l’émotion était toujours au rendez-vous. Celle du souffrant d’abord, qui transpirait à grosses gouttes et roulait des billes épouvantées en reluquant le trocart à bestiaux qu’on voulait lui enfiler dans le déglutoir ! Et puis celle de l’opérant, apprenti qui devait calculer mentalement la trajectoire idoine par une équation de géométrie dans l’espace aussi théorique que complexe, puis bien viser, un œil fermé et la pointe de la baveuse sortie, comme au tir.

Une fois intra- bidoche, si on avait le cran d’enfoncer jusqu’au fond pour taper dans l’os, il fallait encore pistonner à l’envers, dès fois qu’on serait tombé, pas de veine, dans un teuyau sanguin. Si que non, on envoyait tout doucettement la saucecaïne, dans l’angoisse que la bobine du souffrant ne vire au verdâtre. D’un air inquiet, on lui demandant toutes les deux secondes s’il se sentait bien ! « Z’êtes sûr que ça va toujours ? Et là ? Et maintenant ? » De quoi envoyer aux quetsches les plus zen !
Il y avait souvent de légères gourances de trajectoire qui avaient des effets fort désopilants, comme un œil déconnecté et baladeur ou une paralysie de la moitié de la tronche. Un jour, le cobaye avait répondu à l’étudiant qu’il ne sentait rien, mais que ça lui faisait « froid dans le dos » ! Pardon ? L’attroupement étudiant péri Gallus se figea bouche bée, se perdant en conjectures: est-ce une simple locution d’angoissé ? Un effet secondaire inconnu de la xylo ? A moins que le sujet ne présente un nerf bucco-dorsal inconstant ? En voyant soudain les yeux exorbités d’un glandu qui passait derrière et l’agitation frénétique de son numéro de mime, l’impensable boulette s’avérait : l’aiguille avait traversé toute la barbaque et ressortait derrière la branche montante, sous l’esgourde ! D’où imbibition du colbac et de la couenne dorsale !

L’injection bouclée, on attendait, anxieux, en piquant la lippe du pauvre mec toutes les dix secondes pour voir si que, par miracle, on avait mis dans le mille. Souvent, rien ne s’insensibilisait ( mais où donc a pu passer ce putain de liquide anesthésique ?) et on se résignait à tout recommencer depuis le début… à la grande satisfaction de l’opéré !
En principe, le patient ne sentait plus sa loche au bout de dix minutes. Victoire !

Pour autant, toute anicroche n’était pas écartée. Je revois encore un bizut de l’ extrac, qu’était pas du genre bilieux, livrant son premier combat acharné contre une racine de 46 rétive et fermement agrippée à sa musse. Jugulaires apparentes, mâchoires serrées, dégoulinant et grimaçant d’effort, la brute épaisse forçait en apnée comme un bourrin et sans point d’appui pour soulever la rebelle en faisant levier avec le syndess de Nanard. Soudain, dans un sinistre zip-tchac, il exécuta d’un coup sec un magistral ripé-planté : il enficha son pointeau en plein milieu du palais de la vioque, laquelle, un tantinet douillette et chichiteuse selon l’opérateur, se mit immédiatement à beugler comme une vache en pédalant des quatre fers, rameutant ainsi toute la blouserie de l’étage assoiffée de sang ! Dans la panique, plutôt que de se tauper en courant ou de s’agenouiller pour demander pardon de cette légère bavure, le bleu opte pour la défausse : il se fout à engueuler l’harponnée comme du poisson pourri ( style « T’as remué, conasse ! »), en secouant le manche dans tous les sens pour dériveter ce putain de bidule cloué béton dans la voûte. Grand moment !


