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Une 5 ou une 4
17/11/2020 à 11h37
pour Gai Luron :
Pierre Tallec. Un breton. Il m'a dit que mon grand père le gardait quand il était jeune dans un pays autour de Cast, proche de Locronan ou de Chateaulin, où on ne parlait français qu'à l'école communal. après avoir passé le certificat d'étude, Pierre Tallec s'était dirigé vers l'école des mousse du Dourdy. Mon grand oncle, ancien décédé de Mers El Kebbir, avait repéré ses dons de dessins et de sculpture. Il avait un ami qui était enseignant dans une école de prothésisite parisienne. Il a donc dit à Pierre Tallec : " Tu n'as rien à faire ici, je t'envoie à Paris !" Dans cette école, les études duraient trois ans. Il a été nommé enseignant lors de sa deuxième année d'étude. Trois ans après, il était enseignant en école dentaire.
C'est là qu'il rencontre un autre breton, Guy Penne. Pierre Tallec permettra semble-t-il à Guy Penne de poursuivre parallèlement une carrière politique (UNEF puis PS) et surtout de devenir l'éminence grise de Mitterrand. Il est dit qu'un grade administratif, celui d'ITARF a été créé spécialement pour lui.
Comme enseignant, il m'a sidéré. Il avait cette autorité naturelle incroyable qui faisait que dans un amphi de 150 personnes, on entendait les mouches volées.
Donc en TP, il ne fallait pas se faire remarquer. Il m'a accueilli par mon nom et mon prénom. il m'a expliqué son histoire à la fin du TP en tête à tête. Du coup, j'allais le voir dès que je pouvais. Il passait un temps énorme pour préparer les TP. Il les préparait individualisé et connaissait très bien chacun de ses étudiants. Il reconnaissait à la troisième ou quatrième sculpture sur cire l'étudiant(e) à son style (je l'avais testé sur mon TP, il avait tout reconnu. Une sculpture, un nom y compris le mien avec mon style tellement féminin disait-il) La barre d'exigence pour chacun était fonction des capacités qu'il décelait de chacun. Il paraissait sévère, intransigeant, alors qu'il était incroyablement bienveillant. Il avait la réputation de faire redoubler. Il m'a dit que cela l’arrangeait, mais qu'il n'avait jamais fait redoubler personne. Pour lui, un redoublement était plus l'échec d'un enseignant que d'un étudiant. Évidemment, si un étudiant le prenait de haut, il savait se faire respecter. Mais tu as raison, Gai Luron, ils aimaient ses étudiants, même ceux qu'il ne l'aimait pas.
Ses démonstrations étaient incroyables. Sculpture d'une 24 échelle 5 dans le dos en moins d'une minute par exemple, et en 45 minutes tu ne faisais pas mieux.
Chaque fois que je fais du plâtre, je pense à sa façon de faire en un tour de spatule et pas de bulle. En 37 ans, je n'ai toujours pas réussi à refaire cela et j'essaye au moins une fois par semaine.
Donc même avec uniquement les racines une 4 n'est pas une 5, mais tout le monde n'a pas eu Tallec comme prof.
17/11/2020 à 11h59
Moi aussi je l’ai bien connu. On se buvait un petit verre de pastis de temps à autre. On en a taillé des dents ensemble. Quelle époque ! Moi je taillais les dents en faisant le poirier main gauche main droite. Je taillais à l’aveugle avec un bandeau sur les yeux. Puis ensuite j’ai appris à tailler avec les pieds. Une fois on s’était enfilé un cubi de vin blanc, on s’est mis à tailler des dents, incisive canine prémolaire molaire le tout en 1m30 avec une main dans le dos pour compliquer l’histoire. C’est là que je lui ai appris à tailler les dents en jonglant : je taillais une dent 2 secondes, op je lui lançais le plâtre, lui pareil il taillait 2 secondes , il me renvoyait le plâtre etc etc etc . Faut dire qu’il avait un peu de mal à cet exercice, ça lui arrivait de faire tomber le plâtre au sol.
17/11/2020 à 12h50
vulpi écrivait:
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> Pour faire briller la cire, il fallait la frotter avec un bas.
Oui mais sans la fille dedans.
17/11/2020 à 15h31
Pangolin écrivait:
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> Moi aussi je l’ai bien connu. On se buvait un petit verre de pastis de temps à
> autre. On en a taillé des dents ensemble. Quelle époque ! Moi je taillais les
> dents en faisant le poirier main gauche main droite. Je taillais à l’aveugle
> avec un bandeau sur les yeux. Puis ensuite j’ai appris à tailler avec les pieds.
> Une fois on s’était enfilé un cubi de vin blanc, on s’est mis à tailler des
> dents, incisive canine prémolaire molaire le tout en 1m30 avec une main dans le
> dos pour compliquer l’histoire. C’est là que je lui ai appris à tailler les
> dents en jonglant : je taillais une dent 2 secondes, op je lui lançais le
> plâtre, lui pareil il taillait 2 secondes , il me renvoyait le plâtre etc etc
> etc . Faut dire qu’il avait un peu de mal à cet exercice, ça lui arrivait de
> faire tomber le plâtre au sol.
