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LE VRAI VISAGE DES RESEAUX DE SOINS
07/12/2016 à 16h02
tout est dit....
Le vrai visage des réseaux de soins
Posté le : 1 décembre 2016
Rapport publié le 1er décembre 2016
L’argumentaire des OAP (organismes d’assurance privés) et de leurs plateformes commerciales, fidèlement repris dans le rapport Astéres, tente de réduire le rôle de l’Assurance Maladie dans l’avenir du système de santé. L’assurance maladie prend en charge 76,6% des dépenses de santé, exactement comme en 2000. La maitrise des dépenses depuis dix ans se fait au rabot.
Ce n’est pas tant le niveau des dépenses de santé qui est en cause que l’allocation de cette dépense et son efficience. La France connaît une sur-dépense hospitalière et une sous-dépense ambulatoire, relativement aux pays développés comparables. Les mesures structurelles conduisant à des gains d’efficience – le virage ambulatoire, la structuration des parcours de soins des patients ALD, la réforme du financement et de la gouvernance pour baisser les coûts administratifs – n’ont pas été prises. Si les OAP ont un rôle à jouer dans l’avenir du financement des dépenses, il doit être davantage encadré et ne pas interférer avec la gouvernance des soins.
Les accusations répétées sur la responsabilité des pratiques tarifaires des professionnels de santé dans les difficultés d’accès aux soins ne sont étayées d’aucune preuve. Une analyse européenne comparée des prix en optique et en audioprothèse démontre que les prix français sont dans la moyenne basse européenne. Tout patient peut trouver chez un opticien des équipements premier prix à 29 euros, soit un budget moyen annuel de 10 euros. Les garanties des contrats collectifs en optique sont largement déconnectées des besoins réels sanitaires et sont le principal facteur inflationniste du marché. Avec une logique de régulation par des prix bas et des volumes élevés, les réseaux de soins conduisent à une baisse de la qualité des soins et un effet recours en hausse qui se traduisent in fine par une hausse des dépenses.
La régulation par la qualité défendue par les réseaux est une chimère. Le rapport reprend l’argument des réseaux concernant la soi-disant satisfaction des patients qui passent par les réseaux. En réalité, cette satisfaction est générale à l’ensemble des usagers vis-à-vis des professionnels de santé en France et est inférieure quand on compare cette satisfaction pour des services délivrés en réseau et hors réseau. Les plateformes commerciales s’attribuent un rôle de détecteur des fraudes et de gendarme des marchés pour lequel elles n’ont ni compétence ni légitimité. Il en est de même dans la régulation de la qualité de soins. Le modèle économique des plateformes commerciales est déconnecté de la qualité des soins et répond à une logique financière de court terme.
Les frais de gestion astronomiques des OAP diminuent le retour sur cotisations des assurés et donc la qualité de la couverture du risque. Les primes des contrats des OAP ont augmenté de 3,5% par an depuis 2000, soit 1,3 milliard d’euros chaque année. Plus de 50% de cette hausse est due à l’augmentation des frais de gestion et d‘acquisition. La segmentation des risques entre les actifs (contrats collectifs) et les inactifs (contrats individuels) creuse les inégalités d’accès aux soins et les renoncements. Plus de la moitié des remboursements des OAP (15 milliards d’euros) couvrent les tickets modérateurs de ville qui représentent un non risque aux dépens d’une couverture du vrai risque, la partie libre des tarifs. C’est ainsi que le marché des OAP est devenu un marché de rente. La stigmatisation des tarifs libres des professionnels de santé vise à renforcer cette rente.
Le défaut de régulation des OAP se retrouve avec une plus forte acuité au niveau des plateformes commerciales. Elles sont à la fois juges et parties dans les décisions prises au nom des assurés, sans aucune supervision d’une autorité indépendante. C’est une menace pour le respect du secret médical, la non sélection du risque et l’utilisation des données de santé.