Images 1 qtgoxf - Eugenol
ciwil

05/01/2007 à 12h53

si je t'ai bien lu, ils sont beurrés ces nantais !


docdent

05/01/2007 à 13h06

Vécu tout ça...Ce qui explique que je sois passé à l'intra-osseuse....


r2d2

05/01/2007 à 16h30

docdent tu fais comment pour les sagesses un peu rétives ? Tu intra-diploiques pèpère ou c'est direct sous AG ?
Sinon ciwil a raison il y avaient des nantais souvent bourrés du côté du Ricordeau dans les années '80. C'était saignant en patho et il n'y avait pas grand monde pour s'en émouvoir. La plupart des apprentis chicotiers se contentaient de lécher le cul d'un gros con de sadique à lunette. Sa bosse sur le front devait avoir une partie symétrique enfouie dans son cerveau tordu de colonel de réserve. Pas de paix à son âme : c'était un nuisible !


PAL

05/01/2007 à 17h18

Cet extrait de mes Chroniques te dit quelque chose, r2d2?

.......Je me revois à la fac, torturant de pauvres mecs qui venaient là seulement pour être dispensés de zinguer. Pour mon baptême clinique, en 3ème année, on m’assigna un beau matin, pas plus beau qu’un autre d’ailleurs, le dossier d’un jeune type arrivé avec une pulpite de type atroce, la tronche chiffonnée par deux nuits blanches et une douleur à se taper la caboche contre l’évier. Il était vide du regard et tremblotant de la carcasse comme un partisan amené menotté devant Klaus Barbie. Et moi, le flipomètre à zéro de voir là-bas déambuler, patibulaire, l’oberstumpführer du service ODC, j’avais même pas vu que j’avais devant moi un frangin en humanité, un autre moi, un concentré de détresse. Lévinas est pas au programme, et y paraît que la compassion rapporte toujours pas de points à la fac !
En lorgnant sur le polycop idoine, paragraphe anamnèse, j’avais posé d’emblée de fort pertinentes questions au sujet : « M’sieur, la douleur qui fait mal, elle est du genre spontanée-pulsatile ou noctambule-térébrante ? »
Edgar l’autocrate, l’atrabilaire, l’odieux sergent-chef Souchay, triste sbire et con disciple d'Heinrich Tanniou, terreur en tablier de charcutier, déboula alors, martial, les yeux mauvais. J’avais les fesses qu’applaudissaient et les parotides en grève. Pas un sourire, pas un bonjour, pas un regard au souffreteux, ni à moi, assigné au rôle de tortionnaire par délégation.
« Motif de la consultation ? »
« Euh, ca –ca-carie den-dentaire ?! »
Le tyran sanguinaire levant au ciel des yeux excédés, je commençai à réciter intérieurement un acte de contrition frénétique !
« C’est pas c’ qu’on vous d’ mande ! Vo-tre-dia-gnos-tic !!! »
« Brffrtzzmqtrd…. »
« Qu’est-ce que vous attendez pour procéder aux tests de vitalité pulpaire ? » tonna t-il avant de tourner les talons pour aller tyranniser plus loin un autre étudiant.
On voudrait beugler au fou, mais soumis à cette autorité écrasante, moi, Pal, je le confesse, et je suis poli, j’ai inauguré ma carrière en persécutant un brave inconnu qui m’appelait au secours !
« Bon, M’sieur, si vous sentez quek-chose, vous m’ faites signe, hein. », lui dis-je timidement, déchiré de scrupules, en approchant la fatale boulette d’ouate surgelée. Comme prévu, avant même un franc contact, ce fut un décollage fulgurant avec hennissement stridulant, puis affalement en dyspnée pantelante.
Accablé de remord devant le spectacle insoutenable de cette souffrance suraiguë infligée de ma propre main, je me retournai désemparé vers mon compagnon de box, « mon cinquième année » comme on disait, pour lui confirmer que la pulpe me semblait, à première vue, bien vivace, et même franchement susceptible.
« Ok, me dit-il, tu dois faire aussi le test au chaud, sinon tu vas t’ faire incendier ! ». L’épouvante des foudres du dictateur m’inhibant tout le cortex sentimental, j’essayais d’oublier l’humain, fuyant ce regard implorant qui me renvoyait en reflet mon indignité, pour m’appliquer, tel un kapo de base, au seul respect de la consigne et de la procédure. Lâche et veule, je me planquai pour passer l’extrémité d’un bâtonnet de pâte de Kerr sur la flamme. Mon plan était d’effleurer à peine, et seulement une fraction de seconde, la surface dentaire. Hélas, le thermoplastique ramolli adhéra instantanément et une bousée fondante et filandreuse resta collée à l’émail. L’onde thermique atteignit le parenchyme odontoblastique en deux secondes, éperonnant tous les circuits nociceptifs à la fois, ce qui arracha au malheureux un interminable gémissement plaintif.
J’avais envie de supplier à genoux ma victime, qui se tenait maintenant la joue à deux mains, pour qu’elle m’absolve, mais le gestapiste vint m’intimer l’ordre de cureter immédiatement la cavité et d’écorner à vif pour placer un poison arsénical !
C’en était trop ! Je pliai mes gaules, laissant mon aîné prendre le relais, et filai fumer nerveusement une Goldo dans le couloir, en reconsidérant sérieusement mon orientation professionnelle.

