Cookie Consent byPrivacyPolicies.comroutine - Eugenol

routine

ameli

03/10/2006 à 15h31

Des amis ? non, c'est pas ça ! des copains, alors ? non plus. En fait, je ne sais pas si je dois les classer.

Tous les matins, après avoir acheté l'Equipe, je vais au bistrot boire mon jus et étudier les ragots sportifs. Tous les matins, toujours le même bistrot, toujours à la même heure. C'est un vice, une manie, une drogue ou une habitude. Ca fait 30 ans que ça dure, et je n'ai changé de bistrot que contraint par un déménagement ou une fermeture de ces lieux de débauche. J'en suis arrivé à m'excuser quand je pars en déplacement ou en vacances.
Je vois toujours les mêmes têtes. Il y a le patron, Bill, dont personne ne connaît le prénom. Ce Bill nous prend pour des billes. Cet escroc, qui vient de rentrer de ses 5è vacances de l'année, vient de faire passer son jus à 1,20E. sous le pretexte qu'il est le plus pauvre cafetier limonadier de l'Est de la France. La foule l'a menacé de boycott, l'a insulté, rien n'y a fait, il reste inflexible. Ce type doit être fasciste, c'est sur.
Il y a les 2 fils, qui s'occupent de la cuisine du routier. Ils sont très fiers de leurs hautes compétences culinaires, d'ailleurs, rares sont ceux qui sortis malades après un repas. Le cadet est un insupportable fan de l'OM, ce qui nous fait bien rire. Nous pensons que cette insuffisance d'intelligence est due à la couleur rouge de sa chevelure. On s'est cotisé pour lui proposer une teinture, mais il est têtu.
Il y a la jolie belle-fille, toujours souriante, qui fait la bise à tout le monde. Souriante, mais exigeante. Quand elle me sert, elle garde la main sur la soucoupe. Quand absorbé par les malheurs de Dhorasso, j'oublie le « merci Cathy», mon café repart vers une autre destination.
Quand j'arrive, Jean-Marie l'assureur est déjà là, au comptoir. C'est le voisin. Il marche au café et à la Marlboro le matin, et au blanc et à la Marlboro l'après-midi. Il fait des aller-retour entre son bureau et le bistrot pour surveiller le petit personnel. Il n'a pas de chance, il n'emploie que des fainéantes.
Je m'installe à une table près du comptoir, toujours la même, en face de la porte. J'étale mon journal. C'est pénible, car il faut que je me tourne pour parler aux potes. L'ergonomie est déplorable, et parfois j'ai mal au dos. Mais maintenant, je n'ose plus changer de table. Ca risquerait de provoquer des débats, voire de choquer. Personne d'autre que moi n'a le droit de s'y assoir à cette table. Elle est réservée. Parfois, un inconnu tente le coup, mais il se fait vertement réprimander par tout le monde.
Puis vient Dédé, le vendeur de maisons. Il va au comptoir, en face de la tireuse, mais parfois change de place. Les lendemains de Grands Prix ou de Rallye, il se rapproche de moi quand j'arrive aux dernières pages de l'Equipe. Lui et moi, on les amuse, les autres, avec nos fringues. Jean-baskett quand on va au travail, et costard-cravatte quand on va travailler.
Ensuite vient Fabienne, la belle chauffeuse de taxi. Au comptoir, elle nous raconte ses points perdus en rigolant et en maudissant Sarko. Quand son mari arrive, elle va s'asseoir avec lui. Ca ne lui plait pas, mais elle est mariée et assume. Je la plains, lui vient au bistrot pour étaler son journal. En plus, il ne dit bonjour à personne.
Vers 8h35 arrive Fred, le garagiste mélomane. Il se met à coté de la machine à café pour que ça aille plus vite. Ouh, qu'il est nerveux et toujours débordé. Il nous l'explique parfois jusqu'à 9h30. Il est Peugeot et clairon. Pour qu'il ne me fasse pas la gueule, quand j'ai pris la Laguna, je lui ai dit que j'aimais le clairon. Faut parfois être diplomate.
A 8h40, c'est Camille, jeune préretraité chimiste qui travaillait de nuit. Lui, c'est variable. Comptoir, sauf le mercredi, jour du Canard. Le mercredi, il vient avant et fait la course avec le mec de Fabienne, car il veut la même table. Des fois, il y a des tensions. Camille carbure au café-calva, mais je crois qu'il en a honte. Jamais on ne l'a entendu demander un calva. Il montre la bouteille, c'est tout. Quand il est à sa table, il va jusqu'au comptoir faire l'appoint, pour éviter que Bill se promène avec la bouteille.
Des fois, il y a Youki. J'ai longtemps cru que ce nom curieux était celui de son chien. Il paraît que c'est le sien, enfin presque, car le sien est imprononçable par qui n'est pas yougo. Il est prof, et quand il vient, il s'installe pour un moment. C'est lui qui lance les débats, car il a une grande culture générale. C'est un grand bricoleur, il a déjà construit 3 maisons tout seul. Jeudi dernier, Dédé lui a demandé si c'était lui qui avait dessiné les plans du château de Versailles. Il n'a pas démenti. Depuis, on ne l'a pas revu. Il doit encore être en arrêt maladie. Mais il est de santé fragile, il est souvent malade. Il doit prendre froid en bricolant.
Vers 9h1/4, je m'en vais. Je laisse l'Equipe sur la table, sinon, le rouquin serait en manque. Souvent, je ne l'ai pas lu.
Ce n'est pas grave, il y en aura un autre demain.
C'est dur, la routine. Pire que la clope. Comment faire pour s'en passer ? Le médecin conseil du bureau d'à coté dit que ça peut affaiblir les neurones. Je dois être foutu, c'est trop tard. C'est incurable. J'y suis condamné à vie.


