Cookie Consent byPrivacyPolicies.comUne semaine plus tard... - Eugenol

Une semaine plus tard...

PAL

27/10/2009 à 16h33

Je sirote mon quatrième jus de la journée en biglant par la fenêtre.
J’ai d’ la veine, j’ai une vue plongeante sur le carrefour, et c’est le plus bouillonnant de la ville, avec une foultitude de commerces. Mais attention, quand je dis commerces, je parle pas de marchands de ridicules godasses pointues ou de guenilles trouées soit-disant à la mode, ceux qu’ont besoin de trente mètres-carrés pour exposer deux tongs ou un string. Non, je cause des détaillants de produits de première nécessité : bidochier, poiscailleur, charcutailliste, frometonier et breuvagiste, sans oublier le crotanchocologue. Ici, tout s’agite dans les arrière-boutiques dès six heures du mat, et moi, en pointant à sept heures et demi, j’ai l’impression d’être le fonctionnaire de la bande.
Comme ce quartier peu sensible est peuplé de veuves jacasses et de bourgeois cacochymes, le spectacle est permanent. Avec un peu de bol, on peut voir une vieille bique se viander dans le caniveau en éparpillant tous azimuts la boustiffaille accumulée dans ses cabas. On peut également applaudir la rombière endimanchée, encombrée de sacs, piquant un sprint en talons aiguilles pour attraper un bus furtif, ou encore s’extasier des capacités de décollage vertical d’une rentière arthrosique judicieusement klaxonnée.
Mais c’est plus que calme, aujourd’hui. Après les ripailles de fin d’année, tout le monde a pas dû reprendre connaissance. Moi, j’ai encore le foie de boulotter un chocolat. Mon prothésiste, enfin mon collaborateur technicien de laboratoire, est un homme délicat et fort civil : pour me remercier de lui refiler plus de quarante patates de taf par an, il m’a offert, dans un beau geste commercial, une boîte, petit modèle, de ce qu’il faut bien appeler des crottes. Je fus confus.

Tiens, j’ connais cette dégaine, là-bas. Mais oui, ce cow-boy sécot sans bourrin ni galurin, c’est bien lui, mon zingarillo amoché, fils de Gipsy king-con, tellement pressé qu’on lui bichonne quelque chose qu’il se pointe une heure avant son rendez-vous.
Avec un CMU, compte-tenu du p’ tit panier, on n’a jamais intérêt à tergiverser. J’ai pas prévu pour l’efflanqué un plan global en vingt-sept phases avec préliminaires du style arc facial, wax-up, aéropolissage, micro-gratouillages et papouilles parodontales au Vector sous musico-analgésie. Tout ça, laser à rien ! J’vais pas non plus passer des plombes à lui lisser miroir chaque micromètre de canal, sous digue et microscope camescopique.
Ecartez-vous, ça va voler !
Selon ma techenique injectatoire indolore (dite du guette contrôle) déjà exposée, je lui empaffe profond toute la mâcheuse du haut, d’une oreille à l’autre.
Avant qu’il ait l’ temps d’ baver, j’ donne quatre coups d’excavation dans l’ mou des trous béants et j’ lui reconstitutionne sommairement au vieux compo d’ fond d’ tiroir les 6 pavés d’ façade. A peine fini de polymériser de la main gauche, j’envoie un coup d’ zèph de la main droite tandis qu’ la controlatérale se saisit déjà d’un porte-empreinte, garni d’ silicone par la droite qui s’est entre-temps libérée pour enfourner le sus-dit porte-empreinte. Mais déjà, la paluche babord a sorti du tiroir idoine le nécessaire à endo, et, alors que la tribord commence à spatuler frénétiquement, revient palper le silicone pour évaluer sa prise. Extension, flexion, rétraction, en un éclair, la pompe à bave est sous-languée, le pied gauche tape le compte à rebours (115 à la noire), le droit s’échauffe au-dessus de la pédale d’accélérateur.
Top, c’est réticulé, je déventouse tout, bzzzzz, zzzzz, poignée au fond, pied à la planche, je turbine à la limite de l’adhérence, coupant les trajectoires, fondant de la gomme. Tout est pulvérisé, la dentine ramollo, les blocs de tartre, le goudron d’ clope, les bouts d’ gencives qu’ont rien à foutre là !

Vingt minutes plus tard, je coupe le contact. Y’a tellement de fumée et de gravats autour du chantier qu’il me faut quelques secondes après cessation des hostilités pour apercevoir le mec, complètement fariné jusqu’aux tifs. Allez, rince-moi tout ça fissa, t’as dix secondes ! Top ! Terminé ! En place, fais voir : encore un p’tit coup d’ fraise boule à droite, à gauche et au milieu, ça brille et ça sent l’ propre. Nan, tu peux pas cracher ! Pompe, j’ lui bourre le vestibule de rouleaux d’ coton gros format (une fugace pensée pour Brahim Asloum après sa récente dégelée) et j’assèche, j’archi sèche. Intéressant paradoxe chez ce sujet: dehors, tout est malingre et tordu, mais dedans, tout est large et droit. Javel et limes adéquates, j’alèse à l’aise. Mettre cônes, et hop, tu rays (X), on arrive au bout.
Bon, brève récupération du patient, qui, c’est heureux, l’est.
J’enchâsse à la volée quelques tenons dans les orifices calibro-côniques ménagés à cet effet, tenons dont le strict parallélisme orthogonal, et inversement, est contrôlé à l’œil cligné, tout contrevenant étant impitoyablement désinséré et renvoyé au plateau. Nous vérifions, expérience pénible en mémoire, qu’on peut lui replacer correctement le fer à cheval garni dans l’embouchure. Ouvre ! C’est bon, ferme ! Ok, tiroir, résine auto-photo Voco dans l’élasto, et j’enfourne le tout pour deux minutes chrono. Top ! 119, 118, 117….
Bouge surtout pas les yeux d’ la tête ! La mimine gauche maintient, la droite défouraille le ciment intérimaire, la pièce à main (c’est con, comme nom ! Comme si on risquait d’ la prendre avec les panards !), mandrins z’et meulettes Kaout, feutrines z’et Biscover.
…. 4,3,2,1, Top ! Attention les yeux, moment de vérité, je désinsère en souplesse. Par St Thol, tu vas jouir, mon gars, ça flashe ! Du A2 homogène, c’est quand même aut’ chose que ton clavier d’ brocanteur !
Finissage, polissement, brillantation, un soupçon de ciment temporaire fastoche à décaniller, et là……..stop !

Je souffle, je me détends, comme avant d’ humer un vieux Pomerol ou de laisser fondre intra buccal une première bouchée d’ foie gras mi-cuit. L’air entendu du mec blasé (« Bon, là, c’est que du provisoire, hein ! »), je lui tends le même réflecteur que l’autre jour, et j’ mate ses mirettes exultées, en souriant du dedans.

Je m’ demande lequel des deux est le plus jouass.


F e01w igu3rl - Eugenol
roumette

28/10/2009 à 10h07

Ben toi, car passé les 4 rateaux de devant, il en a rien à battre... et en plus y va s'casser avec ton beau prov' gratos...