Les réseaux de soins instituent une médecine à deux vitesses, de qualité et innovante pour les uns, low-cost pour les autres. La médecine des réseaux de soins est inévitablement de moins bonne qualité du fait de la baisse de la qualité des services et des freins à l’innovation que représentent les pratiques des réseaux de soins. L’évolution vers une situation d’acheteurs de plus en plus monopolistique des réseaux de soins est contraire au principe d’une économie de l’innovation. Plus les réseaux se développeront et augmenteront leur pouvoir de négociation, plus la qualité des soins se dégradera pour la classe moyenne qui sera « piégée » dans les mailles du filet des réseaux. La modulation des remboursements augmentera au fil du temps pour contraindre les assurés à ne pas sortir des réseaux.
Les réseaux, centrés sur les soins (en aval du risque), sont anachroniques avec l’évolution stratégique du risque santé qui sera de plus en plus globale, tout au long du cycle de vie des assurés (en amont du risque). Ils seront un handicap majeur pour l’efficience de notre système de santé s’ils sont conservés. Ils remettent en cause les principes fondamentaux du système de santé à la française concernant la liberté de choix de son professionnel de santé et l’égalité d’accès aux soins de qualité qui suppose l’indépendance professionnelle des soignants. Ils correspondent à une privatisation de la gestion du risque qui rompt avec les principes solidaires de notre système de santé. La loi Le Roux a marqué un choix politique pour la privatisation de notre système de santé, non assumé politiquement mais bien réel.
Frédéric Bizard
07/12/2016 à 16h22
un petit envoi R-A à MST lui permettrai de remettre ses idées en place !! on peut rêver !!!!
07/12/2016 à 17h53
Frederic Bizard est un économiste spécialisé dans le domaine de la santé. Il enseigne à Science Po et à Paris Descartes.
Il est plutôt libéral (un euphémisme) et inspirateur des programmes de la droite.
C'est un type plutôt brillant et assez iconoclaste.
Evidement son discours ne passe pas très bien à gauche ...
Asterès, de son coté, est un cabinet de conseil dans le domaine économique dirigé par le très médiatique Nicolas Bouzou, prof à Paris II Assas et dont le discours écorche aussi les oreilles de la gauche. Mais il est plus ouvert et il (a) fait partie du groupe Keyser Söze réunissant les meilleurs économistes et qui est à l'origine du fameux rapport Attali.
Avec ces gens là, on est loin du discours de Marie Tournesol et de son prétendu redressement des comptes de l'assurance maladie. Même en terme de QI : c'est un autre monde ...
07/12/2016 à 19h01
Bebert. écrivait:
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>
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Désolé mais le rapport astarés vaudrait une note éliminatoire même au collège. Il consiste principalement en un pompage de l’étude interne de santéclair et ne propose pas bcp d'autres chiffres surtout sur l’évaluation des réseaux de soins.
Le travail fournis est largement insuffisant malgré le pedigrees de nicolas bouzou par ailleurs.
> Asterès, de son coté, est un cabinet de conseil dans le domaine économique
> dirigé par le très médiatique Nicolas Bouzou, prof à Paris II Assas et dont le
> discours écorche aussi les oreilles de la gauche. Mais il est plus ouvert et il
> (a) fait partie du groupe Keyser Söze réunissant les meilleurs économistes et
> qui est à l'origine du fameux rapport Attali.
>
07/12/2016 à 20h05
Bebert. écrivait:
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Merci Bebert pour ces precisions.
Je comprend pas le rapport avec Astrès mais pas grave car je trouve ce document très intéressant et je crois qu'il faudrait l'envoyer à 60 millions de consommateurs, aux journalistes de tous bords ....
07/12/2016 à 20h14
http://www.eugenol.com/sujets/415113-nouvelle-tude-sant-clair-ciss-60-millions-de-consommateurs
08/12/2016 à 13h24
"Avec une logique de régulation par des prix bas et des volumes élevés, les réseaux de soins conduisent à une baisse de la qualité des soins et un effet recours en hausse qui se traduisent in fine par une hausse des dépenses."
