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J'ai toujours raison.
23/01/2010 à 00h53
Le fait est établi : j'ai toujours raison. C'est le point 1
La rumeur courait, je l'ai confirmée, il faut savoir prendre sur soi.
Mais aussi étonnant que cela puisse être, je rencontre parfois, rarement, une personne qui n'en parait pas convaincue. Le débutant tenterait de la convaincre, c'est parfaitement inutile, puisque c'est un con. C'est le point 2. On ne discute pas avec les cons.
L'affaire est rapide quand on est en groupe, conférence, grande table, conseil municipal, conseil d'administration. La stratégie consiste d'abord à reconnaître et isoler le con.
Premièrement, on se cherche des alliés, un pour dix présents est un chiffre suffisant. La tactique est la suivante : ciblage, puis tir.
Je prends en général un mâle, un vieux légèrement ventripotent ou un jeune excité sortant de fac si c'est une réunion professionnelle. Je pose une question directement à l'allié putatif : « c'est quoi t'est ce, un eugénate ?» Réponse : « un truc blanc-collant qu'on pousse au fond quand le patient a mal.
- Mais bravo, c'est quoi ton prénom ? Tu as déjà assisté à ma conférence ? Quel talent ! »
Celui-là est acquis jusqu'à la fin du spectacle. Il faudra penser à le relancer et à le complimenter de temps en temps. C'est dans la poche, il est devenu un complice. Notez que le tutoiement est imposé : il crée des liens amicaux.
Puis on se trouve un souffre-douleur, faire valoir comique. Une nana, jeune et jolie, ça va très bien. Il faut jouer le contre-emploi, ça surprend. Attention, quand on lui parle, on n'utilise que des mots de deux syllabes, sinon, elle ne comprendra pas. Exemple, elle regarde sa montre : « oui, mademoiselle, la pause c'est dans 10 minutes, vous arriverez bien à retenir votre pipi jusque là. » Rigolade des autres, et fard pour la miss.
On a gagné les autres, sauf le con. On l'a repéré, c'est celui qui ne rit pas, normal, il est con. Il est de mauvaise humeur, insinue qu'on est mauvais, c'est un râleur, un grincheux, qui croit avoir raison. Son erreur est là : c'est moi qui ai raison.
A-t-on, pour autant, perdu la miss ? Non, car à la pause pipi, on va la voir et on lui fait le reproche « je me donne un mal de chien rien que vous arracher un sourire juste parce que c'est vous la plus mignonne de la salle, mais que dois-je faire pour vous intéresser un peu, on boit un café ? on s'assoit là ? »
Si elle a de la culture, on peut tenter le rabelaisien : « sachez que je suis tant amoureux de vous que je n'en peux plus ni pisser ni fienter ». Mais l'occasion est rare. On ne trouve plus de filles cultivées.
Normalement, là, la poule rosit et glousse, et entre dans un jeu de séduction. Le coq peut même envisager une saillie.
Mais il a autre chose à faire. Il est temps maintenant de s'occuper du con.
23/01/2010 à 01h08
N'oublions pas le point 1, Puis considérons le point 2, Ils sont incompatibles. On ne cherche jamais à convaincre, un con est imperméable.
L'erreur tragique est de le prendre à part et de lui régler son compte dans le couloir ou les toilettes. La vertu pédagogique serait nulle. Un con est perdu, il faut penser aux autres et les sauver, il doit servir d'exemple. On doit le sacrifier, pour le bien de tous.
La seule solution est de l'humilier publiquement. Dans ce duel, car l'inconscient va oser se défendre, tous les moyens sont bons.
Le principe philosophique de cet affrontement est signé Kant : produire de la connaissance à partir de la seule activité de la raison est illusoire. Donc, il faut taper fort, l'éreinter, il faut qu'il pleure..
Voici quelques astuces. Imaginons un débat public.
1, la règle est : il faut avoir le dernier mot.
2, la vérité objective n'a aucune importance. Cette erreur est classique chez les naïfs.
3,il faut étendre l'affirmation de l'adversaire au-delà de ce qu'il dit, on élargit ainsi le champ de la contre-attaque.
Exemple : Il est pour le voile. On l'accuse de protéger la burqa. Il va tenter de recentrer le sujet. On l'accuse de jouer de façon douteuse avec la laïcité, serait-il de l'Opus Dei ?
4, On exploite les mots à double sens, ou on joue avec les sens des mots.
Il affirme qu'on dit des boniments ? On confirme, oui, j'ai la faconde et l'habileté à convaincre, j'intéresse et j'amuse le public, moi, mais pas vous, hélas, vous êtes ennuyeux.