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hallboy

03/10/2006 à 15h52

Pareil. C'est mon Yoga. La Provence le matin, et un expresso serré en lisant la page des sports dont 80% est consacré à l'OM.
A midi, c'est l'Equipe et un jambon beurre accompagné d'un express.
ça doit faire 15 ans que je ne comnande plus; à peine installé, un simple mouvement de tête et on me sert. Depuis 8 ans, le meme serveur à midi me tend mon Jambon beurre en souriant: " Et un JB; un ! ".
C'est un bar marseillais décoré comme un Pub, où l'Irlande se serait dissoute dans la Mauresque. Les nouveaux decouvrent avec respect, que le veritable patron qui ne vient plus que pour recuperer la monnaie avant de repartir, traverse tout l'etablissement pour me faire la bise.
" Chez Henri " : un bar de quartier en plein centre ville, là ou il ne reste presque que des brasseries. Des ouvriers, de petits employés; des chomeurs qui font des gaches et refont le monde entre deux tournées.Parfois le ton monte parcequ'un cheval est une chevre, parcequ'un joueur de l'OM est une chevre ou par ce qu'une chevre, " Elle, elle le ferait mieux que toi! Voila , je te le dit !! "
Il est arrivé qu'on me derange pendant mes lectures; alors , je sais que c'est important, comme la fois où on est venu me demander de soigner " un ami qui vient de passer 8 ans "à l'hotel " parcequ'il était tombé en faisant des affaires.......... Moitié Pagnol, moitié le parrain. Un pur bonheur. Il y a quelques jours c'était un peintre tout maigre, un de ceux qui tiennent le comptoir chaque matin avant d'aller travailler. " Putain les mains qui tremblent: impossible de passer le rouleau; alors je suis venu au Bar. Un rhum, deux rhum, trois rhum! Je regarde mes mains: une lame! " Il s'en ait séché un dernier avant d'aller travailler.
un pur bonheur je vous dit. Marseille.


Utilisateur banni

03/10/2006 à 16h27

C'est pas mal c'est p'tites histoires...
Je suis preneur si y'en a d'autres...


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rockblues

03/10/2006 à 16h45

Ameli Ecrivait: "Pour qu'il ne me fasse pas la gueule, quand j'ai pris la Laguna, je lui ai dit que j'aimais le clairon."

Excellentissime Ameli!!!
Pour le reste, un vrai régal, ton texte, on s'y croirait!!!