Tout est dit dans cette phrase.
Et c'est justement ce qu'une simple approche comptable d'économiste comme celle de Nicolas Bouzou ne permet pas de montrer: on croit faire des économies, mais à la fin du compte c'est l'inverse qui se passe.
Bouzou a en plus une haine quasi viscérale des corporatismes qui entretiennent, selon lui, une économie de rente et sont opposés à toute réforme (les taxis, les notaires, nous, etc.) et cela finit par biaiser son jugement (lui et beaucoup d'autres) devenant une véritable idéologie.
Entre des soins de qualité, comme on en voit souvent sur ce forum et de l'abattage de centre low cost, le vrai prix à payer, sur le long terme est clairement en faveur du praticien libéral. Je ne pense pas que Chicot29 refasse souvent les mêmes travaux (sauf peut-être sur sa femme ;)), et à la fin du compte il est bien moins cher d'aller se faire soigner chez lui (c'est un exemple parmi beaucoup d'autres) que dans le réseau Santé pas claire ou dans un centre low cost, même si au départ on va payer plus cher.
C'est malheureusement cela que les économistes, même intelligents comme N Bouzou, ne comprennent pas: ils raisonnent en cost-killers sans discernement.
Il en va de même des associations de consommateurs qui ne voient que le prix et non la plus-value de la qualité.
Pour les assureurs, c'est un peu plus pervers, car je crois qu'ils ont bien intégré l'équation, mais tous leurs réseaux de soins essayent d'obliger le praticien signataire à assumer une garantie quasi décennale des travaux effectués: ils veulent avoir le prix le plus bas mais aussi la qualité ce qui est antinomique.
Heureusement, le discours est peut-être un peu en train de changer après tout ce qui s'est passé, les scandales impliquant les centres low cost, et la réflexion de Frederic Bizard en est la preuve.
Souhaitons simplement que celui qui, dit-on, murmure à l'oreille de la droite soit entendu ... et compris.
https://www.fredericbizard.com/
https://www.fredericbizard.com/refondation-financement-de-sante-simpose-2017/
08/12/2016 à 13h58
Bebert. écrivait:
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> Pour les assureurs, c'est un peu plus pervers, car je crois qu'ils ont bien
> intégré l'équation, mais tous leurs réseaux de soins essayent d'obliger le
> praticien signataire à assumer une garantie quasi décennale des travaux
> effectués: ils veulent avoir le prix le plus bas mais aussi la qualité ce qui
> est antinomique.
"Docteur j'ai un abcès sous ma couronne, heureusement elle est garantie 10 ans par mon assureur......"
Comme c'est dommage, votre couronne n'est en aucun cas responsable de vos problèmes....-)))
08/12/2016 à 16h39
Cette garantie putative est à mon sens une escroquerie.
Nous sommes TOUS tenu à une obligation de moyen, MAIS la prothèse en elle-même reste dans le cadre de l'obligation de résultat.
Je sais que récemment les assureurs ont claironné la fin de cette obligation de résultat mais ils vont un peu vite en besogne.
En 2004, un juge avait ainsi délivré cet arrêt : « le chirurgien-dentiste est, en vertu du contrat le liant à son patient, tenu de lui fournir un appareillage apte à rendre le service qu’il peut légitimement en attendre, une telle obligation, incluant la conception et la confection de cet appareillage, étant de résultat »
En 2013, l’obligation n’est plus liée aux soins prodigués mais à la prothèse fabriquée et fournie par le chirurgien-dentiste.
Tout cela est soumis à interprétation..
https://www.macsf-exerciceprofessionnel.fr/Responsabilite/Actes-de-soins-technique-medicale/prothese-dentaire-defectueuse
DONC la garantie ne portant que sur la prothèse en elle-même, à l'exclusion des problèmes issus d'un usage anormal, ces assurances garantissent un bien de toutes façons garantie pour tout le monde.
N'est pas la définition de pratique commerciales trompeuses ?