Tous les forums
Cas clinique n° 89
24/04/2008 à 13h57
Si y en a un qu’est pas raciste, c’est bien Pal ! La teinte de la couenne, j’ m’ en contre tape. Même chez les noirs, par exemple, ça m’ dérange pas, c’est pour dire ! Surtout qu’au fond, et même devant, les gens de couleur, y z’ont tous les dents blanches.
Non, moi, c qui me gêne, c’est la forme.
Hier matin, voilà qu’on m’annonce que M’sieur Ngagnadoudou est en phase poireautage depuis dix broquilles.
« Motif du consultage ? » que je demande à l’assistante.
« J’ai rien capté de ce qu’il a baragouiné, » me fait-elle, « mais comme on est sous-booké, je l’ai gardé. »
Cheminant vers la salle d’attente, profondément habité par le souci de répondre avec professionnalisme à chaque individualité-patient dans la globalité de sa personne ( Hescot 2004), je me briefe moi-même sur l’homme d’Afrique. Qu’en sais-je au juste ? Comme tout un chacun, quelques données de base. Première donnée, il a une très grosse bite. Sauf les Pygmées. Chez le pygmée, elle est comme nous. Seconde donnée : il n’a pas de robinet de douche. Je l’ai vu au Sénégal, c’est un grand nègre qui dépasse du mur avec un seau. Troisième donnée, il n’est pas aussi subtilement gourmet que nous autres, civilisés, savons l’être. En Ethiopie, par exemple, tu leur parachutes de la choucroute, ils se font des huttes avec. Ah, pi un dernier truc, il est mou en affaires. Un jour, sur un marché, un vieux crépu m’a proposé pour 17412 euros un galurin de brousse informe qui schlinguait le phacochère. Après vingt minutes de négo, je l’ai raqué 12,50.
A part ça, j’avoue que ma culture ethno-anthropologique présente à ce jour quelques lacunes. J’ai donc soif d’apprendre.
En poussant la lourde, je ranime à peine un somnolent dans une djelabbah mitée, complètement avachi en traviole de la chauffeuse. Cet homme des hauts plateaux est dotée de la même tronche de treets que tous ses congénères en blackitude, mais je dirais qu’à vingt berges près, il est trentenaire.
Chez Pal, d’entrée de jeu, on aime à décongeler l’ambiance par une blagounette de bon goût :
« Alors, M’sieur, savane ? » lui fais-je avec force clins de zyeux, tandis que, péniblement, se met debout Bakar.
Mais le front plissé de deux rides d’incompréhension, le sujet semble dans le pâté. Sans émettre le moindre borborygme, amorphe et traînassant la tatane dans le couloir, il se meut comme s’il partait en miction nocturne. Bon, on va pas se plaindre, ça nous repose des hordes d’hypernerveux stressés qui nous font bouillir toute la journée. Je me sens même tout bénaise à lambiner tranquillos derrière le lymphatique.
Enfin parvenu à l’atelier, je désigne la chaise au moricaud qui s’y derche aussi lourdement que s’il venait d’escalader le Kilimandjaro.
« Alors, Monsieur ? »
« Ché mal toujours le sang qui vient la viande là qui oueste dans les dents j’enlève avec le bâton là ché mal . »
« Ouaip… Si je comprends bien, avec ce bambou, là, vous faites rien qu’ à vous chacroter les bouts de barbaque putrisandée qui rencognent inter-chicots ? C’est bien cela ? Alors n’en dites pas plus, mon brave, mon diagnostic est déjà posé : frico-comprimure poly-papillaire disséminée. Nous allons intervenir. »
J’invite le malade à rejoindre illico le fauteuil opératoire pour y périscoper la mâcheuse.
« Faut qu’ j’ assis-là ? »
« Et où veux-tu que ce soye, banane ? Dans le crachoir ? »
Ah j’ vous jure ! Des fois, y où s la prendre et s’ la mordre ! Y en a, on leur demanderait de se suspendre d’un bras au plafonnier, y trouveraient même pas ça chelou !
Au lieu de s’assoir, le gars se vautre de tout son long, complètement flax, bras et guibolles à pendouiller de chaque côté.
« Installez-vous bien, s’il vous plaît »
« Hein ? »
« Remontez… Assis, pas couché
Voilà. Bon, ouvrez la bouche, maintenant. »
Pas encombrantes, les badigoinces ! Pour écarter des loches pareilles, c’est pas des rouleaux de coton qu’il faudrait lui bourrer dans le vestibule, c’est des andouillettes gros calibre!
N’ayant pas ça dans mes tiroirs, j’attrape la babine supérieure à pleine paluche et la retrousse par dessus le tarbouif pour apercevoir enfin le triturateur sous-jacent.
Palsembleu, quel étrange système manducateur !
Nous notons :
- la gencive attachée est bronzée, mais pas uniformément, ce qui, je le signale au patient, n’est pas très gracieux.
- Il a p’ tête toutes les ratiches intactes et les incisives comme des pelles, mais les maxillos sont bien trop grands. C’est n’importe quoi ! Résultat : des diastèmes de cinq millis entre chaque paveton. Tu m’étonnes que la barbaque bourre !
Apparemment, le sub-tropical n’a jamais entendu causer de la brosse à ratiches, vu que tous les recoins sont enfientés. S’il croit que Pal va lui vidanger le gueulard, ( j’ai ma dignité, et puis, merci, pour être accusé de blanchiment d’ la dent sale !) il peut s’ le carrer dans l’hypotanus !
Je fuse chercher une brosse et un échantillon de pâte à dent, et entreprends de lui enseigner le Bass modifié. Mais vu comment il se gratte la boîte cranoïdienne, il a pas l’air de capter grand-chose à mon exposé.
