Tous les forums
Le privé prêt à gérer les hôpitaux en perte
27/01/2012 à 14h06
Le privé prêt à gérer les hôpitaux en perte
source le figaro
Mots clés : Hôpitaux publics, Santé, Jean-Loup Durousset, Lamine Gharbi, Frédéric Valletoux, Fédération de l'hospitalisation privée
Par Armelle Bohineust Mis à jour le 26/01/2012 à 21:13 | publié le 26/01/2012 à 19:34 Réactions (4)
L'hôpital de la Timone, à Marseille. En 2012, les hôpitaux publics ont enregistré une dette de 24 milliards d'euros. Crédits photo : © Moura / Alpaca / Andia.fr/© Moura / Alpaca / Andia.fr
S'abonner au Figaro.fr Dans une charge violente contre la situation financière des hôpitaux publics, la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP) réclame la mise sous tutelle des établissements en déficit et propose de participer à leur gestion.
Le patrimoine des Hospices civils de Lyon pèse 600 millions d'euros. Il inclut 1550 logements, loués parfois 1 euro par mètre carré (70 euros par mois pour un trois-pièces!) aux cadres du groupe hospitalier lyonnais. Celui-ci est pourtant en déficit depuis des années et sa dette, multipliée par huit en dix ans, approche le milliard d'euros, souligne Jean-Loup Durousset, président de la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP). À Marseille, la dette (1,2 milliard d'euros) équivaut au budget de fonctionnement. Autre raté: les renflouements d'hôpitaux (19 millions versés en décembre 2011 à Lens pour un déficit de 33 millions, 40 millions accordés au CHU d'Amiens depuis 2010, mais un déficit de 7 millions) n'épongent pas grand-chose. Mais «personne ne s'en émeut», déplore Jean-Loup Durousset.
Le résultat, c'est 24 milliards d'euros de dettes pour les hôpitaux en 2010, un montant doublé en sept ans. «Le système de santé est drogué à la dette», résume Jean-Loup Durousset. Ce montant doit cependant être rapporté à la soixantaine de milliards d'euros de budget annuel des hôpitaux, et son accroissement s'explique en partie par un rattrapage après des années de sous-investissement.
Mais le système est d'autant plus mal réglé que les tarifs des hôpitaux publics sont «plus élevés que ceux des cliniques de 28%», ajoute la FHP. La dotation censée couvrir en partie les missions spécifiques des hôpitaux (urgences…) a été multipliée par deux, à 8,3 milliards d'euros, en six ans. Elle est devenue un versement qui rémunère les défaillances des hôpitaux au lieu d'être liée à leur rigueur et à leurs efforts de gestion, accuse Jean-Loup Durousset.
Afin de «cesser de plomber le système de santé», la FHP met en avant dix propositions. Elle réclame la transparence des chiffres et la publication de la liste des hôpitaux publics en déficit depuis cinq ans. Elle propose de placer sous administration provisoire tous les hôpitaux publics en déficit depuis cinq ans, y compris ceux de Paris, Lyon et Marseille, comme ce serait le cas de cliniques privées en difficulté. Et, provocation pour provocation -il y a quinze jours, ce sont les hôpitaux publics qui proposaient d'organiser eux-mêmes les gardes en ville-, les cliniques privées se disent même prêtes à en assurer la gestion, comme cela se pratique en Suède ou en Grande-Bretagne.
Davantage de cliniques en déficit
«Ce débat est stupide et certains chiffres, irréalistes», rétorque Frédéric Valletoux, président de la FHF, qui regroupe les hôpitaux publics. «Absurde, dit-il de confier la gestion des hôpitaux, dont 37% seulement sont en déficit, aux responsables des cliniques privées, puisque davantage encore d'établissements privés (43%) sont dans le rouge.» Mais, s'il est difficile de s'attaquer aux 31 gros hôpitaux, «pourquoi ne pas commencer par restructurer les petits, plus de 1000?» propose Lamine Gharbi, patron de la branche médecine, chirurgie, obstétrique de la FHP. Les milliards économisés pourraient être affectés au financement de la prévention et aux besoins réels des Français, qu'il s'agisse de médicaments ou de soins, proposent Lamine Gharbi et Jean-Loup Durousset.
27/01/2012 à 16h32
Débat technique qui n'a rien à gagner aux diverses chamailleries et caricatures.
