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"Médecine" bucco-dentaire ?
28/12/2010 à 19h47
Petite phrase d'un patient lors du questionnaire médical :
"Je ne vois pas pourquoi vous me demandez tout ça, je suis pas chez le médecin".
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Un cas très banal et simple vu hier :
- Général : patiente de 29 ans, maladie de Crohn, allergie pénicillines
- Symptômes : douleur modérée spontanée non irradiante secteur I
- Inspection :
Exobucc. : pas d'œdème ou d'asymétrie
Endobucc. : 16 très délabrée avec obturation coronaire non étanche
Radio. : dent antrale (contact direct apex/sinus), traitement endodontique ancien et non satisfaisant
- Palpation :
Dentaire : douleur modérée à la percussion axiale
Exobucc. : douleur à la pression pommette droite, pas d'adenopathie
- Interrogatoire :
Nez encombré, écoulement purulent unilatéral droit
- Diagnostic :
Desmodontite et sinusite maxillaire unilatérale d'origine dentaire avec complication bactérienne
- Traitement :
Médicamenteux : pas d'AINS pour la douleur car Crohn, palier I pas suffisant : paracetamol + codéine. Allergie péni. : spiramycine.
Éliminer foyer infectieux dentaire : RTE 16 + obtu. étanche
Éliminer foyer infectieux sinusien : si pas de guérison spontanée après traitement dentaire, voir ORL.
Dans cette démarche interviennent des connaissances en :
- clinique : comment mener l'examen, les structures à inspecter, palper
- anatomie : rapports dents maxillaires et sinus
- pharmacologie : connaître les effets secondaires des AINS
- pathologie générale : savoir ce qu'est une maladie de Crohn
- bactériologie : savoir quel antibiotique a un spectre adapté à une sinusite
- allergologie, physiologie...
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Les chirurgiens-dentistes tendent encore à avoir une conception isolée de la profession. Aujourd'hui, nous faisons partie d'un RÉSEAU de soins global qui concourt à la santé des patients.
Hier, j'ai expliqué à des parents les conséquences du fait que leur petit garçon amblyope ne porte pas son cache. Ce matin, j'ai amené aux urgences une patiente présentant une hémiparésie subite (toute la moitié droite du corps : elle comptait "passer au généraliste après le soin"...). Cette après-midi, j'ai orienté une petite fille vers un pédopsy.
Dans ce réseau, nous exerçons avec des connaissances scientifiques, médicales et techniques de haut niveau. Si nous ne sommes pas médecins de titre, nous le sommes cependant de fait. Nous exerçons une profession médico-chirurgicale spécialisée.
Cette conception de la profession est relativement nouvelle : nous sommes freinés par certaines de nos propres confrères qui ne considèrent leur exercice que technique et/ou commercial mais aussi par les autres acteurs du réseau, médecins ou non, qui ont une méconnaissance de ce qu'est la médecine bucco-dentaire aujourd'hui.
Nous devons promouvoir auprès de ces acteurs ainsi qu'auprès des patients le caractère totalement médical de notre profession.
- En ayant soi-même une démarche médicale et scientifique : je suis passé par un cabinet où gérer une urgence signifie "imprimer l'ordonance enregistrée dans Julie avec Clamoxil, Solupred, Dafalgan et Eludril", sans examen, sans diagnostic.
- En communiquant avec nos patients.
- En correspondant avec nos confrères médecins, mettre en place des liens entre notre spécialité et les leurs.
28/12/2010 à 20h49
+ 1 100
( nombre de nouveaux praticiens chir dentistes formés par la France/an ) :)
28/12/2010 à 20h49
> Si nous ne sommes pas médecins de titre, nous le
> sommes cependant de fait.
> - En correspondant avec nos confrères médecins, mettre en place des liens entre
> notre spécialité et les leurs.
>
D'accord avec quasi tout sauf que nous ne sommes pas médecins ni de titre ni de fait... et ils ne sont pas nos "confrères". Ils sont comme d'autres professions médicales des collègues dans le meilleur des cas.
