Tous les forums
HAS déc. 2025 — pulpotomie sur dent permanente mature : vous avez changé votre pratique ?
03/07/2026 à 09h35
Dentarue écrivait:
--------
> - 3 « Le taux de succès est de 95% et identique à la dévitalisation » : Balancer un chiffre de 95 % sans préciser le contexte clinique ne signifie rien.
> Si la thérapeutique de conservation de la vitalité pulpaire sur dent mature affiche d'excellents résultats à court et moyen terme sur une pulpe saine elle chute drastiquement si le diagnostic de départ est erroné (pulpite irréversible débutante). Une méta-analyse d’essais randomisés rapporte un succès global 93,2% (IC95% 91,6–94,9) MAIS AVEC CERTITUDE FAIBLE .
Du coup c'est quoi l'intérêt de la pulpo par rapport à un simple coiffage pulpaire ?
03/07/2026 à 09h54
Si je te coupe un orteil ça paraît plus logique que ça dégénère moins que si je te coupe la jambe, non ? La surface de la plaie est moins grande.
Je laisse Dentarue qui est endodontiste répondre
03/07/2026 à 10h03
C'est rigolo le temps qui passe.
Quand j'ai commencé à travailler il y a 30 et quelques années, je récupérais des dents d'adultes de 30 ans avec des pulpotomies réalisées dans les années 70-80 lorsqu'ils étaient gamins. Souvent les dents étaient nécrosées avec des canaux calcifiés. (on avait quand même gagné 15/20 ans sur le TR)
A l'époque on déconseillait la pulpo sur dents définitive pour cette raison.
Donc s'il y avait effraction pulpaire, c'était TR direct pour une meilleur fiabilité.
30 ans plus tard plus personne ne fait de pulpo et hop on réinvente le concept .
C'est comme les préparation de prothèse vertiprep qui correspond aux préparation des années 70 80.
"La routourne tourne" comme disait un fouteux célèbre.
03/07/2026 à 10h05
Laroche écrivait:
-------
> Si je te coupe un orteil ça paraît plus logique que ça dégénère moins que si je te coupe la jambe, non ? La surface de la plaie est moins grande.
> Je laisse Dentarue qui est endodontiste répondre
Oui jusque la je te suis.
Si la pulpo ne doit être réalisée que sur une pulpe saine (indication = effraction) alors pourquoi aller la charcuter et ne pas se limiter à un simple coiffage ?
03/07/2026 à 10h27
Oui d’autant plus que ça doit être réservé à certains patients le coiffage . La majorité des Français est âgée , avec une mauvaise hygiène.
Souvent une bonne pulpec réalisée, on dort bien mieux sur ses deux oreilles plutôt que de jouer à l’apprenti sorcier.
03/07/2026 à 10h57
Et reste à éclaircir ceci :
Je vois que tu es conventionné, comment factures tu tout ça ?
Premier rdv de consultation, 23 euros ou cbct à 60 ?
Deuxième rdv 100 euros de pulpo pour un rdv de 45 minutes et le correspondant termine la restauration coronaire ? Et 45 minutes c’est certainement bien plus avec l’anesthésie, les 20 minutes de la biodentine… on ajoute préparation du plateau, débarrasse, nettoyage, désinfection, facturation, ordonnance, paperasse, conseils…
Puis les rdv de contrôles gratuits puisque faisant partie de l’acte global ?
Comment faire quand on est endo exclusif conventionné pour gagner sa vie avec ça sans frauder ?
03/07/2026 à 15h50
@Dentarue : c'est que ça bosse aujourd'hui !! Je vous réponds en fin de journée
Gregory
03/07/2026 à 18h10
@Dentarue : j'ai failli tomber de ma chaise en voyant que ce que tu mentionnes sur mon site est bien écrit !! Comment j'ai pu laissé passer ça à la relecture, je me le demande... Je suis presque surpris que ce ne soit pas écrit que la dent peut repousser voir que préserver la pulpe ramène l'être aimé et la fortune... Je vais contacter mon webmaster pour corriger cela dès que possible.