MDR t'es en forme pangolin
17/11/2020 à 16h05
Je vais même vous dire une chose. Avec Tallec , une fois qu’on avait fini de tailler nos dents , on en profitait pour faire des canulars téléphoniques. Faut pas croire il avait l’air sérieux, mais c’était tout le contraire. On téléphonait au doyen, et on se mettait à l’insulter de tous les noms d’oiseaux, type « peau de couille vieille branlue ». Le Doyen il ne savait pas que c’était nous , on raccrochait et on remettait ça toutes les semaines . Qu’est-ce qu’on se marrait bien à l’époque !
17/11/2020 à 18h11
Excusez moi, Pangolin.
J'ai eu une remontée de nostalgie. Certains vioques, comme vous le dites si élégamment, ont quelques fois ce problème. Heureusement que des jeunes interviennent pour nous remettre en place, nous les ridés, les décatis, les préalzheimers.
Et je me dis que moi aussi j'ai été jeune et que moi aussi je me moquais des anciens avec toutes mes certitudes ridicules, irrespectueuses et macrocéphaliques. Cela faisait rire les jeunes de mon âge. Nous savions à cette époque renverser les ordres établis de vieux pleins de certitudes ridicules et macrocéphaliques.
Zut ! Encore une autre montée de nostalgie ! Excusez-moi encore, cher ami !
PS : C'était une autre époque. Pour téléphoner, il fallait être chez soi et encore tous les chez soi n'avaient pas le téléphone. Chez moi, il n'est apparu que pour mes 14 ans. Autrement, il y avait les cabines téléphoniques (une cabine avec un téléphone dedans qui devait être encore à pièce à l'époque avant que les cartes à puce n'apparaissent)
Je n'ai jamais taillé de plâtre en anatomie dentaire. De la cire ou de la bakélite.
Deux types de bretons : ceux qui boivent et ceux qui réussissent.
17/11/2020 à 18h16
vernal écrivait:
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> J'ai eu une remontée de nostalgie....
> Zut ! Encore une autre montée de nostalgie !
T'inquiète pas, tant que t'as pas de montée de lait, tout va bien.
17/11/2020 à 18h47
Je m’en souviens très bien vernal, je m’entraînais à faire mes sculptures en regardant à la télé 5 colonnes à la une. À l’époque c’était en noir et blanc.
17/11/2020 à 18h59
A l'époque de 5 colonnes à la une, l'odontologie n'était pas encore universitaire. Cela voudrait dire aussi plus 50 ans de carrière. Impressionnant !
C'est bien, Pangolin ! Vous avez de la culture !
17/11/2020 à 19h15
Ce devait être à la Tour d'Auvergne à l'époque de cinq colonnes, école privée 3 ans d'études.
17/11/2020 à 20h05
J’ai même eu Gai-luron comme élève. Je lui ai appris les empreintes avec les bagues de cuivre. D’ailleurs je m’en souviens très bien, c’était un élève sournois et peu discipliné :)
28/02/2021 à 12h02
Bonjour Vernal,
Je ne sais comment ma jeune soeur qui réside près de Monaco a eu connaissance de ce forum ... personnellement je ne résiste pas au plaisir de vous écrire... Je suis la fille aînée de Pierre TALLEC.
Je vous remercie de votre publication le concernant qui nous touche profondément tant vos propos sont justes, bienveillants, voire élogieux.
Vous avez dû connaître mon père à Garancière à Paris où il a exercé de 1948 à 1968 ou peut-être ensuite à l'Université René Descartes à Montrouge, qu'il a quittée en 1990 pour sa retraite dont il n'a guère profité puisqu'il est décédé en 1993, à 68 ans... Il aurait 97 ans cette année !
Je garde très précieusement ses ouvrages et ses polycopiés, entre autres, sur lesquels il passait tant de temps au grand dam de sa famille !!! J'assistais à leur préparation, admirative de ses connaissances, de ses compétences dans la réalisation des dessins si précis, annotés à la main, du soin quant à leur exécution quand on sait que tout était fait sans ordinateur ...
J'ai aussi une énorme et magnifique arcade dentaire (supérieure je pense) sculptée dans la cire rose évoquée dans les échanges, et je souris d'apprendre qu'elle brille d'avoir été polie avec un bas !
Vous parlez de votre Grand-père qui le gardait dans sa jeunesse, vous avez des origines bretonnes ?
A la retraite depuis 10 ans, j'ai quitté la région parisienne pour vivre à 20 km de Cast, à Douarnenez, où je m'occupe aussi de notre maman de 94 ans dans un EHPAD ...
Merci pour le partage de vos souvenirs qui honore sa mémoire et ensoleille mon présent sans lui !
Au plaisir de vous connaître davantage peut-être ...
Bien cordialement,
Joëlle MARCHAND