Utilisateur banni

03/10/2006 à 17h02

Ce serait pas mal que chacun d'entre nous tentions de faire un p'tit paragraphe comme ça...
Bon mark j'ai dis petit le paragraphe hein... ;)


Sade - Eugenol
Sade

03/10/2006 à 19h25

.. jolie, cette brève de comptoir Améli
sûr, qu'il y a des petites routines dont on ne se lasse pas plein de charme tout ça


024 vownvo - Eugenol
annie

03/10/2006 à 19h29

Améli ,joli texte
bien moi le café du matin,je prefère le prendre chez moi,j'y vais au radar,alors que l'on me l'a servi au lit pendant XXXXXXXXXXXXX, années (non trop d'X il faut que j'en enlève)
Donc pas grand chose à raconter sur les bistrots
Tant qu'a faire ,j'aurais dû me taire penseront certains,ont ils raison de le penser? on ouvre une autre rubrique? intérêt ou pas d'ecrire pour ne rien dire?


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gai-luron

03/10/2006 à 19h30

narik Ecrivait:
-------------------------------------------------------
> Ce serait pas mal que chacun d'entre nous tentions
> de faire un p'tit paragraphe comme ça...
> Bon mark j'ai dis petit le paragraphe hein... ;)


vas-y, commence


dentinole

03/10/2006 à 21h10

Il y a belle lurette que je ne fréquente plus les cafés :)
Les rendez vous se passent maintenant chez moi en terrasse. Comme l'a remarqué Tonio, on se réunit souvent :)
En lisant Améli, j'ai fait un bond de 20 ans en arrière.
Vous avez probablement connu comme moi, les cafés près des lycées...
On se retrouvait à 8.30 au Café de La Paix pour boire un café et on terminait fébrilement les copies à rendre..
12.30..on se rendait au QG..café, cigarettes, les doigts qui s'entrelacent sous la table..
la critique des profs..les fous rires...les inquiétudes quant aux résultats d'examens...
16.30..un café pour deux...
et puis, j'ai continué à fréquenter ce café, à la seule différence que j'avais un peu plus d'argent et je pouvais me payer un croque monsieur..
Quelque soit l'heure à laquelle je passais dans ce café, je trouvais quelqu'un que je connaissais.
J'ai passé des heures à jouer au Trivial Poursuit avec le fils du patron.
Le samedi soir, avant d'aller en boite..Café de la Paix bien sûr..on y préparé des menus de réveillon, on y déclamait des poésies avant de descendre l'artére piétonne pour aller danser.
La boite était une annexe du Café de la Paix..
Le microcosme d'une petite ville de Province..
Je reviendrais plus tard pour vous parler des habitués..
A vous...


alhoun

03/10/2006 à 21h11

Le médecin conseil du bureau d'à coté



il ya deux bistrots l'un à côté de l'autre?


alhoun

03/10/2006 à 21h13

dentinole Ecrivait:

> Vous avez probablement connu comme moi, les cafés
> près des lycées...
>


michèèèle, c'est bien loin tout ça, les rues les cafés joyeux
même les trains de banlieue, se moquent de toi, se moquent de moi....


067 clmun6 - Eugenol
sandrine

03/10/2006 à 21h15

sympa,ta culture musicale,Alhoun...
:))


alhoun

03/10/2006 à 21h17

attends, c'est l'époque de mes premières amours....


024 vownvo - Eugenol
annie

03/10/2006 à 21h18

-----
> dentinole Ecrivait:
>
> > Vous avez probablement connu comme moi, les
> cafés
> > près des lycées...

quel est le lycée près du café de la paix,à Paris?

on pourrait,continuer avec Francis lemarque.....



Sade - Eugenol
Sade

03/10/2006 à 21h21

..