Je vais essayer donc de vous montrer que ce type d'approximation n'est pas globale chez moi :
- sur le taux de succès à 95% identique à la pulpectomie, à aucun moment c'est affirmer que c'est un traitement miraculeux, c'est uniquement la conclusion de plusieurs études. Elle peut te paraître incomplète ou mensongère mais c’est ton point de vue.
Si on creuse le sujet du recul clinique et de la certitude faible, mentionné en majuscule :
Je te rejoins là dessus : l'umbrella review de référence sur le sujet (Mtalsi et al., Cureus 2026, 11 revues systématiques évaluées en AMSTAR 2) confirme elle-même que la qualité des preuves disponibles sur la pulpotomie va de faible à très faible, à une exception près. Donc je suis d'accord avec toi sur ce point précis — la littérature de la pulpotomie n'est pas mature, et je ne prétendrai pas le contraire.
Mais il me semble que la comparaison "90-95 % en endodontie sous champ opératoire et microscope" pose un problème symétrique : ces chiffres proviennent de conditions qui ne reflètent pas la pratique réelle de la majorité des omnipraticiens, qui n'ont pas de microscope au fauteuil. Une étude portant sur près de 490 000 traitements endodontiques initiaux (Burry et al., J Endod 2016) montre d'ailleurs un écart de survie significatif entre spécialistes et autres praticiens à 10 ans. Donc comparer un chiffre de pulpotomie tiré d'une littérature à la qualité de preuve reconnue comme faible, à un chiffre d'endodontie tiré des meilleures conditions opératoires possibles, ce n'est pas non plus une comparaison honnête. La bonne question serait plutôt : quel est le taux de succès de l'endo réalisée par un omnipraticien sans microscope, en conditions de cabinet standard ? Là, l'écart avec la pulpotomie serait sans doute nettement moins spectaculaire.
- concernant cette phrase : il faudrait préciser qu’une fois nécrosée, après échec de tentative de conservation de vitalité, le pronostic du traitement canalaire chute malheureusement DRASTIQUEMENT. "Drastiquement", ça reste à quantifier — je n'ai trouvé aucune donnée dans la littérature qui chiffre cette dégradation de pronostic après échec d'une thérapeutique de conservation de vitalité. Tu as une source précise là-dessus, ou c'est une impression clinique ?
- enfin, concernant la cotation : je cote très souvent une reconstitution pré-endodontique car c’est nécessaire pour réaliser l’acte, dont le montant est établi librement au préalable (devis). Je réalise systématiquement l’obturation coronaire dans la séance, j’ajoute le coiffage pulpaire direct pour l’instant et les radios pré et post op. Si c’est en urgence, pas de cotation de RPE, j’aime pas mettre le patient devant le fait accompli. Avec la technique Endolight, cela prend entre 30 et 45 min selon la dent.
@tous : les indications de la pulpotomie c’est les lésions carieuses extrêmement profondes, pour lesquelles le coiffage pulpaire est contre-indiqué (et j’explique pourquoi dans mes articles) et en cas de pulpite sévère ou irréversible (qui contre indique aussi le coiffage pulpaire direct).
J’ai bien compris que vous n’étiez pas du tout convaincu par la technique sur ce forum mais elle a ses indications, ses avantages et inconvénients et elle doit intégrer l’arsenal thérapeutique de l’omnipraticien.
Sur ce, bon week end à tous et à Lundi pour la poursuite de l'échange
03/07/2026 à 18h42
Gregory FEJOZ écrivait:
-------------
> - concernant cette phrase : il faudrait préciser qu’une fois nécrosée, après
> échec de tentative de conservation de vitalité, le pronostic du traitement
> canalaire chute malheureusement DRASTIQUEMENT.
Il n’y a même pas besoin de sortir des chiffres ou des études , ça paraît tellement logique. Et effectivement ça se confirme avec l’expérience.
