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Primum non nocere
04/05/2010 à 12h54
- « Vous savez, c’est vachement bien conçu, le corps humain de l’homme. Y a beaucoup de trucs qui se rafistolent tout seuls. Mais quand même, faut pas trop tirer sur l’élastoc ! »
Comme d’hab, Pal vulgarise habilement sa science auprès de l’ignare.
Mais j’ai en face de moi une vraie tronche de boursin, une lopette au teint pas frais qui me fixe avec des yeux de merlan frit, la mandibule pendante comme si j’avais jacté en javanais.
Quelque soit l’heure, ce mec a l’air de s’être viandé de son plumard, les fringues chiffés, la tignasse en vrac, le regard ahuri et le neurone flasque. Apparemment, ce traîne-savates n’a qu’une occupation dans la vie, se dévaster la carcasse par tous les moyens. Déjà, il s’est truffé la couenne de piercings : un hameçon dans la loche, un boulon dans la menteuse, un serre-joint à l’arcade et trois rondelles de huit à l’esgourde. M’étonnerait pas qu’il se soit fait poinçonner aussi un téton et la biroute !
Incontestablement, le gazier a le sens du beau : il s’est fait tatouer sur le bras droit une fresque violette d’un goût exquis, à base de dragons, de serpents et de crapauds baveux autour d’une vulgasse à poil.
Foi de Pal, sa dégaine de teufeur en dit long. Pour se niquer les boyaux au quotidien, ce naze travaille au chichon, en pétards gros modules douze feuilles. Dans les grandes occases, il ne rechigne pas à sniffer le bicarbonate ou à bouffer de la colle, en association avec des mélanges de tord-boyaux premier prix. Et pour prévenir tout risque de récupération physiologique, il attend l’aube pour rentrer dans son gourbi, s’écrouler sur son schlof miteux, dans ses haillons cartonnés de tabac froid et de vieille crasse. Je l’imagine reprendre vaguement connaissance en milieu d’après-midi, avec l’impression d’avoir une hache plantée au milieu du caberlot. Cette loque doit se traîner jusqu’aux cagoinces en se grattant les morbacs d’une main et en clopant un premier joint de l’autre. Quand il en sort, c’est con, les cours sont terminés.
Ah oui, parce que, je pouffe, ce vasouillard se prétend étudiant ! En quoi ? En première année ! D’accord, mais de quoi ? Alors là, pour les détails, faudrait qu’il se renseigne !
Evidemment, il emboucane sévère. C’est pas le genre à se défromager même une fois par mois. Il est complètement hydrophobe et la savonnette, pour lui, c’est encore un truc à fumer.
Ce charlot inconséquentiel s’étonne de présenter présentement une enflammation gencivaire catapoustrophique. Y comprend pas ! L’omnidentiste sagace, lui, s’agace : y a quand même pas besoin d’avoir fait Polyclinique pour biter la pathogénie ! Rien qu’à renifler son haleine à deux mètres, j’ulcéro-nécrotise du pif. Non mais ça va pas, le buccal ! Son avaloir a tout vu passer depuis des années, sauf une brosse à ratiches ! Tiens, si c’était remboursé par la sécu, j’y prescrirais, en préliminaire, des bains de bouche au Décap’four, on y verrait plus clair après !
- « Ecoutez, lui rappelle-je, si vous tenez à vos dents et à votre santé, va falloir changer radical certaines habitudes ! »
- « …. »
- « Toi pas compris quoi moi dire ? »
- « Si, si. » marmonne l’emplâtré, aussi expressif qu’une platée de nouilles de la veille.
Tout pénétré de ma mission pédagogico-sanitaire, je m’apprête à esquisser une brillante allocution motivatoire sur la microbio pasteurienne de base, lorsqu’au moment d’articuler la première syllabe, je suis terrassé par cette face inerte d’abruti de première. Instantanément, je renonce définitivement à essayer de l’instruire. J’y colle illico l’ordonnance idoine sous la hure, et lui file un rencard huit jours plus tard ( un soir, pas con ! ) dans la ferme intention de lui récurer la sphère, en commençant par l’hémisphère sud.
A le voir lambiner vers la sortie et mater son papelard d’un air cloche, je me confirme à moi-même qu’il y a vraiment des coups de pompes dans l’oigne qui se perdent.
La semaine suivante, ô miracle ! Le mironton se pointe, mais l’air toujours aussi ganache et avec les dix minutes de bourre qui ont la propriété de me foutre d’humeur sanguinaire. Allez hop, du mou ! En selle, et fissa !
Apparemment, il serait peut-être un peu moins faisandé du parodonte, mais il y a du taf. Flippé à faire sous lui, le chiatique, si mollasse d’ordinaire, contracte à mort les mentonniers. J’arrive même à pas à lui rebouiser le vestibule pour le piquouser ! Keep cool, man, on va pas s’atteler à saquer ce cas-ci en sarclant au CK6 ! Qui va piezo va sano, telle est ma devise !
Une fois tout le piano du bas profondément léthargisé, j’attaque les enduits, le calcaire et le bouillon de culture, potard à fond. Pas question de le laisser glavioter une seule fois ! Pendant une demi-plombe, ça gicle, ça saigne, et volent les gravats.
Quand enfin ça reluit, je balance l’eau oxygénée et la polyvidone iodée par vagues successives, histoire de faire patauger le pathogène.
« Bien, déclaré-je doctement en me dégantant d’un geste auguste, vous êtes par Pal tiré d’affaire. Après cet assainissement professionnel, vous allez constater, dès demain et de visu, une spec-ta-cu-laire amélioration, pour ne pas dire une restauration ad-integrum des tissus de soutien de vos dents du bas. Ne me dites pas merci. Nous ferons la même chose en haut la prochaine fois. » Et le paltoquet se targe sans un mot en bavouillant dans son kleenex.
Mais c’est là que c’est l’hallu ! Deux jours après, le gars bigophone en demandant benoîtement si c’est normal qu’une dent du bas soit tombée !
Pardon ?!
Désarçonné par la connerie épaisse de la question ( car je me vois bien lui répondre : « Ne vous inquiétez pas, c’est parfaitement normal. » !) et stupéfait comme un rat, je batifouille au gus de se radiner avec l’organe prétendument chu. Deux heures après, il est là, l’œil torve, avec dans la pogne une incisive centrale nette comme torchette, une fève blanche et lisse jusqu’à l’apex, expulsée, c’est sans sens, sans qu’il sente et cent pour cent sans sang !
Mordiou, vite une explication plausible !
- « Ah ben oui, elle est tombée. Alors, ça, c’est sciant ! » avoué-je.
- « Ben oui, mais avant le détartrage, elles tenaient mes dents »
04/05/2010 à 12h59
« Et ben c’est que je mais dès fois oh là là on en voit fuu y a des cas mais pas toujours ça alors donc ça dépend duquel heu qui… Ben oui, mais vous fumez vachement, aussi !! »
Jamais revu le zig !
04/05/2010 à 16h35
un quart de lecture, une apres midi à se marrer !
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Jeune dentiste !
Vive les petites villes loin des facs !! 5 dentistes pour 20000 habitants, ca vaut le coup !!
04/05/2010 à 16h35
un quart de lecture, une apres midi à se marrer !
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Jeune dentiste !
Vive les petites villes loin des facs !! 5 dentistes pour 20000 habitants, ca vaut le coup !!