Cookie Consent byPrivacyPolicies.comNe bousez plus! - Eugenol

Ne bousez plus!

PAL

17/09/2008 à 11h33

Dans ma carrière, des poulets, j’ en ai pas traité des compagnies. Peut-être un ou deux flicailloux de quartier en vingt ans. J’connais pas bien le milieu. Ni la périphérie d’ailleurs. Ma petite expérience d’usager m’a juste appris un truc : il est pas nécessaire d’être con pour être flic, mais ça aide.
En tout cas, depuis que j’ai vu le débris qu’est devenu Robert à mi-retraite, j’ me gaffe que le taf est pas sain, surtout pour la santé.
Le pandore subalterne en question a remisé la pelure et le kébour depuis plus de dix piges, mais même en civil, avant toute anamnèse, à cent mètres, on devine qu’il est d’ la maison. Même pour un malfrat débutant, il est fastoche à détroncher, avec sa grosse moustache sous le tarbouif grumeleux et ses petits yeux rapprochés. Lui, c’est un vrai de vrai, le premier mot qu’il a prononcé, c’est pas « a-reuh », c’est « Papiers ! ». Tellement repérable qu’aucun chef l’a jamais collé à l’agachon ou à la filoche. Il a passé toute sa carrière à faire du bitume, ou le ventilo au carrefour.

Une première fois, lui étant indisposé, sa bonne femme s’était radinée pour faire rafistoler le vieux berlingot de Robert qui fissurait (pas Robert, le berlingot). Avant de refiler l’horreur au labo et d’appliquer mon meilleur taux de culbute, j’avais quand même gobillé l’objet, faut être sérieux. Et ben c’est un modèle unique au monde ! Si Bob est pas passé sous un bus, que j’ me suis dit, c’est qu’il a tâté de la boxe birmane. Il a dû se faire bigorner la mâcheuse par un sacré coup de chausson fouetté ! C’est vicelard, comme conception, un ring, t’as nulle part où te planquer. Alors les ratiches ont volé et l’arcade a plié en haut, à gauche, en traviole et en vrac. Même lui, il doit tourner encore son râtelier dans tous les sens à chercher l’endroit et l’envers avant de l’enfourner.
Six mois plus tard, même plan. Cette fois, j’explique au bigophone à la bourgeoise qu’un rebasage complet s’impose, « ceci, chère Madame, aux fins de réactualiser de façon optimum l’adaptation intime - et, par là, stabilisatoire - de l’artifice dento-prothétique aux surfaces d’appui périosto-muqueuses. » Bref, indisposé ou pas, faut ramener Robert.
Le jour J, à l’heure H et demie, l’assistante m’annonce l’arrivée du binôme en se pinçant le pif. De fait, ça envoie du paleron à quinze mètres. Que flaire-je ? Qu’hume-je ? Je dirais comme un concentré d’huile essentielle de déripette de bouc, mais en plus âcre. Le temps que Robert arrive à se lever, sa rombière me glisse discrétos dans le pavillon:
« Excusez-nous, docteur, on est en retard, mais mon mari, vous comprenez… on a dû s’arrêter dans un café…. »
« J’ai bien renifl…, euh, j’ai bien compris, Madame. »
C’est clair, les commissions sont dans l’ filet !
A l’examen général, Robert ne ressemble à rien. Et il est pas de première fraîcheur. La vache ! Trente piges de service, ça vous abîme un bricard. Hors une perte totale de contrôle des sphincters, on note une guibole plus courte que l’autre, un bras mort, la tronche en biais. Au niveau cervelle, déjà qu’il avait pas inventé le fil à couper l’eau chaude, faudrait du dégrippant, la glie à l’air de coller aux engrenages.
A peine la porte du cab refermée, tout l’air commence à emboucaner acide. J’adopte une ventilation superficielle, et je sais déjà qu’on va pas s’étendre.
« Alors, faites-donc voir ça, M’sieur. »
« Voui-voui. »
Le brave pépère, de sa pogne valide, commence par me déposer sur le burlingue sa vieille gâpette de marin, noircie de crasse et de graillon capillaire, erk, puis il tente de se dégrafer le lardeuss. Alors qu’il merdoie sur le premier bouton, je sens l’hypoxie m’emballer le palpitant.
« Gardez-donc votre manteau, y en a pour une minute ! Allez vous installer ! »
« Voui-voui . »
Il est complètement gaga, ma parole ! J’y dirais n’importe quoi, clé de douze ou tarte aux pommes, y m’ répondrait voui-voui !
Une fois le viocard en place, à l’idée de me retrouver le blaire à cinquante centimètres au-dessus de sa couche Confiance emmouscaillée, je panique. En loucedé, je file un coup de spray anti-schmoute dans l’intrados de mon masque et me le colle sur la hure. Aussitôt je suffoque, mais la source toxique arrive encore à me piquer les trous de nase à travers le filtre ! A la volée, je lui plonge une paluche dans le collecteur et lui extirpe le dentier, collé à la purée du mois dernier. J’en peux plus. Je me rue dans le couloir en soufflant : « Je r’viens ! » et claque la lourde derrière moi. Je perçois « Voui-voui. »
Adossé au mur, j’halète trente secondes.
Sans même y jeter un zœil, je vais passer la cochonceté sous le robicot, et je la décape au Cif et à la brosse à ongles. Ah vérole, faut y retourner, alors que j’ai déjà des relents de vomissure au ras des amygdales !
Hyper ventilation, masque, go !
En apnée, j me précipite sur le tiroir idoine, sort tout le bourrier à empreinte, spatule à six mille tours minutes un élasto light avec triple dose de catalyseur, j’en entartine l’intrados et lui fourre le tout dans la gobeuse. Il en a plein la moustaka., mais j’ai pas le temps d’ le débarbouiller. « Serrez-bien les dents, M’sieur, je r’viens ! »
« Voui-voui. »
Aaaah, de l’air !
J’vous l’ garantis, mes confrangins, y a où tourner d’ l’ oeil !
Après trois minutes de répit, je fais une dernière irruption dans la chambre à gaz, comme qui dirait une entrée en matières, pour lui arracher le berlingue et le pousser vers la sortie.
« Vot’ dame pourra venir le chercher demain soir. »
« Voui-voui »