Il y a bien entendu plus d’échecs d’un traitement canalaire sur dents nécrosées qu’un traitement canalaire sur dents « vivantes »
Succès traitement endo pulpe saine > Succès traitement endo sur une dent avec pulpite > Succès traitement endo dent nécrosée
Et dans les dents nécrosées je rajouterais même des sous-catégories : Succès ttt endo sur dent nécrosée avec des racines de longueur « normale/classique » > Succès ttt endo sur dent nécrosée avec longues racines
Succès ttt endo sur dent nécrosée à racine droite > succès ttt endo sur dent nécrosée avec racine courbée
03/07/2026 à 21h07
Laroche écrivait:
-------
> Gregory FEJOZ écrivait:
> -------------
> > - concernant cette phrase : il faudrait préciser qu’une fois nécrosée, après
> > échec de tentative de conservation de vitalité, le pronostic du traitement
> > canalaire chute malheureusement DRASTIQUEMENT.
>
> Il n’y a même pas besoin de sortir des chiffres ou des études , ça paraît
> tellement logique. Et effectivement ça se confirme avec l’expérience.
>
> Il y a bien entendu plus d’échecs d’un traitement canalaire sur dents nécrosées
> qu’un traitement canalaire sur dents « vivantes »
> Succès traitement endo pulpe saine > Succès traitement endo sur une dent avec
> pulpite > Succès traitement endo dent nécrosée
>
> Et dans les dents nécrosées je rajouterais même des sous-catégories : Succès ttt
> endo sur dent nécrosée avec des racines de longueur « normale/classique » >
> Succès ttt endo sur dent nécrosée avec longues racines
>
> Succès ttt endo sur dent nécrosée à racine droite > succès ttt endo sur dent
> nécrosée avec racine courbée
Pardon mais "la logique et l'experience", c'est le degré zéro du fait scientifique en medecine.
Sinon on serait encore aux saignées et aux lavements.
La seule question que je voudrais poser à notre confrère d'un point de vue cotation c'est comment vous faites quand l'indication de pulpotomie vs pulpectomie se fait une fois qu'on est dans la chambre et que l'hémostase se révèle impossible ou qu'on voit des filets pulpaires détachés des parois dentinaires ? Et même question pour décider du temps prévu pour le rdv ?
04/07/2026 à 05h42
king_zoulou écrivait:
-----------
> Pardon mais "la logique et l'experience", c'est le degré zéro du fait
> scientifique en medecine.
> Sinon on serait encore aux saignées et aux lavements
C’est pourtant très simple à comprendre.
1) Canaux d'une dent saine : pratiquement pas de bactéries.
2) Canaux d'une dent avec pulpite : présence de bactéries, mais quantité variable selon le stade de la maladie.
3) Canaux d'une dent nécrosée : généralement la plus forte charge bactérienne et la plus grande diversité bactérienne.
Il y a peut-être certaines exceptions. Par exemple, une pulpite irréversible très avancée avec une carie profonde qui pourrait déjà présenter une contamination bactérienne importante, tandis qu'une nécrose très récente pourrait ne pas encore avoir une charge bactérienne maximale.
Et par conséquent, tout logiquement, plus il y aura de bactéries et plus le succès du traitement sera plus faible.
J’affirme sans aucun souci :
Pour une anatomie canalaire semblable ou proche et pour le même opérateur que le Succès traitement endo pulpe saine > Succès traitement endo sur une dent avec pulpite > Succès traitement endo dent nécrosée
04/07/2026 à 08h54
@Fejoz Effectivement, le taux de succès ne chute pas drastiquement quand la dent est nécrosée. C’est la présence d’une lésion apicale qui fait chuter le taux de succès, mais pas drastiquement.
Pour la cotation si la rcpe est acceptée dans le cadre de la TVP alors oui c’est viable effectivement.
Maintenant pour ce qui est du biais de symétrie, tu ne peux pas comparer une thérapeutique de vitalité pulpaire issue de la littérature (protocole strict : digue, biocéramiques, asepsie totale, sélection rigoureuse des cas) avec une endodontie dégradée 'de vraie vie'. Si on transpose la TVP dans un exercice quotidien sans digue ni rigueur d'asepsie, le taux de succès s'effondrerait de manière bien plus dramatique que celui de l'endodontie. La TVP ne pardonne absolument pas la moindre contamination salivaire.
