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Le naevus, le ministre et le melanome
09/04/2012 à 18h11
C'est l'histoire d'un homme politique, un ministre, il est sorti evidemment de l'ENA, il a été maire d'une ville moyenne puis député et le voila ministre (de ce que vous voulez). Sa fille a 15 ans, elle est en seconde à Louis Le Grand et on vient de constater que son petit grain de beauté sur l'épaule gauche avait tendance à grossir en taille.
Ni une ni deux, notre homme téléphone à Charles-Eric, son copain d'enfance qui a mal tourné, il est cancérologue et a son cabinet privé à Neuilly.
Consultation l'après-midi même: Tu as bien fait de venir Pierre, il a pas un bel aspect ce grain de beauté, il va falloir le retirer avant que ça ne tourne mal, tu sais ce qu'est un mélanome?
Je te laisse les coordonnées d'Edouard, tu sais, celui qui avait le beguin pour la prof de math en 3ème, il est dermato à Cochin.
Mais, il faut que je te dise, tu as bien fait de ne pas consulter directement un dermato.
Ah bon, pourquoi donc?
Les dermatos, ils ont de plus en plus tendance à les laisser les naevi, les grains de beauté si tu préfères.
Quoi! qu'est-ce que tu me chantes là?
Ben oui, tu vas trouver ça délirant, mais un dermato qui diagnostique un naevus à retirer, il est emmerdé parce que le RDV qu'il va fixer pour l'acte lui fera perdre de l'argent.
Quoi? comment ça perdre de l'argent.
C'est simple, la cotation de cet acte n'a pas été revalorisée depuis 1972, en fait en euros constant, il a perdu 78% de sa valeur, du coup, cette intervention coûte plus cher à effectuer que ce que prévoit leur nomenclature.
Mais c'est absurde, surtout que si le grain de beauté dégénère, ça va couter une fortune au système, sans parler du coût humain.
Complètement d'accord, Pierre.Les dermatos, ça fait plus de quinze ans qu'ils le disent, mais ça n'interresse personne, qui s'interresse aux dermatos, et puis bon, globalement, leur revenu est plutot correct.
Donc, si j'etais pas ministre, si j'etais allé voir un dermato quelconque pour Anne Elise, il aurait pu mettre sa santé en danger pour une vulgaire histoire de pognon?
Oui, mais bon, tu connais beaucoup de gens qui acceptent de bosser pour perdre de l'argent toi?
C'est dingue ce que tu me racontes, j'en parles dès demain à Xavier, il va en parler à Nicolas, ça pourra même peut etre servir pour la campagne, tu sais qu'on est mal barré.
Cette histoire est heureusement pure sciences fiction. Il n'existe pas dans notre pays de profession médicale qui effectue des soins à perte.
09/04/2012 à 18h48
Excellente histoire ,tellement excellente que j'y ai cru du début jusqu'à la fin.
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CONTRE LA SIGNATURE DE CET AVENANT
09/04/2012 à 18h57
C'est vraiment bon, à un moment j'ai presque culpabilisé de râler pour notre propre condition d'exercice, avant de me rappeler que nous étions la seule spécialité médicale qui ne bénéficie pas du secteur 2!!!!
10/04/2012 à 00h55
C est l histoire d un gastro en plein été qui vient de diagnostiquer un cancer du pancrea , cette patiente doit être opèrée en urgence mais aujourd hui pas de rdv avant un certain temps car les chir digestifs présents de la clinique ne font plus que des bypass, le premier rdv dispo n est pas avant 2 mois ....
On ne va pas déprogrammer des opérations pour un pancrea qui nécessite 6 heures d intervention . Déjà qu on a viré un chir du groupe qui ne voulait pas faire de bypass car il faisait baisser le chiffre ....
10/04/2012 à 10h36
Je pense sincèrement que notre particularité sur les soins, c a d que , un omnipraticien utilise 2/3 de son temps, c a d 2/3 de don energie, de ses competences, de son intelligence pour travailler pour la gloire, pire, il finance cette activité de sa poche est juste INCROYABLE!
Et donc, comme tout ce qui est incroyable, personne n'y croit:
Nous, dentistes, commençons à réaliser ce non-sens.
Il y a pas si longtemps, je discutais avec certains confrères qui relativisaient la chose: "oui, mais on a la prothèse qui nous fait vivre, et puis on s'en sort encore pas mal...
Le discours du "syndicat" y est pour beaucoup: le fameux : "c'est mieux que si c'était pire"...
Les patients: J'ai essayé d'aborder et d'expliquer ce non-sens à certains de mes patients: très peu de compréhension, juste quelques moues étonnées et très dubitative (v'la les dentistes qui s'plaignent maintenant..)
Les politiques: les dentistes?: combien de bataillons? revenu moyen? vous voulez que moi je les "augmente"! AU FOU!,
Y'en a qui savent, mieux que nous même, c'est Rocky and Co.
Ils ont les chiffres, ils les gardent précieusement. Ils savent exactement comment ça se passe à l'étranger, ils connaissent les enjeux de santé publique, mais comme le dit si bien améli, ils distribuent leurs deniers aux plus disants. Et nous sommes loin d'être les meilleurs car pas encore assez dans le caca pour comprendre à quel point notre système est juste digne d'Ubu.
Je reste quand même optimiste car il semble que les choses bougent: Le jour où nous serons, nous, tous les dentistes, persuadés de ça, même la CNSD devra suivre le mouvement.
En face, ils sont prêts à tout (ils ont déjà commencé en manipulant les médias) pour rester dans le mensonge qui les arrange bien.