Bon, on reverra ça dans une semaine.
Et si ça ne donne rien, je tenterai une grande première : coller deux berlingots de six dents à un denté complet.
24/04/2008 à 14h08
Ce serait sympa de recevoir le lien du site en MP...
24/04/2008 à 14h24
t'es modo?
oui, elle est super, comme d'hab
et je m'aperçois que j'ai pas le tome IV, j'oi zoublié de le commander...
Ya quekchose qui cloche là'd'dans
j'y retourne immédiatement.
24/04/2008 à 15h40
Après, les ballades dentesques de PAl nous voilà en plein safari....Faut que j'vérifie mes vaccins voir si chuis à jour......
Meume pas b'soin de passeport et de visa, on y est déjà.......
25/04/2008 à 16h44
"le blanchiment d'la dent sale!" (j'aurais juste écrit blanc chiement)
je vais avoir le sourire collé avant le turbin! Merci pal!
26/04/2008 à 00h19
Je trouvais le docteur PAL moins en forme ces derniers temps, mais là je me suis bien marré devant mon écran, c'en est même trop court.
06/05/2008 à 15h43
Et ben voilà ! On meubilise en permanence la somme impressionnantes de nos connaissances théoriques, de nos multi-compétences, de notre ultra technicité, sans parler des qualités artistiques et humaines exceptionnelles dont- tout le monde le sait- nous autres, omnidentistes, sommes pétris…
et le patient s’en torche !
Combien de fois y m’ont niqué le chef d’uvre, ces gougnafiers !
Ca a commencé au temps jadis, avec un cambroussard polycarieux dont les arcades duquel j’avais tout reconstitué à coup de silicates à ailettes sur dycal. Y a que les jeunes de plus de cinquante balais qui ont connu le truc, mais ça faisait un paquet de séances laborieuses, c’est moi qui vous l’ dis ! Et ben pour arroser la fin du chantier, le bouseux n’avait rien trouvé de mieux que de fuser chez Marcel s’avoiner la hure à la vinasse avec quelques alcoolytes. Celui-là, s’il lègue un jour son foie à la science, elle va faire un putain de bond en arrière ! Donc, à la fermeture du mastroquet, il ressort complètement murgé, zigzague deux cent mètres et enroule sa R12 vert-pomme autour du premier potal électrique.
Il a senti que dalle, et j’avais beau l’anamnèser, y pouvait rien cracher d’intelligible. Un peu normal, me direz-vous, vue la bouillie dans l’ jactoir. Mais surtout, il était tellement amnésique le lendemain qu’il se souvenait même pas de sa race. En se regardant dans la glace, il croyait qu’il était un canard.
Heureusement, à partir de mes constatations expertes, j’ai pu reconstituer le scénar au ralenti. Au moment du fracas, il était encore secoué de son rire gras et agricole, c’est pour ça que ses deux grosses lippes retroussées ont été épargnées, il a croqué direct dans le volant !
Et six richmonds, six !
Tiens ! Y a dix piges, je tombe sur un particulier qu’était Général. Ce crésus galonné m’ayant explicité ses hautes exigences, j’ y ravale tout l’ pignon en super haut de gamme. Le martial biche à donf, moi itou, surtout au moment d’enfouiller son chèque.
Allez rompez !
Je croyais pas si bien dire ! Deux semaines plus tard, je le vois avec effroi se pointer inopinément, la queue basse et la devanture intégralement démolie, que dis-je, concassée en micro miettes. Quid de l’étiologie ? m’interrogeai-je en l’instant. Un malencontreux ricochet d’obus de 75 ? Une erreur de dégoupillage ? Que nenni ! Cet énergumène, au lieu d’occuper sa retraite en charentaises à parcourir des traités sur la bataille de Pultusk, passait ses journées à fendre des bûches à la hache ! Evidemment, y en a une qu’a récalcitré et paf ! Un r’tour de billot en plein dans l’ massif ! MDR, non ?
Allez, mon Yeut’nant, déblaiement des gravats et retour à l’étape devis !
L’autre jour, c’est un polack CMU qui rapplique une onzaine de jours après qu’on lui ait entièrement remeublé la cantine. Lui aussi, de joie, il est allé se rincer copieusement les amygdales au reginglard. Le problo, c’est qu’y tient pas la marée. Après les premiers dix litres, il peut pas s’empêcher d’aller à la riflette chercher la bigorne. Manque de fion, il est tombé sur un balèze tarant un bon quintal et musculé comme un chipandal. Alors il s’est morflé une méga beigne dans les gencives, et mes joyaux ont volé tous azimuts avec les débris de parodonte.
Alors à quoi ça sert que Pal se décarcasse ?
06/05/2008 à 18h00
"Alors à quoi ça sert que Pal se décarcasse ?"
à rendre les emmerdeurs plus sympathiques
06/05/2008 à 19h45
quand je pense qu'on n'est que quelques centaines à en profiter, alors que des millions lisent des conneries
la logique commerciale n'est pas juste :)
06/05/2008 à 19h51
En même temps, si tu lis que le mandarin et que t'es pas dentiste, la perte est moins lourde.
06/05/2008 à 20h04
"C'est ce qui manque qui donne la raison d'être."
Lao-Tseu
la médiocrité est tellement confortable, je le sais bien, je me vautre dedans chaque jour, je m'en délecte, m'en nourris jusqu'à satiété, que lorsqu'un talent passe à portée d'oeil, d'oreille ou de bouche, il ne faut pas le banaliser, ni le laisser s'éloigner.
en l'occurence, vu la constance du niveau, on n'a pas affaire à un simple talent de société, mais à un don que j'espère PAL continuera de cultiver pour notre bien.