Quant à l'étude de Burry (JOE 2016) sur 490 000 cas, elle évalue la survie à 10 ans, et celle-ci reste extrêmement élevée chez les omnipraticiens (~90-98% selon le groupe de dents).
L'endodontie conventionnelle (même sans microscope, mais sous digue et rotation continue) reste une thérapeutique hautement prévisible et reproductible. La TVP est une excellente option, mais elle demande la même rigueur d'isolement et un diagnostic per-opératoire de l'état pulpaire (qualité de l'hémostase) qui est parfois bien plus difficile à standardiser en omnipratique que la simple mesure d'une longueur de travail.
Bon week-end !
04/07/2026 à 09h34
Dentarue
T’as le même taux de succès entre une endo pulpe saine et une endo sur dent avec pulpite ?
Est-ce qu’on peut dire que
Succès d’une endo sur pulpe saine = Succès d’une endo sur nécrose aseptique > succès d’ endo avec pulpite aiguë > succès d’une endo sur dent nécrosée septique avec lésion ?
Ou juste dire
Succès d’une endo sur pulpe saine = succès d’une endo sur pulpite aiguë = succès d’une endo sur nécrose aseptique > succès sur endo sur nécrose septique avec lésion ?
04/07/2026 à 14h47
Ce que disent les meilleures données comparatives (pertinentes à tes 2 propositions)
• Pulpe saine vs pulpite (dent vitale) : pas d’argument solide pour dire que la pulpite aiguë a un taux de succès endodontique inférieur (en “survie” et en guérison périapicale), dès lors qu’il n’y a pas de lésion apicale au départ.
• La SR/méta-analyse ESE (28 études de cohorte, 1961–2021) rapporte que le statut pulpaire vital vs nécrosé n’est pas un prédicteur significatif de survie dentaire (RR ≈ 1.00) [2]. Et surtout, quand il n’y a pas de radioclarté préop, la différence vital vs nécrosé devient non significative pour la “santé périapicale” (RR ≈ 0.95, IC incluant 1) [2].
• Autrement dit, “vital = vital” (pulpe saine/pulpite) sur le plan du pronostic endodontique, les écarts étant davantage liés à la présence/absence d’AP et à la qualité technique qu’au libellé “pulpite”.
• Nécrose “aseptique” (sans lésion) : en pratique clinique, cette catégorie est difficile à isoler biologiquement, mais si on retient “nécrose sans radioclarté”, les données disponibles suggèrent un pronostic proche des dents vitales (différence non significative quand la radioclarté est absente) [2].
→ Donc pulpe saine ≈ pulpite ≈ nécrose sans lésion (à technique équivalente) est défendable.
• Nécrose septique avec lésion (AP/radioclarté) : c’est là que le taux de “succès” (au sens de guérison radiographique) baisse.
• Dans la méta-analyse, si radioclarté préop est présente, l’issue “absence de radioclarté” après endo est significativement plus favorable pour les dents vitales que pour les dents nécrosées (RR ≈ 1.12, 95% CI 1.05–1.19) [2]. Cela traduit concrètement que traiter une AP établie est moins prédictible que prévenir son apparition.
Conclusion pratique (entre tes 2 formulations)
La formulation la plus juste est :
Succès endo pulpe saine = succès endo pulpite aiguë = succès endo nécrose sans lésion > succès endo nécrose infectée avec lésion. [2]
Je ne recommanderais pas d’affirmer “pulpite aiguë < pulpe saine/nécrose aseptique” comme une hiérarchie générale, car les meilleures synthèses disponibles ne montrent pas un déficit de succès clair attribuable à la pulpite en elle-même, en dehors des situations où il existe déjà une pathologie périapicale (et/ou d’autres facteurs pronostiques). [2]