Nous n'appartenons pas à la même confrérie et n'avons pas les mêmes connaissances ni les mêmes études, ni les mêmes origines quant à nos professions (mais alors pas du tout). Je ne fais d'ailleurs aucun jugement de valeur ni classification. Est-ce qu'un chou est mieux qu'une carotte ? Pourtant les deux se mangent, ce sont tous les deux des légumes et cela n'a rien à voir...
La carotte ne considère pas le chou comme un "confrère" même lorsqu'ils sont dans la même marmite. :+))
D'ailleurs pour vous assurer de ce que je dis, demandez aux médecins ce qu'ils en pensent !! Je me marre dirait Coluche
28/12/2010 à 21h09
dudule écrivait:
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> D'accord avec quasi tout sauf que nous ne sommes pas médecins ni de titre ni de
> fait... et ils ne sont pas nos "confrères". Ils sont comme d'autres professions
> médicales des collègues dans le meilleur des cas.
> Nous n'appartenons pas à la même confrérie et n'avons pas les mêmes
> connaissances ni les mêmes études, ni les mêmes origines quant à nos professions
En pratique, nos démarches au quotidien sont si similaires : inspection, palpation, réflexion, diagnostic, traitement le tout sur des bases scientifiques de niveau équivalent.
L'analogie avec les légumes est bien vue : on a souffert longtemps de la recherche du titre (voir : le livre blanc de la stomato...). Ça ne me dérange pas d'être "chirurgien-dentiste" et de ne pas être "médecin".
Je débute mon exercice, je m'investis pour établir une démarche scientifique et médicale avec mes patients : beaucoup de ce que j'ai connu pour le moment m'incite au contraire... Mais je ressens parfois une absence totale de reconnaissance.
28/12/2010 à 23h52
Notre exercice se rapproche plus de celui d'un chirurgien que celui d'un médecin sauf pour les quelques uns qui font de la dermato buccale.
29/12/2010 à 01h15
TiGabi écrivait:
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> Mais je ressens parfois une absence totale de
> reconnaissance.
Pour les patients nous sommes de vulgaires revendeurs de couronnes, certains nous élèveraient au "rang" des kinés, infirmiers, bref, paramédic. Mais "profession médicale"? Aucun n'y pense. Aucune reconnaissance.
Pour les médecins nous sommes les ratés du concours pcem1 (et ce même si certains des mieux classés choisissent dentaires, ils deviennent de fait des "médecins ratés"). Bref, des sous fifres. Ils nous le rappellent tous les jours, en ne répondant pas à nos courriers, par exemple, ou en modifiant nos ordonnances (et parfois pas dans le bon sens...). Aucune reconnaissance.
Pour les prothésistes, nous sommes des intermédiaires revendant "leurs" prothèses et appliquant au passage notre "marge". Aucune reconnaissance.
Pour les élus et l'administration, nous sommes des pompes à frics consentantes. Rien de plus, rien de moins. Aucune reconnaissance.
Pour les confrères, nous sommes des concurrents, je ne compte plus les cas de détournement de patientèle (ou on te charge copieux au passage, tes choix thérapeutiques étant alors responsables de tous les problèmes du patients, mais qu'il se rassure, il est "maintenant" en de bonnes mains ;) ). Aucune reconnaissance.
Il faut juste se faire à ça le plus tôt possible et faire avec, sinon tu cours à l'ulcère, car ta reconnaissance, tu peux toujours essayer (en vain) de l'obtenir!
(désolé portrait très négatif mais je pense très réaliste de la perception de notre profession au yeux des français. Un peu déprimant.)
29/12/2010 à 11h44
Nous exerçons une profession médico-chirurgicale
> spécialisée.
>
... les autres acteurs du réseau,
> médecins ou non, qui ont une méconnaissance de ce qu'est la médecine
> bucco-dentaire aujourd'hui.