067 clmun6 - Eugenol
sandrine

03/10/2006 à 21h22

alhoun Ecrivait:
-------------------------------------------------------
> attends, c'est l'époque de mes premières
> amours....
>
>


oui,enfin je suppose qu'à cette époque il n'y avait pas que Lenorman !
(enfin j'espère)


dentinole

03/10/2006 à 21h28

alhoun Ecrivait:
------------------------------------------------
>
>
> michèèèle, c'est bien loin tout ça, les rues les cafés joyeux
> même les trains de banlieue, se moquent de toi, se moquent de moi....


nous, à notre époque, c'était Indochine, The Cure, Etienne Daho...
Qu'est ce que j'ai ri en regardant la parodie des Inconnus des années plus tard..parce que pour nous, Indochine quand on avait 16 ans..c'était le TOP


067 clmun6 - Eugenol
sandrine

03/10/2006 à 21h30

ah oui!...mon 1er concert,Indochine.

Comme quoi,Alhoun,y a pas que toi qui a écouté de la daube dans ta jeunesse !
:))


manolo

03/10/2006 à 21h31

c'est très sympa ce fil plein de souvenirs...
bon, qui vient boire un Picon chez Ginette après la dernière vac???


Blason dql7mj - Eugenol
growler

03/10/2006 à 22h28

alhoun Ecrivait:
-------------------------------------------------------
> dentinole Ecrivait:
>
> > Vous avez probablement connu comme moi, les
> cafés
> > près des lycées...
> >
>
>
> michèèèle, c'est bien loin tout ça, les rues les
> cafés joyeux
> même les trains de banlieue, se moquent de toi, se
> moquent de moi....


j'étais pensionnaire dans la Meuse à cet époque et nous étions réveillés le matin par cette chanson et aussi quelques autres, de mémoire il y avait du Léonard Cohen, du polnareff et aussi celle-ci:


14 ans les gauloises
C'est pas que ça plaise
Mais faut se pousser
14 ans les gauloises
Ça met mal à l'aise
Et ça fait tousser
Avec un père
Un peu plus de pèze
On achèterait des anglaises
Oui mais voilà on est fauchés

14 ans les gauloises
Au fond du tiroir
Super camouflées
14 ans les gauloises
Au fond du dortoir
Chacun sa bouffée

Avec la première cigarette
C'est quelque chose qui s'arrête
Et s'envole avec la fumée

14 ans les gauloises
C'est pas que ça plaise
Mais faut se pousser
14 ans les gauloises
On fait la grimace
Mais faut pas penser
14 ans les gauloises
Tu perds la face
Si tu fais passer
Avec la gauloise
A tour de rôle
On décolle
Et ça fait tout drôle
Le lit qui se met à tourner
14 ans les gauloises
Au fond du tiroir
Super camouflées...

ah que de souvenirs....j'ai appris il y a 6 mois, suite au désir farouche de renouer le contact, que mon meilleur pote de classe de l'époque était décédé il y a une quinzaine d'années...30 ans après, çà m'a fichu un de ces coup!


t45

04/10/2006 à 15h29

si par hasard on avait l'ame en peine
Lorette seule pouvait nous consoler
elle nous parlait et on riait quand meme
en un clin d'oeil elle pouvait tout changer


Image odged8 - Eugenol
ploc

04/10/2006 à 16h56

t45 Ecrivait:
-------------------------------------------------------
> si par hasard on avait l'ame en peine
> Lorette seule pouvait nous consoler
> elle nous parlait et on riait quand meme
> en un clin d'oeil elle pouvait tout changer


envoies l'adresse de lorette:




Sade - Eugenol
Sade

04/10/2006 à 18h46






violette

04/10/2006 à 21h45

Eh bé,

Vous avez du vague à l'âme ?
Moi, je dois pas être assez vieille mais je ne regrette pas les années de lycée, les années de galère...pas de café, pas de pèze.
Dans vos descriptions, on se croirait un peu dans un univers de Simenon.
Haut les coeurs, la vie est pleine d'imprévus !


Image 4 lrchtq - Eugenol
Alain

04/10/2006 à 23h13

When I come home baby
And Ive been working all night long
I put my daughter on my knee, and she say
Daddy whats wrong?
I put my head on her shoulder
She whispers in my ear so sweet
You know what she says? ...

on a tous été jeunes quoi!

Pour ce qui est du troquet, je tiens bon!, J'y prend le café avec mes potes tous les matins avant le turbin. Il n'est pas né, celui qui me privera de ce petit intermède amical. Etant donné le maigre contenu du Dauphiné libéré, ça laisse du temps pour la causette!