Le privé a des difficultés comme le public. C'est surtout les recettes (la T2A) et l'organisation territoriale (la répartition des lits) qui plombent les résultats, et non l'organisation du public ou une "culture du déficit" !.
Le "public" est désormais géré comme une entreprise, et il n'y a plus guère de différences avec le privé, hormis les missions classiques de service public.
... si on garde à l'esprit que le patrimoine "non hospitalier" des hopitaux publics est très important et nettement sous-exploité.
Il faut effectivement commencer par les petites structures, et diminuer drastiquement le nombre de lits, mais ça demande un gros travail de compensation sur le médico-social, le SSR et l'ambulatoire. Ce n'est ni simple ni rapide.
Par dessus se pose le problème des territoires : peut-on fermer un hôpital "local" si cet hôpital est le seul à la ronde, ... et la seule structure susceptible d'attirer des médecins libéraux ambulatoires qui ont besoin d'un relais ?
Se posent aussi les effets de seuil. L'exemple des maternités est parlant. Il faut 300 accouchements pour être conforme aux textes (et avoir une qualité suffisante). Mais il faut bien 500 à 700 accouchements pour que le service soit financièrement rentable. En milieu urbain, ça passe à l'aise (que ce soit public ou privé), mais en milieu semi-rural, c'est quasiment impossible !
Si on "ferme" les établissements inférieurs à 500 (par exemple), ça impose des transports et donc des accouchements à risque. En conséquence, les maternités, dans certains endroits, restent ouvertes, malgré un déficit financier récurrent et impossible à corriger.
Cet aspect "aménagement du territoire" reste le plus gros des problèmes à résoudre dans l'organisation des soins. Il faut faire des choix, des choix douloureux... et ce n'est pas une question de privé ou de public.
Parmi les établissements "publics" qui sont dans mon "enveloppe", j'ai un seul motif de mécontentement : la gestion par les établissements publics de domaines que je considère ne pas être de leurs compétences.
Les hôpitaux publics "sanitaires" gèrent, par exemple, parfois, des établissements médico-sociaux. Or, il n'ont ni le personnel adapté, ni les compétences. J'aimerais qu'ils les larguent, quitte à les donner à des opérateurs privés non-lucratifs. Je pense que ce n'est pas un hasard si ce sont ces structures qui me posent le plus de problèmes de fonctionnement (et de déficit).
Aujourd'hui, dans "Acteurs Publics" :
Les cliniques privées à la tête d'hôpitaux publics endettés ?
La Fédération de l'hospitalisation privée veut gérer les hôpitaux publics endettés, qu'elle estime plongés dans une "culture du déficit". C'est une "insulte au service public hospitalier", répondent les hôpitaux publics.
27/01/2012 à 16h58
j'etais sûr que tu allais intervenir!!
et a ton avis (sans ironie aucune) si on augmente le tarif des actes, cela donnerai quoi?
27/01/2012 à 18h22
Strictement aucun effet !... voire plus mal !
Les hopitaux seraient équilibrés plus confortablement, et donc investiraient dans de l'équipement ; et parfois investiraient n'importe comment. Exemple : la recherche du profit immédiat sans justification médicale (l'IRM pour "faire du genou", ce qui n'est pas utile mais lucratif !).
Mais il est vrai que parfois, dans certains hopitaux sous tutelle, c'est la vraie misère !
Ce n'est pas le principe de la T2A qui est mauvais, c'est juste que certains actes sont franchement mal rétribués (comme par hasard, les actes les plus complexes), et d'autres trop largement, ce qui déséquilibre la distribution des soins.
En ce moment, d'une façon ou d'une autre, c'est le contribuable qui paie le découvert bancaire.
Si la T2A augmente, ce n'est plus le contribuable, mais la sécu... donc l'assuré et le contribuable. Honnêtement, c'est blanc bonnet et bonnet blanc.
On a besoin, incontestablement, d'un tour de vis : on a trop de lits, mal répartis, mal organisés, avec des doublons. Organisation des soins sur le territoire et diminution du nombre de lits, les 2 thèmes sont incontournables.
Mais tout ça se travaille en amont, avec l'ambulatoire-libéral, et c'est pas facile à faire admettre tant aux hospitaliers qu'aux politiques... et les libéraux devront bosser plus pour absorber les "hospitalisations à domicile" et les chroniques... ce qui ne va pas faire que des heureux !