>
D'un autre côté un médecin présent dans un sous-marin ou encore en poste dans les TAAF ne suit une formation en chirurgie-dentaire que de deux jours afin de faire le tour de notre "spécialité" dans le but de faire face à tous les problèmes dentaires que peuvent rencontrer une population de plusieurs dizaines d'individus isolés et non rapatriables entre 6 et 18 mois.
Alors à quoi bon estimer un boulot qu'on apprend en deux jours....
29/12/2010 à 12h50
sinuslift écrivait:
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> faire le tour de notre "spécialité" dans le but de faire face à tous les
> problèmes dentaires que peuvent rencontrer une population de plusieurs dizaines
> d'individus isolés et non rapatriables entre 6 et 18 mois.
Faire face ça veut dire savoir quand prescrire un antibiotique et quand prescrire un anti-inflammatoire, c'est ça ?
29/12/2010 à 13h22
Et savoir faire une tronculaire quand un patient te pète les burnes qu'il a trop mal à sa dent du fond en bas et que tu veux être tranquille vu que tu rentres chez toi dans une heure.
Deux jours, c'est beaucoup, j'ai appris tout ça à ma femme en une heure à l'époque où elle était interne. Et bien vous serez surpris qu'en une heure, elle en savait déjà 10 fois plus que tous les médecins qu'elle a pu croiser et qu'elle avait alors le culot de répondre aux médecins que non, le monsieur avec sa joue gonflée, on ne va pas lui mettre du nurofen en dose de cheval.
TiGabi: n'oublie pas cette dernière cause à la non-reconnaissance de notre profession: dans ta promo, quel pourcentage d'étudiants penses-tu capable de pondre un pavé comme celui que tu as rédigé ?
Les rares fois où je croise du monde quand je vais lire les dernières publication à la bibliothèque de la fac correspondent généralement aux périodes d'examen...
29/12/2010 à 14h00
Hier, l'assistante et moi avons amené une jeune fille de 18 ans aux urgences, parents injoignables : elle avait le côté droit du corps engourdi depuis 24h. Elle vient de m'appeler : elle me dit "c'est une sclérose en plaques" sur un ton si anodin, on ne lui a sans doute rien expliqué. J'ai le moral à zéro...
29/12/2010 à 14h07
Finalement, il vaut peut-être mieux se contenter d'une ignorance crasse que d'apprendre ce genre de nouvelles...
29/12/2010 à 15h28
Le Choixpeau magique écrivait:
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>
> Faire face ça veut dire savoir quand prescrire un antibiotique et quand
> prescrire un anti-inflammatoire, c'est ça ?
Ce serait bien si cela était vrai car ils seraient dans leur rôle. Mais cela inclu les soins et les extractions :-) (désolé)
29/12/2010 à 18h55
TiGabi écrivait:
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> Hier, l'assistante et moi avons amené une jeune fille de 18 ans aux urgences,
> parents injoignables : elle avait le côté droit du corps engourdi depuis 24h.
> Elle vient de m'appeler : elle me dit "c'est une sclérose en plaques" sur un ton
> si anodin, on ne lui a sans doute rien expliqué. J'ai le moral à zéro...
Ne te plains pas, ils auraient aussi pu lui dire que c'est de la faute de son dentiste... Me demande pas comment je sais...
29/12/2010 à 19h00
sinuslift écrivait:
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> Ce serait bien si cela était vrai car ils seraient dans leur rôle. Mais cela
> inclu les soins et les extractions :-) (désolé)
Mais bien sûr, et tu vas me dire qu'ils font des endos sous digue et qu'ils posent des implants dans leur sous-marin ? Ils ont un bon labo pour les facettes ?
Tous les troufions qui sont envoyés en mission dans des endroits sans dentiste doivent faire un bilan dentaire avant et au moindre doute ils sont obligés de rester au bercail.