Si c’est pas malheureux, quand même, de finir les fesses dans la cliche, pour un argousin qu’a passé sa vie à demander les papiers !


Avatar transparent iqadnc - Eugenol
adhoc

17/09/2008 à 12h10



MDR! Tous les Rockies du nonol le diront!!!
Merci pal.


Amibien

17/09/2008 à 18h24

trop fort ce PAL !


Dr - Eugenol
JeRis

17/09/2008 à 22h07

... extractions en apnée, dentiers collés à la bouffe d'il y a un mois, patient que tu suis à sa trace kkteuse dans le couloir parce qu'il s'y est pris trop tard pour aller aux wouawoua, le mec tellement bourré ou tellement shooté sur le fauteuil qu'il ne sait même pas ce qu'il fout là ... c'est bon, j'ai donné!

Et encore, nous on ne vois qu'un orifice, et certainement pas le pire.

Merci¨PAL. Vaut mieux en rire ... pour éviter de gerber.


Tilc

18/09/2008 à 00h51

Pal tu me fais kiffer, jte prend en collab quand tu veux !


Image 4 lrchtq - Eugenol
Alain

19/09/2008 à 01h08

Raaaaaaaaouuuuul!


Amibien

19/09/2008 à 14h59

Mais comment fait-il pour avoir des patients aussi typés ? et dégueux ?


Cuisinier2 vnbbxx - Eugenol
jeff2

19/09/2008 à 19h25

je crois que Pal à l'oeil excercé, comme un bon caricaturiste. Et que les patients qu'il a tu les as aussi, faut prendre son temps pour regarder autre chose que leur porte feuille.


Marque a3 orange fyvhyq - Eugenol
Marc Apap

19/09/2008 à 20h06

jeff2 Ecrivait:
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faut prendre son temps pour regarder
> autre chose que leur porte feuille.


Dans le cas présent, Pal ne fait pas que regarder. Il sent aussi.


Cuisinier2 vnbbxx - Eugenol
jeff2

19/09/2008 à 20h11

Combien de dentistes sentent l'odeur de leur cabinet quand ils arrivent le matin et pourtant tous les gamins et autres disent, ca sent le dentiste?
Perso ca m'arrive apres six semaines de vacances.
Maintenant, il faut aussi faire attention a nos propres odeurs auxquelles nous sommes sans doute habitués, de là à ce que les patients sentent autre chose que le dentiste...
Ne tirons pas trop vite sur le patient.