Quant à la lutte privé/public, c'est du bidon. C'est vieillot, tout le monde s'en fout, sauf les intégristes des deux camps.
Il restera toujours des cliniques haut de gamme, chères, mais du moment qu'elles sont performantes et pas à la charge de la sécu, pourquoi pas ?
27/01/2012 à 19h30
ameli, toujours ce regard sincère mais biaisé.
"Quant à la lutte privé/public, c'est du bidon. C'est vieillot, tout le monde s'en fout, sauf les intégristes des deux camps.
Il restera toujours des cliniques haut de gamme, chères, mais du moment qu'elles sont performantes et pas à la charge de la sécu, pourquoi pas ?"
2 caricatures grossières et fausses dans ta conclusion.
Cette lutte n'est pas bidon, loin de là. Mais la lutte public/privé pour gérer une structure publique sans aucune autonomie, l'est.
La lutte est celle d'une gestion libre contre une gestion dirigiste.
Nous sommes arrivés dans un monde de novlangue ahurissant.
Privé ne veut plus rien dire d'autre que le gestionnaire d'une société publique serait une personne ayant un contrat de travail de droit privé.
Privé veut dire que la structure devienne autonome et ne réponde plus à des directives d'en haut, que plus aucun fonctionnaire ne figure dans son personnel.
Et ça , on en est loin, très très loin.
Ensuite sur le fond, c'est quand même dingue de lire que dans un système totalement centralisé, où a quasi totalité des décisions importantes viennent d'en haut, la solution passe par encore plus de réglementation et de centralisation.
Ce pays est foutu, les esprits intelligents sont totalement pervertis et sincères.
27/01/2012 à 20h08
Pour bien connaître les hospices civiles de Lyon, le principal problème, c'est la gabegie complète à tous les étages.
Prenez une structure hospitalière important avec une patrimoine important. Analysez tous les postes de dépenses, tous les services, toute la gestion, tout tout tout et faites EXACTEMENT ce qu'il ne faudrait SURTOUT PAS faire. Et vous obtenez les hospices civils de Lyon.
Forcément, quand personne ne finit à la porte et que personne ne se fait virer quand il fait de la merde, ça finit par se voir.
28/01/2012 à 16h13
wakrap écrivait:
----------------
> Ensuite sur le fond, c'est quand même dingue de lire que dans un système
> totalement centralisé, où a quasi totalité des décisions importantes viennent
> d'en haut, la solution passe par encore plus de réglementation et de
> centralisation.
Oui, et ce n'est pas un plaisir. Permettre à n'importe quel établissement de faire n'importe quelle activité, et attendre que l'offre s'écrème par les faillites, c'est condamner les établissements, mais surtout la santé sur le territoire concerné.
Les établissements sont autonomes dans leurs fonctionnements, mais de plus en plus "sous surveillance" comptable.
Quelquefois, la surveillance se remplace par de la gestion directe, quand survient la crise. Et cette crise est souvent salutaire, car elle force aux rapprochements entre établissements, pour se répartir les services, et donc se spécialiser et passer au-dessus de ces seuils de rentabilité.
Avoir deux concurrents sur une spécialité sur un territoire, aucun n'atteint le seuil, et ça fait deux faillites... et un trou dramatique dans la cartographie de la spécialité ! C'est le monopole par territoire qui garantit le bon fonctionnement du service, qualitativement et financièrement.
La question est : pourquoi les établissements n'ont-ils pas organisé seuls cette répartition des compétences avant la mise sous tutelle administrative ? A cause de pressions politiques, syndicales, oui. Mais surtout à cause du lobbying médical : chacun défend sa chapelle et son pré-carré. L'administration remet de l'ordre, par défaut, car certains préfèrent la faillite à la remise en cause de leur politique. Et c'est valable tout autant pour le privé pur, pour le privé non lucratif, ou pour le public.
Il faut mettre du sang neuf chez les directeurs ! et leur apprendre à se parler entre eux : chaque établissement doit se trouver son créneau de performance.
A part les très gros établissements (type CHU), à cause de ces seuils de rentabilité, les établissements ne peuvent plus tout faire et être de multi-spécialistes.
La dérèglementation que tu souhaites n'est pas applicable sur le terrain. Des régions entières se videraient de structures hospitalières