Même si il ne s'agissait que d'extractions, le médecin qui apprend ça en deux jours pour aller ensuite le faire dans son sous-marin (l'aspiration chirurgicale elle est aussi branchée sur le réacteur nucléaire ?), je n'y crois pas une seule seconde.
29/12/2010 à 19h59
Le Choixpeau magique écrivait:
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> Mais bien sûr, et tu vas me dire qu'ils font des endos sous digue et qu'ils
> posent des implants dans leur sous-marin ? Ils ont un bon labo pour les facettes
> ?
>
> Tous les troufions qui sont envoyés en mission dans des endroits sans dentiste
> doivent faire un bilan dentaire avant et au moindre doute ils sont obligés de
> rester au bercail.
> Même si il ne s'agissait que d'extractions, le médecin qui apprend ça en deux
> jours pour aller ensuite le faire dans son sous-marin (l'aspiration chirurgicale
> elle est aussi branchée sur le réacteur nucléaire ?),
Désolé de te contredire mais je suis réserviste depuis plus de dix ans, toujours en activité dans la réserve opérationnelle, j'ai plusieurs missions Opex à mon actif et cela me permet de te confirmer mes dires.
L'état bucco dentaire des personnels en mission n est pas à la hauteur des obligations ce qui explique la présence d un chirugien dentiste sur la plupart des theatres d operation ( s'il etait si bon il n y en aurait pas besoin....)
Malheureusement les fameuses visites d aptitude sont faites pour la plus grande part par des praticiens libéraux ignorant les motifs d aptitude ou d inaptitude au depart en Opex/embarquement....la disparition du service y joue pour beaucoup.
Je t oriente vers cet article redigé par un confrere engagé :
http://www.information-dentaire.fr/pdf/11048_idvol92n29p22-26.pdf
Pour ce qui est des soins je n ai parlé ni d endo, prothese ou autre digue mais de soins d urgence...et d extraction ca c est sur.
Le Choixpeau magique écrivait:
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je n'y crois pas une seule
> seconde.
Ne denigre pas d office quelquechose que tu ignores.
31/12/2010 à 19h00
sinuslift écrivait:
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> D'un autre côté un médecin présent dans un sous-marin ou encore en poste dans les TAAF ne suit une formation en chirurgie-dentaire que de deux jours afin de faire le tour de notre "spécialité" dans le but de faire face à tous les problèmes dentaires que peuvent rencontrer une population de plusieurs dizaines d'individus isolés et non rapatriables entre 6 et 18 mois.
Effectivement et pour les sous-marins (les TAAF je ne sais pas), les médecins embarqués n'y connaissent rien au dentaire, les membres de l'équipage vont d'ailleurs se faire soigner dans le privé avant. Le médecin de bord ne sait que poser un cavit ou extraire une 11 avec une valise satelec (sur le Charles de Gaulle, c'est différent, il y a un dentiste). Par contre pour les "non rapatriables", sur snle c'est maximum 3 mois (et non 6 à 18) et encore moins pour les sna qui peuvent même avoir des evasan.
31/12/2010 à 19h12
"Des soins dentaires : des plombs qui cèdent, des dents qui cassent, le traitement se cantonne souvent à un plomb provisoire, des antalgiques locaux et/ou per os. "
IV- Pathologies rencontrées:
http://www.copacamu.org/spip.php?article249
31/12/2010 à 19h45
sinuslift écrivait:
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> > Malheureusement les fameuses visites d aptitude sont faites pour la plus grande
> part par des praticiens libéraux ignorant les motifs d aptitude ou d inaptitude
> au depart en Opex/embarquement....la disparition du service y joue pour
> beaucoup.
>
C'est sur que lorsqu'il y avait le service c'était plus performant..... Tu n'imagines meme pas à hourtin le nombre de bleus bites que j'ai classé G2. Ben oui parcequ'il ne fallait pas en coller trop en G3 et que les classer G3 T (temporaires à soigner sur place)aurait été impossible à moins de me greffer 20 paires de bras pour effectuer le boulot en 3 semaines....