5, On répond à une question non posée, ou plutôt, qu'on se pose à soi-même.
6 On répète la question de l'adversaire, sous une autre forme, de façon tellement confuse, et on dit qu'on est incapable de répondre à une question aussi peu claire, pour ne pas dire tordue.
7, Il faut oser les perversités, les litotes et les lapsus accidentels.
« je crois savoir que vous avez été l'objet de reconnaissance de la part de l'entreprise X lors de la vente de ces avions, mais c'était sans doute des marques d'affection... ». C'est subtil et amusant.
Par contre le « polit-buro » au lieu de bureau politique récemment entendu, c'est trop gros, ça ne passe pas. Ou le « condamné » au lieu de « mis en examen », trop flagrant. Ça manque d'adresse, mais l'intention est bonne.
8.Notons qu'une belle voix sonore est capable de réduire au silence un benêt. Bains de bouche et vocalises avant le combat sont indispensables.
9.Si l'adversaire prend le dessus, ne pas tabler sur une erreur, il faut changer de débat.
Il est meilleur sur l'identité française, on parle d'Europe. Il faut diluer, en passant au général.
10.Ne pas hésiter : le recours à des arguments discutables ou faux est permis, ou sortir des chiffres improbables. Personne n'a le temps de vérifier. Falsifier les preuves, inventer, jouer sur les idées reçues.
« Mais bien sur que le communautarisme se renforce, on voit de moins en moins de mariages mixtes ( de 6% à 27 % en 10 ans).» S'il dit le contraire, c'est de la mauvaise foi, c'est le cas de le dire.
11.Faire rire, oser des calembours. En avoir en réserve, idem pour les contrepèteries. On gagne le public, et on désarçonne le con.
12, Ne pas hésiter à lâcher provisoirement le débat :
« votre discours est trop confus, exprimez vous clairement, parce que je n'y comprends plus rien ». Il va répéter, ça permet de gagner du temps pour trouver une réplique.
13, Utilisez les mots qui font mal : c'est du dogmatisme (ou un autre isme), du gauchisme...
14, Attention au « vrai en théorie, mais faux en pratique »... car si la pratique est fausse, c'est que la théorie est fausse..., à utiliser avec prudence.
15, Un coup bas intéressant est l'argument de l'ambition personnelle. A une remarque gênante d'une interlocutrice, on répondra :
« Tiens, votre amie Martine a dit l'inverse, vous voulez vous démarquer et jouer votre carte personnelle ? ». Insistez, même si c'est faux, ça crée de la confusion, et ça permet de passer à une autre question.
16, Noyez l'adversaire sous un flot de paroles, parler plus fort que lui. Inconvénient, il faut s'entraîner.
17, Quand la lutte est mal partie, personnaliser. Ne plus débattre mais attaquer le contradicteur
18, Quand l'autre parle, ne pas le regarder, regarder la salle, prendre des notes en souriant, se distraire, faites semblant de ne pas écouter.
19, L'attaque personnelle est lamentable, c'est immoral. On ne doit pas. Mais ça marche bien. Rares sont ceux qui gardent leur calme.
Œuvrer à la victoire de la raison est parfois difficile, mais l'essentiel est qu'elle triomphe. Voir point 1,
23/01/2010 à 01h36
ameli écrivait:
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> tout ça se retrouve dans deux jeux (qui en fait ne sont pas des jeux): les échecs et le poker.
23/01/2010 à 15h39
Tu as raison...
Ce texte, ou du moins sa deuxième partie, n'est qu'une adaptation d'un essai de Schopenhauer publié en 1864 et intitulé "l'art d'avoir toujours raison".
Il y expose 38 stratagèmes dont la finalité est la victoire d'une vanité sur l'autre. Il ne s'agit pas, dans un débat, une controverse ou une dispute, de lutter pour une vérité, mais de lutter pour sa proposition. La vanité est toujours partiale, et nécessairement déloyale.
L'homme est naturellement pervers. Il a un désir permanent d'être le plus fort, et il se soucie peu d'avoir raison ou tort. Il se battait à mains nues, ou avec des armes. La dialectique est une arme.
Certains pensent que la dialectique permet la recherche de la vérité, et que de cette escrime jaillira un éclairage. C'est la thèse des optimistes (Aristote). Admettons du bout des lèvres. Mais cet éclairage met-il en lumière les idées ou l'adresse du bretteur ?
23/01/2010 à 16h02
ameli écrivait:
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> Tu as raison...
tu dépeins très bien un rapport humain d'une société avec des valeurs psychologique anale ex: soumis ou contraindre
ceci est très marqué dans notre profession
ces rôles s'inversent à certain moments ( hombre et persona)