J’aurais voulu vendre du bonheur, moi, tenir un manège ou faire des barbapapas….
(extrait Tome 1)


ZORBECA

05/01/2007 à 21h25

r2d2 Ecrivait:
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> docdent tu fais comment pour les sagesses un peu
>
> Sinon ciwil a raison il y avaient des nantais
> souvent bourrés du côté du Ricordeau dans les
> années '80. C'était saignant en patho et il n'y
> avait pas grand monde pour s'en émouvoir. La
> plupart des apprentis chicotiers se contentaient
> de lécher le cul d'un gros con de sadique à
> lunette. Sa bosse sur le front devait avoir une
> partie symétrique enfouie dans son cerveau tordu
> de colonel de réserve. Pas de paix à son âme :
> c'était un nuisible !
>

Qu'il n'y est pas assimilation;

J'étais enseignant à Ricordeau dans les années 80, en patho et Do.
Je suis aussi Colonel de réserve.
Mon nom commence aussi par Le......

Mais je n'avais pas de lunettes à l'époque, ni de bosse sur le front.

Effectivement je me rappelle très bien du personnage et de ceux cités par PAL.



024 vownvo - Eugenol
annie

05/01/2007 à 22h08

Pas de souvenirs d'épisodes douloureux,mais une grande compassion pour les patients,dégoulinants de bave,descendant un étage et faisant la queue pour faire une radio,rétro alvéolaire! attendre le développement,attendre que nous mêmes ayons fini de faire signer les autorisations pour avoir rouleaux de coton ou pate endo!
je suppose que ça a évolué depuis
Sinon souvenir d'un de mes premiers patients lors de mon premier remplacement ou je n'en menais pas large , il commence une phase de lipothymie et m'explique ensuite," vous comprenez ,c'est la première fois que je vais chez le dentiste!"
Ma hargne pour un prof à qui je ne demandais rien,qui voulait me montrer comment tailler une couronne,sa main tremblait,et il m'a fait un énorme "épaulement" sur une face proximale,ce qui était totalement interdit
Pour finir,souvenir d'un prof,voyant mon angoisse à l'attente de résultats de TP,m'a fait un petit signe de tête pour m'indiquer que j'étais reçue
N'étant pas sûre d'avoir bien compris,(déja,toujours des doutes!)j'ai continué à paniquer,jusqu'au résultat


canard59

06/01/2007 à 09h03

PAL Ecrivait:
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>> C’en était trop ! Je pliai mes gaules, laissant
> mon aîné prendre le relais, et filai fumer
> nerveusement une Goldo dans le couloir,


Tout ce que tu racontes avec tant de talents, bcp l'ont vécu ds leur facs respectives ...Le plus triste c'est que maintenant pour kloper...tu dois filer dehors ..

Tu vois à quel point de sadisme on en est arrivé ;)